Parmi les titres qui gravitent autour du film Supergirl, Urban Comics propose le début du run de Peter David. Ce volume, présenté comme un récit complet, contient en fait les 9 premiers épisodes dessinés par Gary Frank ainsi que l’épisode Supergirl plus #1.
Une continuité chaotique pour Supergirl
Peter David reprend le personnage à la continuité tortueuse au moment il s’agit de Matrix, une créature de protomatière devenue Supergirl dans la série Superman de John Byrne en 1988 et dotée de pouvoirs particuliers. Pas de frayeur pour les lecteurs, l’éditeur fait le boulot avec un édito complet et une fiche d’identité bienvenus.
Dans Corps et âme, on suit Linda Danvers, une jeune adolescente perturbée embarquée dans des rites sataniques avec qui Supergirl fusionne après que Linda se soit faite agresser de façon sordide. Partagée en ces deux personnalités, elle doit vivre le quotidien de la petite ville de Leesburg tout en combattant des forces démoniaques.

Un mix bien équilibré de noirceur, d’humour et de super héroïsme
Peter David livre un récit très intéressant, à la fois dans sa description psychologique du personnage, les us et coutumes des habitants de Leesburg et les affrontements avec les créatures démoniaques. Supergirl se trouve dotée des souvenirs de Linda qui ne sont guère reluisants, entre ses relations conflictuelles avec ses parents et ses fréquentations douteuses. La force du scénario de Peter David est de faire se télescoper une héroïne solaire avec une jeune femme à l’esprit des plus torturés, amenant des questionnements pertinents bien mis en scène. L’auteur croque aussi les travers de la communauté, entre secrets de familles, dérives religieuses, agressions sexuelles et démons. L’ensemble se révèle assez sombre, à fortiori dans un comicbook Supergirl !
Quelques menus défauts qui ne viennent pas ternir l’ensemble
L’ensemble forme un cocktail réussi bien que manquant parfois un peu de finesse pour aborder certains thèmes. L’écriture du scénariste est toutefois précise et rythmée avec un humour pas trop lourd. Certaines scènes sont remarquables sans que les affrontements ne surviennent, comme lors d’un diner des plus tendus. Les sous intrigues sont multiples et ne sont d’ailleurs pas refermées pour la plupart à la fin du volume, ce qui frustre quelque peu. Le volume donne l’impression d’un début d’une longue saga – ce qu’il est, de fait.
Le dessin de Gary Frank est excellent et relativement dans l’esprit d’un comicbook de super héros lumineux, ce qui contraste avec la noirceur de l’histoire. Ultra léchées et dynamiques, ses planches sont un régal et ses personnages voient leur expressions bien travaillées.
Ce volume est une très bonne lecture qui restera frustrante si l’on n’a pas la suite en VF. Dans ce cas, on se dirigera vers la collection DC Finest en VO.

Supergirl Corps & âme propose un récit riche et captivant qui, s’il n’est pas dénué de défauts, est incontestablement à lire !


