Tomorrow (VF-Delcourt)

Tomorrow
Release Date
8 septembre 2021
Scénario
Peter Milligan
Dessin
Jesus Hervas
Couleurs
James Devlin
Editeur
Delcourt
Our Score
7

Les récits post-apocalyptiques étant légion, il convient de proposer pour les auteurs un angle différent pour attirer le lecteur. Avec Tomorrow qui parait chez Delcourt, Peter Milligan se frotte au genre en compagnie de Jesus Hervas au dessin et James Devlin aux couleurs.

Alors que le monde s’effondre à cause d’un virus informatique, Oscar Fuentes est séparé de sa jumelle, Cira. Parviendront-ils à se retrouver ?

Peter Milligan choisit de focaliser son attention sur des groupes de personnages et t’étudier leurs réactions, guidées par leur personnalité et leur position sociale. Le duo principal, constitué de deux jumeaux frère et sœur, Oscar et Cira, se retrouve séparé au moment où le virus se met à sévir. Le scénariste met également en scène un spécialiste en informatique chargé de trouver une solution au virus, tout en remplissant son rôle de père de famille, un groupe d’employés en stage d’intégration, ainsi qu’une équipe de jeunes sportifs.

« C’est la version informatique de la peste. »

Sur fond d’apocalypse où sont touchés essentiellement les adultes, Peter Milligan scrute ses personnages, tel un ornithologue observant le comportement des oiseaux. Le caractère prodige des jumeaux leur donne une place de premier choix. C’est d’ailleurs leurs destinées qui sont les plus singulières. Pourvus d’une certaine esthétique pour l’un et d’une sauvagerie indéniable pour l’autre, leurs sinueux chemins s’attirent et se repoussent. D’autres trajectoires sont davantage classiques, flirtant parfois avec le cliché, comme le fils du chef d’entreprise qui se comporte de façon détestable avec les autres car il a lui même subit ce genre de brimades. Un peu facile.

Peter Milligan inscrit ses histoires dans une frise chronologique qui est parfois difficile à saisir tant certains destins semblent se dérouler sur un court laps de temps alors que d’autres apparaissent comme plus rallongés. Le lecteur s’en trouve à se poser quelques questions. Si certains destins viennent à se croiser, la direction globale de la mini-série reste trop floue et ne parvient pas à totalement happer le lecteur, à qui il manque un enjeu principal. Sans doute l’extension de la série de quelques épisodes supplémentaires aurait permis à Peter Milligan de développer davantage cet aspect. Les aléas de parution de la série dus à la pandémie ne sont sans doute pas étrangers à ces faiblesses.

« Tu es déjà allé dans une cour de récré ? C’est là que tu comprends ce qu’est la vraie barbarie. »

Comme il le dit dans la postface, le scénariste émet l’hypothèse que l’avenir de l’humanité serait meilleur entre les mains de la jeunesse avant de se retracter dans un constat assez amère. Le destin de la plupart des personnages ne trouve pas d’issue positive, conséquence de la folie qui gagne les individus. Les chemins que suivent les protagonistes s’arrêtent ou se dessinent en pointillés, menant à une fin qui ne pourra satisfaire tous les lecteurs.

La partie graphique réalisée par Jesus Hervas et James Devlin apporte une plus-value indéniable. Le trait légèrement épais du dessinateur espagnol se mêle parfaitement aux couleurs directes de James Devlin, donnant chair à l’univers qui se découvre. Le design des personnages – aux expressions parfois prononcées – ainsi que les décors fonctionnent idéalement dans ce monde dévasté, auquel les artistes parviennent à donner tout de même une certaine chaleur. Une partie graphique réussie !

S’il propose un angle original, le récit post-apocalyptique de Peter Milligan se disperse un peu trop à la recherche d’un enjeu principal, tout en se révélant sans doute un peu court. Mais l’ensemble est porté par une belle et originale partie graphique qui mérite le détour ! Au final, une œuvre inaboutie dont le point de vue pourrait toutefois satisfaire de nombreux lecteurs. 

7
Points forts
Une partie graphique belle et originale
Des groupes de personnages intéressants...
Points faibles
...qui flirtent parfois avec le cliché
Un peu court pour bien se développer
Il manque un enjeu principal