Interview – James Harren

L’artiste, qui a époustouflé avec son premier arc d’Ultramega, a trouvé le temps de répondre à nos questions pour aborder sa création et ses influences.

For English speakers, please find lower the interview in its original version.


Écriture

Comment est né le projet Ultramega ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans une série en solo ?

James Harren : J’ai toujours eu un penchant pour Ultraman et l’esthétique tokusatsu. J’aime l’échelle, le côté théâtral, la variété de kaiju aux allures folles. J’ai toujours voulu travailler en solo, et ce genre occupe beaucoup mon imagination.

Vous avez travaillé avec John Arcudi sur B.P.R.D. et Rumble. Cela a-t-il été une source d’inspiration pour votre écriture en tant que scénariste ?

JH : Travailler avec John a été un vrai plaisir. J’étais un fan de son travail sur BPRD avant d’avoir la chance de faire des BD avec lui. Je ne pourrai jamais prétendre savoir comment faire son travail aussi bien que lui, mais je pense que nous partageons beaucoup de sensibilités. Il est très fort pour mélanger le banal et le fantastique. Il sait surprendre par les tournures de l’histoire et laisser des miettes de pain qui porteront leurs fruits plus tard. Je ne saurais trop vous recommander de commencer sa série BPRD par le début.

Rumble #6

Quelles sont vos sources d’inspiration pour Ultramega ? La bande dessinée ? Le cinéma ?

JH : Le manga et le film Akira occupent une place importante dans mon cerveau. J’ai vu le film quand j’étais très jeune (beaucoup trop jeune) et il a déclenché un interrupteur qui est resté allumé jusqu’à ce jour. En le regardant à nouveau, j’ai été ravi de voir à quel point il est toujours d’actualité. Il a toujours beaucoup de choses à dire. Mes influences cinématographiques sont tout ce que font les frères Coen. Je suis un grand fan de Kubrick, ainsi que de PT Anderson, Terry Gilliam, Sam Raimi, Miyazaki, Guillermo Del Toro. Tout ce qui a été fait par ces gens-là a beaucoup compté pour moi en grandissant. Evangelion a également joué un rôle important.

Votre premier épisode comporte près de 60 pages de bandes dessinées et les suivants, plus de 40 pages. Était-ce un choix initial ou est-ce au cours du processus d’écriture que vous avez fait ce choix particulier (et audacieux) ? Qu’apporte-t-il à votre histoire ?

JH : Le nombre de pages n’était pas destiné à être audacieux, croyez-le ou non. En me lançant dans ce projet, je n’avais aucune force d’écriture connue sur laquelle je pouvais m’appuyer, mais j’aime raconter une histoire visuellement. C’est la partie de ce travail que je préfère, et celle que j’apprécie le plus en tant que lecteur. Avec un tel nombre de pages, je n’avais pas besoin de m’appuyer sur la narration, l’exposition maladroite des personnages ou la compression de l’histoire. Les scènes de combat et les moments passés avec les personnages pouvaient respirer, et je n’avais pas besoin d’être trop économe en pages de garde. Je voulais simplement faire des bandes dessinées visuelles, le genre de bandes dessinées qui ont captivé mon imagination de jeune lecteur.

B.P.R.D. Hell On Earth : The Long Death #1

Ultramega est un mélange de Kaijus, d’horreur, de post-apo, d’histoire familiale. Un mélange des genres que vous aimez lire en tant que lecteur ?

JH : J’étais vraiment dans une phase d’horreur quand j’ai commencé ce projet. J’aimais beaucoup les films d’horreur des années 80 comme Le retour des morts-vivants, The Blob, et The Thing de John Carpenter est l’un de mes films préférés. J’ai pensé qu’associer l’horreur à ce genre fonctionnerait avec les thèmes que j’aborde, à savoir la réalité du pouvoir des tokusatsu et des super-héros en général. Ce serait quelque chose d’absolument horrible pour toutes les personnes impliquées. Ce n’est pas une idée nouvelle, mais j’ai pensé que ce serait l’occasion de l’explorer avec des techniques de narration différentes.

Dessin

D’un point de vue graphique, votre dessin est très orienté vers l’action. Y a-t-il des scènes que vous aimez particulièrement dessiner ?

JH : Au début de ma carrière, j’ai constaté que je m’asseyais un peu plus droit à ma table à dessin lorsque je devais dessiner une scène d’action. Et je suppose que nous développons tous ces choses pour lesquelles nous avons un intérêt naturel. On n’a pas toujours l’impression de pouvoir choisir ce que l’on aime dessiner, mais mon amour de l’animation et des bandes dessinées d’action au fil des ans m’a donné beaucoup d’instincts et d’opinions sur la façon dont l’action doit se lire. Il peut être vraiment passionnant d’impliquer le mouvement et le péril avec quelque chose qui n’est que de simples dessins sur le papier. Enfant, lorsque je voyais des dessins rigides et sans vie dans les bandes dessinées, cela me répugnait vraiment. J’ai toujours été attiré par l’énergie et l’attitude des mangas. Mes palettes ont changé et se sont développées au fil des ans, au point que j’apprécie une variété de styles et d’approches, mais comme je l’ai dit plus tôt, on n’a pas toujours l’impression de pouvoir choisir ce que l’on aime dessiner.

Ultramega #2

Vous collaborez avec Dave Stewart pour les couleurs, comme sur Rumble. Est-ce un artiste avec lequel vous avez une grande complicité artistique ?

JH : J’ai eu beaucoup de chance d’avoir Dave avec moi pendant presque toute ma carrière. Il n’a jamais manqué de rendre mon travail meilleur. Nous avons commencé ensemble lors de mon premier travail pour Dark Horse, une mini série de deux numéros d’Abe Sapien. C’était la première fois que je voyais des couleurs aussi étonnantes sur mes pages. J’étais stupéfait de voir à quel point il l’avait améliorée. Après cela, nous avons travaillé sur BPRD pendant des années (il a colorisé l’ensemble de la série BPRD, rehaussant le travail de nombreux artistes exceptionnels). Sur Ultramega, l’ambiance et le ton qu’il a apportés ont fait du livre ce qu’il est pour moi. Je n’avais pas l’impression d’avoir un vrai comic entre les mains avant qu’il ne commence à envoyer des pages. Voir tout ce qu’il a ajouté à l’histoire et à l’univers a été l’un des moments forts de ma carrière.

Les couleurs utilisées dans Ultramega sont mates. Pourquoi ce choix ? Le choix de couleurs plus vives aurait-il changé la perception de l’histoire par le lecteur ?

JH : J’ai oublié le genre de conversation préliminaire que nous avons eue avant de commencer, si tant est qu’il y en ait eu une. Je suis sûr que si nous avions choisi des couleurs plus vives, cela aurait grandement contribué à changer le ton. J’adore la façon dont Invincible est colorisé. C’est lumineux, optimiste et beau, ce qui est une parfaite diversion pour la tournure violente que prend l’histoire. Pour Ultramega, il s’agit d’une histoire d’horreur dès le début. Pas de fausse piste, juste une descente rapide vers l’échec et le chaos. Je pense que les couleurs de Dave communiquent cela.

Ultramega #3

Autre question

Lisez-vous des bandes dessinées ? Des coups de coeur ?

JH : Absolument ! Je viens de relire une partie de la série de John Arcudi et Guy Davis sur BPRD, c’est assez drôle. Guy Davis est l’un de mes dessinateurs de BD préférés de tous les temps et il m’a énormément influencé, depuis le lycée où j’ai lu Nevermen. Son imagination et sa narration dépassaient de loin tout ce qui sortait à l’époque. Je recommande vivement de retrouver tout ce qu’il a fait : Marquis, The Zombies That Ate the World, Nevermen, BPRD.

Je suis également en train de relire Little Bird de Ian Bertram et Darcy Van Poelgeest. Le travail de Ian ressemble à un cadeau extra-terrestre. J’adore la façon dont il dessine tout.

Retina de Juni Ito était étrange, terrifiant et étonnant. J’ai adoré Skim, de Jillian Tamaki et Mariko Tamaki. Le dessin et la narration de Jillian sont si habiles et si humains. J’ai relu et adoré Flex Mentallo de Frank Quitely et Grant Morrison – j’adore ! J’aimerais pouvoir dessiner comme Frank.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à James Harren pour sa disponibilité et sa gentillesse !


The artist who blew people away with his first Ultramega arc found time to answer our questions about his creation and his influences.

Writing

How was the Ultramega project born? What made you want to go solo on a series?

James Harren : I’ve always had a fondness for Ultraman and the tokusatsu aesthetic. I love the scale, the campiness, the variety of insane looking kaiju. I always wanted to go solo, and this genre keeps my imagination very busy.

You worked with John Arcudi on B.P.R.D. and Rumble. Was it a source of inspiration for your writing as a scriptwriter ?

JH : Working with John was a real pleasure. I was a fan of his work writing on BPRD before I got the lucky break of actually making comics with him.

I could never pretend to know how to do his job as well as him, but I think we share a lot of the same sensibilities. He’s great at mixing the mundane with fantastic. John’s great at surprising story turns and dropping bread crumbs that pay off later. I can’t recommend enough starting his BPRD run at the beginning.

What are your sources of inspiration for Ultramega? Comics ? Cinema ?

JH :The manga and film Akira hold a lot of real estate in my brain. I saw the movie when I was really young (way too young) and it flipped a switch that’s stayed flipped to this day. Watching the movie again I was delighted at how evergreen it still feels. It still has a lot to say.

My cinema influences are anything by the Coen Brothers. I’m a big Kubrick fan, as well as PT Anderson, Terry Gilliam, Sam Raimi, Miyazaki, Guillermo Del Toro. Anything made by those folks meant a lot to me growing up. Evangelion played a huge part as well.

Your first episode has almost 60 pages of comics and the following ones more than 40 pages. Was this an initial choice or was it during the writing process that you made this particular (and bold) choice? What does it bring to your story?

JH : The page count wasn’t meant to be audacious, believe it or not. Going into this I had no known writing strengths I could lean on, but I do enjoy telling a story visually. It’s my favorite part of this job, and the part I enjoy most as a reader. With a page count like that I didn’t have to rely on narration, clunky character exposition, or stuffy story compression. The fight scenes  and the character moments could breathe—and I didn’t have to be overly frugal with splash pages. I just wanted to make visually-driven comics, the kind of comics that captured my imagination as a young reader.

Ultramega is a mix of Kaijus, horror, post-apo, family history. A kind of mix of genres that you like to read as a reader?

JH : I was definitely deep into a horror phase when I began this project. I was going back an enjoying a lot of gnarly eighties horror like Return of the Living Dead, The Blob, and John Carpenter’s The Thing is one of my all time favorites. I thought joining horror with this genre would work with the themes I’m playing with; the reality of tokusatsu power, and superhero power in general. It would be something absolutely horrendous for everyone involved. It’s not a new idea but I thought it would be an opportunity to explore it with different storytelling techniques.

Drawing

From a graphic point of view, your drawing is very action-oriented. Are these scenes that you particularly like to draw ?

JH : Early on in my career I found that I sat up a little straighter at my drawing desk when I had to draw an action scene. And I suppose we all develop those things we have a natural interest in. It doesn’t always feel like you get to choose what you like drawing, but my love of animation and action comics over the years gave me a lot of instincts and opinions on how action should read. It really can be thrilling to imply movement and peril with something that’s just silly drawings on paper. As a kid, when I saw stiff lifeless drawings in comics it really repelled me. I was always attracted to the energy and attitude of manga. My palettes changed and developed over the years to where I enjoy a variety of styles and approaches but like i said earlier, it doesn’t always feel like you get to choose what you like drawing.

You collaborate with Dave Stewart for the colors, as on Rumble. Is he an artist with whom you have a great artistic complicity ?

JH : I’ve been really lucky having Dave with me for pretty much my whole career. He’s never failed to make me look better. We started together on my first job for Dark Horse, an Abe Sapien two-issue mini. It was the first time I saw such amazing color on my pages. I was floored with how much he elevated it. After that we were on BPRD for years (he colored the entire BPRD run, elevating the work of a lot of amazing artists).

On Ultramega, the mood and tone he brought made the book what it is for me. It didn’t feel like an actual comic until he started sending pages over. Seeing how much he added to the story and the world was one of the highlights of my career.

The colors used in Ultramega are light (not bright at all). Why this choice? Would choosing brighter colors have changed the reader’s perception of the story?

JH : I forget what kind of preliminary conversation we had before he started, if any. I’m sure if we went more candy colored it would have gone a long way to changing the tone. I love the way Invincible is colored. It’s bright, optimistic and beautiful which is a perfect misdirection for the violent turn the story takes. For Ultramega, this is meant to be a horror story from the beginning. No misdirection, just a rapid descent into failure and chaos. I think Dave’s colors communicate that.

Other question

Do you read comics? Any favorite ones?

JH : Absolutely! I just re-read a bunch of John Arcudi and Guy Davis’s run on BPRD, funny enough. Guy Davis is one of my all time favorite comic artists and has been an enormous influence on me—all the way back to high school when I read Nevermen. His imagination and storytelling were all head and shoulders above everything that was coming out back then. I highly recommend tracking down everything he’s done; Marquis, The Zombies That Ate the World, Nevermen, BPRD.

I’m also re-reading Ian Bertram and Darcy Van Poelgeest’s Little Bird. Ian’s work feels like an extra terrestrial gift. I love how he draws everything.

Juni Ito’s Retina was strange, terrifying, and amazing. I loved Jillian Tamaki and Mariko Tamaki’s Skim. Jillian’s drawing and storytelling is so deft and so human. I was re-reading and loving Flex Mentallo by Frank Quitely and Grant Morrison—absolutely love it! Wish I could draw like Frank.

Interview made by email exchange. Thanks to James Harren for his availability and his kindness.