Interview – Chris Shehan

L’artiste Chris Shehan, qui nous régale sur The Autumnal en compagnie du coloriste Jason Wordie, évoque son travail sur cette excellente série publiée chez Vault Comics !

For English speakers, please find lower the interview in its original version.


Quelle est votre relation avec les comics en tant que lecteur ?

J’ai toujours aimé l’art et j’ai toujours aimé être absorbé par une grande histoire. J’adore les films, les livres, les dessins animés. Les bandes dessinées étaient donc une fusion parfaite entre mon amour de l’art et celui des grandes histoires. Je n’ai commencé à lire sérieusement des bandes dessinées qu’à l’âge de 18 ans environ, mais je les ai toujours aimées et je les aimerai toujours.

The Autumnal

Comment est né le projet The Autumnal ?

Tout est sorti de la tête de Daniel*, il pourra mieux répondre à cette question. Pour ma part, cela faisait un moment que je voulais dessiner un comic d’horreur avec des cultes et/ou des sorcières, alors quand j’ai reçu un e-mail à ce sujet, j’étais partant !

*Daniel Krauss dont vous pouvez retrouver l’interview ici.

The Autumnal #4

L’expressivité de vos personnages est remarquable sur The Autumnal, en particulier Kat et Sybil. J’imagine que c’est une caractéristique à laquelle vous apportez un grand soin ?

J’ai toujours été inspiré par les dessinateurs qui réussissent à rendre les expressions subtiles des personnages. Un léger changement dans un seul sourcil ou une seule narine peut tout changer. J’ai donc toujours essayé de me mettre au défi de transmettre ces subtilités dans les comics. Je suis heureux que vous l’ayez remarqué ! C’est vraiment très important pour moi.

La finesse de votre trait se marie parfaitement avec le travail sur les couleurs de Jason Wordie. Comment travaillez-vous avec lui ?

Je suis un fan de Jason Wordie depuis plusieurs années. Lorsque j’ai appris qu’il avait été engagé, j’étais très enthousiaste. Je lui donne rarement des notes car je veux qu’il fasse ce qu’il sait si bien faire. De temps en temps, j’ai besoin d’une direction de lumière et d’un placement d’ombre très spécifiques, alors j’ajoute quelques indications pour qu’il puisse les utiliser comme il le souhaite, mais je lui dis rarement ce qu’il doit faire et il y arrive toujours. J’aime la collaboration qui caractérise la bande dessinée. Si un scénariste, un dessinateur ou toute autre personne essaie d’avoir trop de contrôle sur les autres, on passe à côté des choses magiques que les autres créateurs apportent et auxquelles on n’a peut-être pas pensé. Donc, à moins que moi-même ou le scénariste ne recherchions quelque chose de très spécifique, nous aimons tous laisser les autres briller et faire notre travail du mieux que nous pouvons !

L’une des forces de The Autumnal est son duo de personnages féminins, Kat et Sybil. Leur fragilité et la poésie de leur relation se reflètent très bien dans votre dessin et leurs designs. Comment avez-vous élaboré ces designs ? Daniel Kraus vous a-t-il donné des indications ?

Daniel peut être assez précis dans ses descriptions, étant avant tout un auteur de romans, et je pense que, des deux, Sybil est celle pour laquelle il était le plus précis en termes de design. Presque tout chez elle a un but précis. Pour Kat, la chose la plus importante était son sens du style et son tatouage dans le cou, mais j’ai l’impression d’avoir pu ajouter beaucoup de mes propres touches à son design. J’étais un enfant, pas si différent de Sybil. Et en tant qu’adulte, je m’identifie beaucoup à Kat. J’ai donc l’impression que ce que je leur apporte, ce sont beaucoup de mes propres maniérismes, leur posture et leur façon de se mouvoir. J’ai aussi filmé ma petite amie en train de jouer certaines scènes pour m’aider à les consolider, donc il y a aussi beaucoup d’elle dans Kat !

The Autumnal #4

Vous avez choisi de ne pas dessiner les bords des cases. Qu’est-ce que cela apporte à la narration ?

C’était en fait la décision de Jason Wordie ! De temps en temps, les bords blancs et rugueux s’infiltrent dans les cases pendant les moments de tension et je pense que cela crée un sentiment de claustrophobie très agréable. Je pense que l’absence totale de bordures aide les lecteurs à se sentir mal à l’aise. Peut-être même un peu en insécurité.

Certaines cases sont riches en décors et d’autres, au contraire, sont vides et se concentrent sur les personnages. Comment ce choix est-il fait et qu’apporte-t-il à la narration ?

Quand je dessine des arrière-plans, j’essaie de bien les remplir et de faire en sorte qu’ils aient vraiment l’air habités. Surtout avec Comfort Notch. Je considère la ville elle-même, la maison (celle de Trudy) et la voiture de Kat comme des personnages à part entière. Et avec tous les personnages, j’aime ajouter des détails qui vous en disent plus sur eux. Cela inclut les arrière-plans. Pour ce qui est des planches où j’enlève les arrière-plans, j’ai tendance à établir l’emplacement en quelques planches et à faire confiance aux lecteurs pour combler les lacunes lorsqu’il n’y en a pas, afin de pouvoir me concentrer sur les personnages eux-mêmes, surtout pour les gros plans. Tant que vous établissez l’endroit où ils se trouvent et que le lieu ne change pas, les arrière-plans n’ont pas besoin du même niveau de détail dans chaque planche. Parfois, cela dépend du temps dont je dispose et parfois de ce qui est important dans ce plan particulier. Ou peut-être que je sais que le lettrage couvrira la majeure partie de mon travail, alors je ne perds pas trop de temps à le faire.

The Autumnal #2

Vous réalisez également des couvertures pour The Autumnal ou d’autres séries. Est-ce un travail que vous appréciez particulièrement ? Trouver une bonne composition est-il quelque chose de compliqué ?

Pour The Autumnal, je voulais profiter de l’occasion pour jouer avec de nouveaux médiums, donc j’ai gardé la plupart des couvertures axées sur les portraits et utilisant des médiums traditionnels comme le fusain. Tim Daniel, le dessinateur de Vault Comics, m’a envoyé un superbe livre d’art rempli de couvertures de vieux romans d’horreur pulp et j’ai toujours adoré ça. J’ai donc essayé de retrouver ce sentiment sur ces couvertures. Je trouve que c’est un type de défi complètement différent des pages intérieures. Pour moi, les meilleures couvertures sont de grandes formes simples et des palettes de couleurs minimales. Vous pouvez les voir sur une étagère depuis l’autre bout de la pièce parce qu’il n’y a pas trop de détails, juste des formes fortes. C’est ce que je cherche à faire. Je n’y arrive pas toujours, mais j’aime relever le défi et j’apprends beaucoup en regardant toutes les couvertures des romans Pulp que j’adore. Tim Daniel et Nathan Gooden de Vault m’ont particulièrement beaucoup aidé à réaliser ces couvertures.

The Autumnal est une histoire pleine de suspense et d’horreur. Est-ce un genre que vous appréciez particulièrement ? Pourquoi l’aimez-vous ?

Je trouve qu’il est difficile de vraiment effrayer quelqu’un. C’est encore plus difficile dans une bande dessinée. J’aime donc non seulement trouver une bande dessinée qui me fait vraiment peur, mais aussi relever le défi d’essayer de faire la même chose aux autres. The Plot, de Tim Daniel, Michael Moreci et Joshua Hixson, est l’un des comics les plus effrayants que j’aie jamais lus et l’un de mes préférés. Je me sens donc particulièrement motivé à l’idée de poursuivre leur travail en travaillant sur The Autumnal.

Prometheus #3

Quels sont vos projets futurs en plus de The Autumnal ?

Je travaille lentement sur une mini-série avec le scénariste Ryan Little depuis plusieurs années maintenant, intitulée Prometheus. Elle est géniale. Je prévois de la terminer cette année. J’ai également prévu d’écrire et de dessiner ma propre série. Et je participerai aussi à quelques anthologies plus tard. En dehors de cela, je n’ai pas encore de projets, mais j’ai quelques fers au feu.

Lisez-vous des comics ? Avez-vous des coups de coeur ?

Oui ! Tout ce qui vient de Vault Comics. J’étais un de leurs fans avant même d’avoir la chance de travailler avec eux. Tout ce qu’ils font me plaît vraiment. The Plot, Heathen, Wasted Space, Finger Guns, These Savage Shores et She Said Destroy, pour n’en citer que quelques-uns. Mais tout leur catalogue est magistral, vraiment. Je suis aussi un grand fan de Hellboy. J’ai lu presque tout l’univers d’Hellboy. Il y en a trop pour les citer tous honnêtement, j’adore les comics, surtout les comics indépendants et les creator owned.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Chris Shehan pour sa disponibilité et sa gentillesse !


Artist Chris Shehan, who delights us on The Autumnal with colorist Jason Wordie, talks about his work on this excellent series published by Vault Comics!

 

What is your relationship with comics as a reader?

I’ve always loved art and I’ve always loved getting absorbed into a great story. I love films, books, animated shows and movies, so comics were a perfect merging of my love of looking at beautiful art and my love of great stories. I didn’t seriously read comics until I was around 18, but I’ve loved them since and I always will.

How was The Autumnal project born?

All of it came from Daniel’s head so he could answer it better. For me, I had been wanting to draw a horror book with cults and/or witches for a while so when I received an email about this one I was all in!

The expressiveness of your characters is remarkable on The Autumnal, especially Kat and Sybil. I imagine it’s a characteristic you take great care of?

I’ve always been inspired by animators who really nail the subtle expressions in characters. A slight change in a single eyebrow or nostril can change everything. So I’ve always tried to challenge myself in conveying those subtleties in comics. So I’m glad you noticed! It’s definitely very important to me.

Your fine line blends perfectly with Jason Wordie’s color work. How do you work with him?

I’ve been a fan of Jason Wordie for several years. When I heard he was being brought on I was very excited. I rarely give him any notes at all because I want him to do his thing. Every once in a while I’ll want a very specific light direction and shadow placement so I’ll add in a few value layers for him to use however he needs to, but I rarely tell him what to do at all and he always nails it. I like the collaborative medium of comics. If a writer or a penciller or any one person tries to have too much control over everyone else, you miss out on the magical things other creators bring that you may not have thought of. So unless myself or the writer is looking for something very specific, we like to all let each other shine and do our thing the best that we can!

One of the strengths of The Autumnal is its duo of female characters Kat and Sybil. Their fragility and the poetry of their relationship are very well reflected in your drawing and their designs. How did you elaborate these designs? Did Daniel Kraus give you any indications?

Daniel can be pretty specific in his descriptions being primarily a novel writer, and I think, of the two, Sybil is the one he was most specific about design-wise. Almost everything about her has a specific purpose. For Kat, the most important thing was her sense of style and neck tattoo, but I feel like I got to add a lot of my own touches to her design. I was a kid, not so different from Sybil. And as an adult I do relate a lot to Kat. So I feel what I bring to them are a lot of my own mannerisms, their posture, and the way the fidget. I also to film my girlfriend acting out some of the scenes to help me really solidify it, so there’s a lot of her in Kat as well!

You choose not to draw the edges of the panels. What does this bring to the storytelling?

This was actually Jason Wordie’s decision! Every so often, the rough white edges like to bleed into the panels during tense moments and I think it creates a really nice feeling of claustrophobia. I think not having the borders at all helps the readers feel uneasy. Maybe a little unsafe.

Some panels are rich in decorations and others, on the contrary, are blank and focus on the characters. How is this choice made and what does it bring to the narration?

When I draw a background, I try to populate them well and make them really looked lived-in. Especially with Comfort Notch. I see the town itself, the house (Trudy’s house), and Kat’s car as their own characters. And with all characters, I like adding details that tell you more about them. That includes backgrounds. As for panels where I take the backgrounds away, I tend to like to establish the location in a few panels and trust the readers to fill in the gaps when it’s not there so I can focus on the characters themselves, especially for close-ups. As long as you establish where they are and as long as the location doesn’t change, the backgrounds don’t tend to need the same level of detail in every panel. Sometimes it depends on how much time I have and sometimes it depends on what’s important in that particular shot. Or maybe I know the lettering will cover most of my work so I don’t waste too much time on it.

You also make covers for The Autumnal or other series. Is it a work that you particularly appreciate? Is finding a good composition something complicated?

For The Autumnal, I wanted to take this opportunity to play with new mediums, so I kept most of the covers focused on portraits and using traditional mediums like charcoal. Tim Daniel, the designer at Vault Comics, sent me a great art book filled with old pulp horror novel covers and I’ve always loved those. So I tried to aim for that feeling on these covers. I find it to be a completely different type of challenge to interior pages. For me, the best covers are big simple shapes and simple minimal color palettes. You can see them on a shelf from across a room because there’s not too much detail, just strong shapes. So I aim for that. I don’t always succeed, but I like the challenge and I learn a lot by looking at all of the pulp novel covers that I love. Tim Daniel and Nathan Gooden at Vault have been really helpful to me while doing these covers especially.

The Autumnal is a suspenseful and horrific genre story. Is it a genre that you particularly appreciate? Why do you like it?

I find that it’s difficult to truly scare someone. It’s even more difficult in a comic. So I not only love when I find a comic that really scares me to my bones, but I love the challenge of trying to do the same to others. The Plot, by Tim Daniel, Michael Moreci, and Joshua Hixson was one of the scariest comics I ever read and one of my top favorites so I’m feeling especially challenged trying to follow up their work with our work on The Autumnal.

What are your future projects in addition to The Autumnal?

I’ve been slowly working on a mini-series with writer Ryan Little for several years now called Prometheus. Its great. I plan on finishing that this year. I also have plans to write and draw my own series. And I’ll be participating in some anthologies later as well. Outside of that, I don’t have plans yet, but a few irons in the fire.

Do you read comic books? Do you have any favorites?

Yes! Anything by Vault Comics. I was a fan of there’s before I ever got the chance to work with them. Everything they make just really hits the spot for me. The Plot, Heathen, Wasted Space, Finger Guns, These Savage Shores, and She Said Destroy, just to name a few. But their whole catalog is masterful, really. I’m also a huge fan of Hellboy. I’ve read nearly everything in the Hellboy universe. There are too many to name honestly, I love comics, especially creator owned and indie comics.

Interview made by email exchange. Thanks to Chris Shehan for his availability and his kindness.