Interview – David Mack

Panini Comics vient juste de publier la première partie de Daredevil: End of Days, et à cette occasion, David Mack, qui a scénarisé ce chef d’oeuvre en tandem avec Brian Michael Bendis, son ami depuis 20 ams, nous a accordé une interview, dans laquelle nous revenons avec lui sur ses débuts dans l’industrie des comics, sa conception des comics et de son travail, son arrivée chez Marvel, son lien avec Daredevil, le processus créatif de End of Days mais aussi ses projets pour l’avenir. Une interview riche en enseignements, pleine de philosophie et d’humilité, que nous aurions pu couper en deux parties vu sa longueur, mais que nous avons préféré vous proposer en un seul bloc.

David Mack

1. A propos de Kabuki et de ses débuts dans l’industrie des comics, et chez Marvel:
– Vous étiez jeune lorsque vous avez imaginé Kabuki; comment cette histoire vous est-elle venue à l’idée?

Le premier volume a été créé et publié pour ma thèse de Littérature. J’avais 20 ans quand j’ai commencé le premier volume en 1993, et j’ai poursuivi après mes années d’études. J’écrivais Kabuki à l’université et j’avais un ami dans mon cours de dessin et peinture qui était japonais, donc quand j’ai eu à choisir une langue étrangère, j’ai choisi le japonais, que j’ai étudié pendant quelques années. J’ai étudié l’histoire et la mythologie japonaises, et diverses philosophies et religions, en même temps que je faisais des voyages, et j’ai donc eu tout ce monde de mythologie qui s’est versé dans mon propre univers. Les archétypes de cette mythologie ont servi de structure à mon récit, pour certaines raisons. L’une d’entre elles est que j’étais un grand amateur de comics autobiographiques: Robert Crumb, American Splendor d’Harvey Pekar, j’adore Schizo d’Ivan Brunetti. Mais j’étais si jeune que je ne me sentais pas suffisamment désinvolte pour écrire une histoire autobiographique à mon âge. Je ne me sentais même pas assez formé en tant qu’être humain, ni assez objectif pour être en mesure de le faire. Et je ne voulais pas tomber dans le piège de faire de mon personnage principal une version idéalisée de moi-même.Alors j’ai pensé que je pourrais écrire au sujet de choses très personnelles si je le faisais à travers un voile, derrière un masque en quelque sorte. J’ai pensé également qu’à mon âge, je pourrais écrire quelque chose qui serait plus universel et parlerait plus aux lecteurs s’ils pouvaient se voir eux-mêmes dans les personnages, plutôt que me voir moi. Donc, je me suis dit que je pourrais raconter une histoire personnelle mais rendre beaucoup de détails très différents de ma vie.

J’ai commencé par décider que le personnage principal serait une femme. Puis de placer l’intrigue dans un endroit différent dans le monde, avec une culture différente, et dans un futur proche et ambigu. Cette localisation temporelle me donnerait la liberté d’augmenter le volume des choses, de parler du présent à travers les métaphores du passé et du futur. Et aussi de faire des commentaires sociaux et politiques sur notre propre culture, ainsi que d’autres, mais à travers le prisme d’une autre culture. De cette façon, les lecteurs peuvent faire les connexions d’eux mêmes avec leur propre culture.

Un autre aspect de l’histoire est qu’elle est racontée à travers des contes de fée et des histoires pour enfants à la fois occidentales et orientales. Le premier volume de Kabuki revisite Alice au pays des Merveilles. Le voyage d’un Pion qui devient Reine. Le voyage classique d’un héros qui passe de l’enfance à l’âge adulte. De la petite naissance et la servitude à la plus puissante pièce de l’échiquier, qui peut changer de direction.

– Que représente Kabuki pour vous?

Kabuki a véritablement été un laboratoire pour moi dans lequel j’ai intégré mes passions et intérêts, et donné du sens aux choses que je vivais à un moment de ma vie où je me construisais. Quand je repense au premier volume, je peux voir maintenant tellement de choses que je travaillais inconsciemment à l’époque. Je pense que Kabuki était un moyen pour que mes efforts conscients et mon inconscient travaillent ensemble d’une manière qui était probablement très utile et thérapeutique pour moi. En regardant rétrospectivement ce volume, je vois quelques choses que je trouverais crues ou lourdes maintenant, des choses que je traiterais différemment ou avec plus de finesse, mais cela revêt toujours un certain charme à mes yeux. Même si cela peut parfois être cru, je peux voir cette passion et cette joie de créer, et la jeune personne que j’étais à l’époque où je l’ai écrit. Chaque volume est une sorte de journal pour moi, ainsi que pour les personnages, et je pense qu’il retrace ma propre évolution, aussi bien que le personnage de Kabuki elle-même.

– Est-ce qu’il a été difficile de trouver un éditeur pour Kabuki?

En 1993 j’étais sur quelques petits projets comics chez Caliber Comics, et c’est là que j’ai rencontré Brian Michael Bendis. Nous avons alors commencé à travailler ensemble sur de petits projets. J’ai proposé à Caliber de publier KABUKI et ils ont accepté. A cette époque, Brian Bendis et moi travaillions ensemble et faisions du creator owned. J’écrivais Kabuki, mais je n’avais pas prévu d’en faire les illustrations. Je me voyais seulement comme le scénariste de cette hisoire et je cherchais quelqu’un pour la mettre en images. Brian travaillait alors en tant qu’artiste et il allait illustrer Kabuki. J’ai de magnifiques dessins de Brian Michael Bendis pour Kabuki qui datent de 1993. J’ai fini par faire Kabuki en tant que scénariste et artiste, et Brian a réalisé ses comics polar Jinx, Goldfish, et Torso. En 1997 j’ai proposé Kabuki à Image Comics, qui l’a publié pendant de nombreuses années. En 2004 nous avons transféré nos creator owned comics Kabuki, et Powers (que Brian a fait avec Mike Oeming) chez Marvel et formé la ligne de comics creator-owned Icon au sein de Marvel Comics avec nos deux projets. Quand nous avons du choisir un nom pour ce label, je me rappelle que Brian m’a dit que Epic et Legend étaient les noms les plus cools qui aient été utilisé pour des labels, alors j’ai proposé Icon qui correspondait bien au contexte, et que Marvel a accepté. C’était vraiment quelque chose d’énorme pour nous que Marvel publie nos travaux Powers et Kabuki, et que nous ayons même eu à créer et nommer notre label. Travailler ensemble sur Daredevil: End of Days, c’est un vrai plaisir, et ça sonne comme une fin pour première histoire sur Daredevil: Wake Up. C’est une super intrigue, et on a trouvé une façon très stimulante de travailler ensemble.

 

Daredevil Vol 2 9
Daredevil (vol.2) #9, le premier numéro scénarisé par David Mack, avec Joe Quesada aux dessins
2. A propos de Daredevil:
– Daredevil représente une grande part de votre carrière. Pourquoi Daredevil? Avez-vous une “connexion” avec ce personnage?

Mon premier vrai contact avec les comics étant enfant était avec le run de Frank Miller et Klaus Janson sur Daredevil. Cela a eu un impact et un pouvoir viscéral sur moi. C’était en dehors de tout ce que je connaissais et au delà de ma zone de confort quand je l’ai lu pour la première fois à 9 ans. Quelques années plus tard, je suis tombé par hasard sur l’épisode suivant dans une boutique d’occasion, et j’étais alors plus en mesure de l’aborder. J’ai pu voir pourquoi cela avait eu un tel impact sur moi la première fois. Je pouvais voir toute l’intelligence derrière le design et le storytelling. Les artistes utilisaient l’ombre, la lumière, les angles, le rythme, le temps, la ligne, la forme, le langage du corps, et tout ça au service de l’histoire.

Ce que j’aime dans les comics, c’est cette magie qu’ils opèrent sur la psychologie du lecteur. Chaque page est conçue pour interagir et se connecter avec l’imagination du lecteur. La vraie magie des comic books réside dans le fait que le mouvement, ainsi que la représentation de l’action n’ont pas lieu sur la page, mais dans l’esprit du lecteur, entre les cases. On conçoit les cases de la bonne manière, avec la bonne composition et le rythme adapté, de sorte que le lecteur reconstitue le mouvement entre elles, dans son propre esprit. Dans l’âme même du lecteur: c’est là que prend vie la vraie trame de mon storytelling. Les comics en eux-mêmes, la page, sont des moyens de naviguer, un plan, un atlas, mais il y a autant de différence entre la vraie action et sa représentation artistique qu’entre un atlas et la géographie en trois dimensions qu’il est sensé décrire. Je pense vraiment que les bandes dessinées et romans graphiques sont plus un art de la performance psychique que quelque chose qui est confiné à une page. La page est le lieu où l’incantation est cryptée, et tout est révélé et rendu réel, à l’intérieur de l’esprit des lecteurs, quand leur esprit et leur psychologie décryptent les codes de la page qui sont méticuleusement implantés comme des histoires en sommeil mais vivantes, et des personnages qui respirent seulement quand l’attention du lecteur leur insuffle de l’air. L’ADN de ce que le créateur place de lui-même dans ses pages, danse avec l’ADN des expériences psychiques, les bagages et le prisme personnel qu’ajoute le lecteur… et par conséquent chaque histoire a une vie différente en chaque lecteur, et même une vie différente pour un même lecteur à différentes étapes de sa vie. C’est pourquoi j’aime introduire différents niveaux de signification dans l’histoire, qui viendront récompenser chaque nouvelle lecture, comme si de nouveaux niveaux dans l’histoire étaient débloqués à chaque fois qu’elle est lue.

– Pouvez-vous nous parler de la genèse de Daredevil: End of Days?

MaponeJ’envisageais avec Brian Michael Bendis de faire quelque chose de nouveau pour Marvel. J’ai commencé chez Marvel comme scénariste de Daredevil, prenant la suite de Kevin Smith, avec Joe Quesada aux dessins. Et avec Brian nous avons travaillé ensemble sur son premier run sur Daredevil. J’ai écrit et illustré un autre run sur Daredevil après ça, et je cherchais à faire quelque chose d’autre pour Marvel. L’éditeur Warren Simons (maintenant Editor In Chief chez Valiant) m’a pitché quelques idées dont j’ai discuté avec Brian, et il y avait un projet qui proposait une idée au sujet des derniers jours de Daredevil, une sorte d’histoire finale pour le personnage… et Brian pensait qu’on devait l’écrire ensemble. Nous avons appris que Klaus & Bill voulaient être les artistes de cette histoire, et nous étions vraiment excités à cette idée.

Le concept est resté assez proche de la vision que l’on en avait dès le départ. Toutefois, c’était prévu pour contenir des épisodes plus volumineux, mais moins nombreux. La majorité de l’histoire a été écrite dans un format différent: chaque épisode faisait au moins 34 pages. Quelques années plus tard, le nouvel éditeur Steve Wackeron nous a dit que le premier épisode pouvait être plus gros, mais que les suivants devraient faire 20 pages. Alors je suis revenu dessus, et il a fallu ré-éditer toutes les scènes, les déplacer, et raccourcir chaque chapitre à 20 pages. Certaines scènes ont été effacées, certaines ajoutées, et la plupart réagencées… mais le résultat a montré une amélioration du rythme.

Une fois chaque numéro illustré, quand on recevait les dessins de Klaus, Bill et Alex, Brian et moi retravaillions les dialogues, la plupart du temps pour les réduire un peu, parce que les planches que l’on recevait étaient si géniales qu’il y avait besoin de moins de dialogues, et on voulait réellement faire briller les dessins, alors on a modifié le script pour qu’il s’adapte le mieux possible aux planches que l’on recevait. Et parfois Brian et moi débattions sur certains mots… jusqu’à tomber plus ou moins d’accord… finalement c’est devenu un parfait mélange de chacune de nos visions et styles d’écriture.

Il y a quelque chose d’autre qui est intéressant: ce qui est finalement devenu les épisodes #1-7 était écrit dans un script depuis 2007. Il a été par la suite changé pour correspondre au nouveau format et les scènes ont été réarrangées pour obtenir les #1-7, mais l’épisode #8 n’a pas été écrit avant fin 2013, début 2013. Cet épisode final a pris autant de temps (si ce n’est plus) à écrire que les sept premiers réunis… non pas parce qu’on ne savait pas quoi mettre dedans, mais justement parce qu’on savait ce qui devait y figurer. Chaque scène devait être réalisée avec le bon arrangement, le bon timing, et le meilleur ordre possible, et il fallait en plus que cela colle avec le format en 20 pages. Il y a donc eu beaucoup de rognage et de bricolage sur toutes les scènes de cet épisode final. J’ai passé presque tout novembre-décembre 2012 ET janvier-février 2013 en entier à écrire, réécrire, rogner, et discuter avec Brian sur cet épisode. Et, quand on a reçu les dessins… il y a eu des changements sur les dialogues et Brian et moi avons passé beaucoup d’heures à discuter et débattre sur les formulations. Tout cela au bénéfice de l’histoire. Et il y a eu des scènes entières qui ont du être mises de côté pour remplir le critère du nombre de pages, et garder le focus sur les révélations et les personnages principaux.

La bonne nouvelle est que l’édition Hard Cover contient 24 pages de matériel bonus. Il s’agit principalement d’illustrations, mais vous pouvez y trouver quelques anciennes versions des scripts pour l’épisode #8 dont les scènes et les révélations qui ont été retirées, ainsi que plein d’informations sur les histoires au second plan, particulièrement au sujet de Bullseye, des origines du mot Mapone, … Je vous recommande chaudement de vous procurer cette édition Hard Cover. Il y a de jolies pépites dans les bonus, dont des pages de procédés artistiques incroyables par Klaus Janson et Bill Sienkiewicz.

J’adresse également un clin d’oeil à mon frère Steven Mack. En 2006 ou 2007, quand Brian et moi commencions à discuter de ce projet, j’en ai parlé à mon frère et lui ai demandé de me donner toutes les notes et les idées qu’il avait pour les personnes que Ben devait rencontrer et la nature des visites, et il m’a donné des notes géniales, dont beaucoup sont devenu des débuts d’idées pour certaines scènes. Les scènes du Gladiateur font partie de celles qui ont émergé de ces notes. Le Punisher est un de mes personnages préférés depuis que je suis petit. ma rencontre avec ce personnage a eu lieu en même temps que ma découverte de Daredevil, dans les premiers épisodes par Frank Miller & Klaus Janson. Donc je savais que le Punisher jouerait un rôle essentiel dans le cours de cette histoire. La scène où Ben lui rend visite est en fait une histoire très personnelle. Je l’ai écrite juste après avoir rendu visite à quelqu’un en prison. Le dialogue entre le gardien et Ben est quasiment un verbatim de ce qui s’est passé entre moi et le gardien quand les portes se fermaient derrière moi. Toute cette scène contient un paquet de choses très personnelles qui proviennent de la vraie vie. En fait, il y a beaucoup de détails et de thèmes personnels dans cette histoire qui se manifestent à travers les personnages et dans les scènes entre Ben et les différents autres personnages.

– Bendis, Mack, Janson, Sienkiewicz, Maleev: la dream team? Comment s’est passé le travail avec eux?

J’adore travailler sur Daredevil dans cet esprit de collaboration avec tous ces formidables artistes. End of Days a démarré en première place de la liste des Bestsellers du New York Times. J’ai eu à travailler avec l’histoire très riche du personnage, mais aussi avec des Artistes comme Bill Sienkiewicz et Klaus Janson qui ont donné vie à notre histoire de par leur travail artistique. Brian et moi avons grandi en lisant leur travail sur Daredevil. C’était donc quelque chose d’énorme pour nous de travailler avec eux. Et en plus j’avais la possibilité de le faire avec mon ami de 20 ans, Brian Michael Bendis. Tout le monde a adoré travailler ensemble, à tel point que nous avons déjà parlé de refaire quelque chose, avec exactement la même équipe créative. Travailler ensemble nous manque déjà.

Brian et moi avons grandi avec les histoires de Dareevil par Bill et Klaus. On a appris d’eux pendant notre enfance. Ce sont des mentors à nos yeux, et ce depuis bien avant qu’ils ne nous connaissent. Et maintenant on travaille avec eux chaque jour depuis sept ans! Sur une histoire que chacun de nous AIMONS et avec laquelle nous sommes connectés. Cela a été véritablement un point culminant de nos carrières. J’espère seulement que Bill et Klaus savent tout ce que cela représente à nos yeux (même si nous leur disons).

– Comment procédez-vous pour réaliser une cover comme votre variant cover pour End of Days #1 (qui a été choisie pour illustrer la couverture de l’édition française)?

Oh je ne savais pas, je suis content de l’apprendre! La plupart du temps, mon art est au service d’une histoire. Mon souhait est que cela retransmette bien la texture des personnages impliqués. Ou que cela mette en avant une part de l’histoire et du personnage à laquelle le lecteur peut s’identifier ou avec laquelle il peut être en empathie, et si je suis chanceux, révéler quelque chose au lecteur qu’il n’était pas capable d’exprimer lui même. Il y a une part de moi qui s’exprime dans mon travail, mes personnages et mes histoires, mais j’espère que ce que je fais est suffisamment large et universel pour que les lecteurs qui regardent mon travail, plutôt que de m’y voir moi, y découvrent une part d’eux mêmes, ou au moins un personnage auquel ils puissent s’identifier. Pour une cover comme celle-ci, je fais plusieurs petits dessins pour affiner ce que je veux obtenir. Puis j’essaye d’utiliser un ou plusieurs mediums et un point de vue qui va capter un sentiment ou l’essence de ce que vit le personnage dans cet épisode ou cette histoire en particulier. Dans le cas de cette cover, il s’agit d’un mélange de peinture et de collage.

– Vous accordez beaucoup d’importance à la continuité dans vos histoires. Pouvez-vous nous parler de quelques détails de continuité dans End of Days?

Dans un sens, cette histoire est une conclusion de  Daredevil: Wake Up, la première histoire de Brian sur le personnage. Je l’avais illustrée et elle arrive juste après la première histoire de Daredevil que j’ai écrite. Elle met en scène Ben en tant qu’enquêteur, ainsi qu’un jeune homme de neuf ans, Timmy, que Ben adopte. End of Days se situe des années plus tard, Ben enquête à nouveau, et ce fils adoptif est maintenant un adolescent. Vous avez probablement fait le rapprochement et compris que le Timmy dans End of Days est ce petit garçon de 9 ans qui sauve la vie de Daredevil dans Wake up. Un point intéressant à ce sujet est que le jeune garçon qui m’avait servi de modèle pour Timmy il y a 13 ans maintenant… m’a servi de modèle pour représenter Timmy dans End of Days.

 

L’histoire elle-même comporte beaucoup d’éléments personnels venant de nous. Et avoir à écrire le Punisher était un rêve devenu réalité. Je suis très satisfait de notre représentation du personnage dans la série. Quelque chose d’intéressant à ce sujet est que pendant que je réécrivais ces épisodes en 2011 et réduisais ces scènes pour satisfaire le format en 20 pages, j’étais chez l’acteur Thomas Jane, chaque jour je me réveillais et travaillais sur ces scènes du Punisher, et il m’est apparu que je faisais cela tout en étant dans la maison de l’acteur qui a incarné le Punisher au cinéma. Il y a eu des éléments comme cela tout au long de la réalisation d’End of Days.

– End of Days a été acclamé par la critique. Pour certains, Daredevil: End of Days est la meilleure histoire de Daredevil jamais racontée. Que ressentez vous face à un tel engouement? Quelle est la meilleure histoire de Daredevil pour vous?

Nous sommes vraiment reconnaissants et honorés que les lecteurs et les critiques aient réagi de la sorte à notre histoire. Je pense vraiment que c’est grâce aux artistes avec lesquels nous avons écrit cette série. Brian et moi avons grandi en lisant les histoires de Daredevil par Frank Miller, Klaus Janson, Bill Sienkiewicz et David Mazzuchelli. L’ère Miller-Janson de Daredevil est tellement fondatrice du personnage pour nous! Tout comme Daredevil: Born Again, ou encore Daredevil: Love & War avec Sienkiewicz. Que les lecteurs apprécient notre histoire mais surtout considèrent End of Days dans la même catégorie que toutes ces oeuvres est incroyablement gratifiant. Nous devons sans doute cela aux grands créateurs impliqués dans ce travail avec nous. Mais aussi aux lecteurs qui ont un esprit suffisamment ouvert pour entreprendre ce genre de voyage avec nous sur une histoire aussi audacieuse que cela.

– Lisez-vous le run actuel de Mark Waid sur Daredevil? Aimez-vous?

J’ai lu quelques épisodes. Ca m’a paru fun, et j’ai surtout apprécié que le personnage soit si profond et multi facettes que les lecteurs puissent ainsi apprécier à la fois le ton du run de Waid et celui de End of Days en même temps, même si ces tons sont très différents. Je pense que c’est une preuve de la profondeur du personnage, et de la sophistication du public. Ainsi que les artistes concernés.

3. L’avenir:
– Quels sont vos futurs projets?

Brian Bendis et moi allons travailler sur un projet en creator owned. C’est vraiment excitant. J’ai écrit plusieurs nouveaux livres pour enfants que j’ai hâte de voir paraitre. J’ai aussi un nouvel artbook en chantier, quelques expositions prévues. Et les lecteurs seront heureux d’apprendre que je suis en train de travailler sur les prochaines histoires de Kabuki. Cela fait 20 ans que j’ai commencé à travailler sur Kabuki, et l’année prochaine sera le 20ème anniversaire de sa publication. Il y a donc quelques surprises en préparation à ce sujet.

– Un film Kabuki?

Vous avez probablement eu vent du récent communiqué de presse à ce sujet, de Cat Mihos qui est producteur et assistant de Neil Gaiman: Cat a signé en tant que producteur pour porter Kabuki à l’écran, avec Rod Hamilton, et Neil Gaiman en tant que producteur exécutif.

– Y a-t-il une chance de vous voir prochainement lors d’une convention en France?

J’adorerais revenir pour une dédicace en France. Il y a quelques années, j’ai fait l’ouverture de la galerie Petit Papier à Paris. J’ai aussi fait des dédicaces dans les librairies Album et Arkham, il y a quelques années, et participé au festival d’Angoulême. Mais c’était il y a plusieurs années, et je serais ravi de participer à une convention prochainement à Paris.