Prez (VF-Urban Comics)

Prez
Release Date
4 septembre 2020
Scénario
Mark Russell
Dessins
Ben Caldwell
Couleurs
Matt Wilson, Mark Morales
Editeur
Urban Comics
Our Score
7

En 1973, naissait sous la plume de Joe Simon le personnage de Preston “Prez” Rickard, un jeune adulte qui devenait Président des Etats-Unis. Le temps 4 épisodes, le scénariste abordait une multitude de thèmes comme la pollution, les élites corrompues, lobby des armes à feux, le consumérisme effréné, le traitement des natifs américains…Des années plus tard, Preston Rickard fit quelques apparitions dans Sandman de Neil Gaiman ou dans Dark Night Strikes Again de Frank Miller. En 2016, DC Comics commanda à Mark Russell et Ben Caldwell une nouvelle série Prez. Cette fois-ci, c’est une jeune fille de 18 ans, Beth Ross, qui devient Présidente des Etats-Unis. Si le décor des années 70 a bien changé, les thèmes abordés par Joe Simon sont malheureusement plus que jamais d’actualité.

Quatre ans avant l’excellent Billionaire Island, Mark Russell démontre tout son talent corrosif pour parler des puissants et leurs complices qui, au mieux, laissent faire, dans Prez. Tous les thèmes qu’il abordera dans la série éditée chez Ahoy Comics sont déjà présents. En visionnaire sur une actualité brûlante, il évoque la fièvre féline et ses milliers de morts ainsi que la course au vaccin où le cynisme des grands groupes atteint des sommets d’infamie. Les jeux de pouvoirs, les manigances, les baissages de pantalons frappent par l’acuité avec laquelle ils sont décrits. L’interventionnisme américain est également mis à mal avec des sentinelles guidées à distance par des gamers gavés de fast-food. La démonstration de la perversité des réseaux sociaux qui permettent à Beth d’être élue fait mouche. Mark Russell se place aussi au niveau de la population. L’asservissement au travail, la malbouffe, l’immigration sont évoqués au travers de ce récit qui n’épargne personne. 

On sourit très souvent et en général plutôt jaune.

L’effet domino de son histoire fonctionne bien et les événements s’enchainent avec naturel. Malgré cela, la série possède un autre point commun avec celle de Joe Simon : son interruption soudaine. La réduction de 12 à 6 épisodes fait que le scénariste prend le temps d’installer sa série dans les trois premiers épisodes puis doit rusher et remplir ses trois derniers épisodes. Un sentiment de précipitation et de “gavage” gagne alors le lecteur. L’histoire reste également en suspens, ne se terminant pas vraiment. Le personnage de Beth Ross ne bénéficie pas non plus d’une caractérisation très développée. Simplement définie par le décès de son père, elle aurait mérité plus d’épaisseur. Il en est de même avec l’ensemble des personnages secondaires souvent esquissés.

Tout ceci constitue un vrai pincement au cœur quand on voit le potentiel de la série !

La caricature est évidemment l’élément central de Prez et, si la subtilité n’est pas toujours au rendez-vous avec un propos frontal, la volonté d’éveiller les consciences est évidente et pertinente

En termes de dessin, le trait rond et dynamique de Ben Caldwell rend la caricature assez efficace par le design des personnages et le caractère grotesque des situations. 

Si elle pâtit de son interruption soudaine qui obligea Mark Russell à précipiter sa seconde partie et à ne pas vraiment clore sa série, Prez se révèle une satire corrosive et pertinente qu’il serait dommage de rater !
7
Points forts
Une satire efficace et directe
Une multitude de thèmes abordés
Pertinent
Très drôle
Points faibles
Série interrompue
Tout va très vite dans la seconde partie
Manque parfois de subtilité
Des personnages qui manquent de développement