Jeremy Adams : « DC a toujours été synonyme d’espoir. Tout y est un peu plus lumineux et éclatant. »

Jeremy Adams démontre toute sa connaissance et son amour de l’univers DC Comics sur toutes les séries qu’il scénarise ! Petit tour d’horizon, en sa compagnie, de sa façon d’aborder son travail d’écriture. 

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DC Comics et vous

En ce moment, vous travaillez principalement chez DC Comics, un univers pour lequel votre travail témoigne d’un grand amour et d’une connaissance approfondie. Quelle était votre relation, en tant que lecteur, avec cet univers avant de commencer à travailler sur ces personnages ?

Jeremy Adams : Bonne question. En réalité, je connais — ou j’ai conscience de l’existence — de DC Comics depuis… ma naissance. Que ce soit sous forme de jouets MIGO, de sous-vêtements à l’effigie des héros, de comics, etc. Mais j’étais probablement plus au fait de l’actualité du monde des comics parce que mon père avait dessiné un peu pour DC et Marvel. J’aimais donc de tout mon cœur les « Big Two ». Je lisais tous les comics que je pouvais me procurer, et ce depuis aussi loin que je m’en souvienne.

Flash #780 – Dessin : Will Conrad – Couleurs : Jeromy Cox

Votre écriture

Il y a dans votre écriture un grand respect pour l’histoire des personnages et pour la continuité de l’univers. Est-ce l’un des marqueurs essentiels de votre approche de l’écriture de comics ? Prenez-vous plaisir à fouiller dans les anciennes archives de DC Comics pour remettre en lumière des personnages ou des concepts un peu oubliés ?

Jeremy Adams : Oui aux deux. Je ne pense pas que ce soit intentionnel ; c’est plutôt que j’ai l’occasion de m’amuser avec les jouets du coffre à jouets. Et beaucoup de personnages sont déjà pris, donc je dois parfois creuser un peu plus. Heureusement, j’ai cette connaissance saine et profonde des personnages, acquise au fil d’une vie de lecture et d’imagination, donc j’ai l’impression de les connaître… si c’est la bonne façon de le dire. Je m’inspire clairement de choses qui m’ont marqué quand j’étais jeune, ainsi que de questions que je me posais en lisant des comics au fil des années. De façon assez drôle, je me retrouve aujourd’hui dans une position où je peux aborder la continuité (ses failles ou non) comme j’en ai toujours rêvé !

Vous aimez faire évoluer les personnages sans les révolutionner complètement, contrairement à certains auteurs. Est-ce aussi un élément important de votre style — éviter la stagnation tout en respectant la continuité dans la manière dont les personnages sont écrits ?

Jeremy Adams : Je pense que ces personnages ont traversé le temps parce qu’ils sont ce qu’ils sont. Je ne veux pas trop m’en éloigner. À MOINS qu’il y ait une bonne raison. Mais mes auteurs préférés ont toujours respecté les personnages qu’ils écrivaient. Frank Miller, qui est peut-être l’un des meilleurs à avoir jamais fait ce métier, prenait des personnages comme Batman ou Daredevil et les faisait passer par l’enfer, sans jamais vraiment les CHANGER dans ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes. Il ne les « brisait » jamais. Ce ne sont pas mes personnages. Pas mes jouets. J’ai donc un profond respect pour ce qu’ils sont. CELA DIT, je ne dis pas que je ne changerai jamais d’avis haha — surtout si la bonne histoire se présente.

Green Lantern #5 – Dessin : Xermanico – Couleurs : Romulo Fajardo Jr

Vos comics accordent une place importante aux personnages et surtout à la famille, comme on peut le voir par exemple dans Flash ou Aquaman. Aimez-vous écrire ce type de relations ? Pensez-vous que les super-héros sont plus intéressants à lire ou à écrire lorsqu’ils sont entourés de leurs proches plutôt que lorsqu’ils sont des figures solitaires ?

Jeremy Adams : Je pense que cela dépend simplement des personnages. Pour Wally, je sais que c’est un homme de famille. Moi aussi. Cela rendait l’écriture plus facile. Pour Aquaman, c’est un roi ! Il y a tellement de monde autour de lui. Je ne cherche pas à en faire plus que nécessaire… je pense juste que je deviens gourmand. Et ces personnages-là, en particulier, s’épanouissent avec les autres membres de leur « famille » autour d’eux. Je suis sûr que si j’avais l’occasion d’écrire un personnage plus solitaire, je m’en sortirais très bien. Mais je n’ai pas encore vraiment eu cette chance. Et j’aime écrire les dynamiques familiales. Je les vis au quotidien, donc j’ai beaucoup de matière à exploiter de façon naturelle.

Même si les personnages sur lesquels vous travaillez traversent des périodes difficiles, j’ai l’impression que vous souhaitez toujours garder leur côté lumineux à l’esprit, en leur offrant des aventures épiques qui restent avant tout amusantes et divertissantes pour le lecteur. Le «grim and gritty» n’est pas vraiment votre truc ?

Jeremy Adams : Oui, c’est exactement ça. Je veux que mes héros soient des héros et que les vilains soient discutables… mais surtout des vilains. Pour moi, DC a toujours été synonyme d’espoir. Tout y est un peu plus LUMINEUX et éclatant. Et je pense que cela reflète ma personnalité. Je suis incroyablement optimiste… donc tout s’accorde plutôt bien.

Aquaman #5 – Dessin : John Timms – Couleurs : Rex Lokus

Flash Gordon

Mad Cave a relancé Flash Gordon, un autre personnage légendaire. Pourquoi avoir accepté d’écrire ce nouveau comic ? Avez-vous une affection particulière pour ce personnage ?

Jeremy Adams : Je présentais certaines de mes idées de creator-owned à Mike Marts, le rédacteur en chef de Mad Cave, et même s’ils ont estimé que mes vingt idées environ n’étaient pas pour eux (snif), ils m’ont parlé de quelques licences qui pourraient m’intéresser. Il en a cité plusieurs et, quand il a dit « Flash Gordon », j’ai sauté sur l’occasion. Je suis un grand fan de science-fiction pulp, et j’y ai vu la chance d’écrire une sorte de feuilleton débridé que l’on peut lire et apprécier sans se soucier de la continuité ou d’une morale ambiguë.

Une fois encore, il s’agit d’un personnage doté d’un univers très riche, façonné par de grands noms du comics. Est-ce aussi ce qui vous plaît avec ce genre de personnage — un potentiel narratif infini, un immense terrain de jeu ?

Jeremy Adams : J’AI ADORÉ le fait qu’il n’y ait PAS AUTANT de continuité (du moins pas de façon précise) que dans quelque chose comme Green Lantern. J’avais pratiquement une page blanche (mis à part Mongo et ses habitants) pour raconter l’histoire que je voulais, avec un héros à la mâchoire carrée prêt à faire ce qui est juste, quel qu’en soit le prix. C’était vraiment très amusant.

Flash Gordon – Dessin : Will Conrad – Couleurs : Lee Loughridge

Projets et lectures

Avez-vous prévu un nombre précis d’épisodes pour Green Lantern, Aquaman et Flash Gordon, ou votre aventure avec ces personnages est-elle loin d’être terminée ?

Jeremy Adams : Flash Gordon s’achèvera pour moi au numéro 15, principalement à cause de mon contrat d’exclusivité avec DC Comics. Pour les deux autres… j’ai une idée de la façon dont cela pourrait se terminer, mais on ne sait jamais. De nouvelles histoires continuent d’apparaître, même si je suis sûr que DC voudra remanier les séries à un moment donné. J’aurai du mal à leur dire au revoir… mais avec les comics, je ne suis pas sûr qu’on en ait vraiment besoin. Parce qu’un jour, on peut toujours y revenir et reprendre là où on s’était arrêté (vous voyez ? Moi = optimiste).

D’autres projets sont-ils en préparation ?

Jeremy Adams : Cette année, j’ai pu adapter Knightfall en version animée, en plus de Green Lantern et Aquaman. Il y a aussi quelques tie-ins DCKO et quelques secrets qui restent encore à révéler !

Jusqu’à présent, vous avez travaillé sur des personnages déjà existants. Comme vous l’avez évoqué, des projets en creator-owned vous tentent.

Jeremy Adams : C’est une évidence. J’en ai plusieurs en préparation. Mais je suis un peu submergé par les projets rémunérés ! Cela dit, j’en ai très envie. J’ai énormément d’idées.

Quels comics lisez-vous en ce moment ? Des coups de cœur ?

Jeremy Adams : J’essaie de toucher à un peu de tout. L’univers Energon est fantastique, évidemment. Toutes les publications de Ghost Machine le sont aussi. Du côté des « Big Two », j’apprécie beaucoup X-Men, Batgirl, les séries Absolute, et toujours tout ce qui touche à Batman. C’est difficile d’être objectif maintenant que je connais beaucoup des auteurs qui écrivent ces séries, donc j’ai tendance à tout aimer haha. Il y a trop de bons comics pour tous les citer, et c’est un problème absolument merveilleux à avoir.

Entretien réalisé par échanges de mails. Merci à Jeremy Adams pour sa gentillesse et sa disponibilité !

Jeremy Adams demonstrates his deep knowledge of, and love for, the DC Comics universe across all the series he writes! Let’s take a closer look, with him, at the way he approaches his writing process.