Batman – A la vie, à la mort (VF – Urban Comics)

Batman - A la vie, à la mort
Release Date
13 septembre 2018
Scénario
Tom King
Dessins
Lee Weeks
Colorisation
Elizabeth Breitweiser
Editeur
Urban Comics
Prix
13,50 €
Our Score
10

Urban comics nous “offre” pour cette rentrée un album atypique de par son contenu et son format. En marge de la série régulière Batman Rebirth à la qualité fluctuante, l’éditeur choisit de réunir dans un volume unique deux épisodes one-shot : le Batman Annual #2 et le Batman/Elmer Fudd special #1. Ces épisodes ont la particularité de réunir le scénariste Tom King et le dessinateur Lee Weeks.

Dans l’Annual, Tom King imagine un monde où Bruce et Selina vivent une relation amoureuse forte que le scénariste décrit pleine de piquant, de complicité, d’ironie et de tendresse. Tout au long de l’épisode, les deux protagonistes jouent au chat et la (chauve)souris. Selina fait courir Bruce au sens propre comme au figuré à travers tout Gotham, du manoir Wayne aux toits humides de la cité.  Mais Bruce n’est pas dupe et sait retourner la situation. L’ensemble se déroulant sous l’œil d’un Alfred tout en causticité. Les deux amants réunis sur un toit d’immeuble, Tom King nous livre alors une scène clin d’œil à la continuité, reprenant des dialogues déjà croisés, à propos de leur première rencontre. Puis le temps s’échappe et l’on retrouve les deux complices bien des années plus tard. L’émotion devient alors totale. Les quelques scènes qui s’enchainent sont remplies de l’amour que les deux se vouent, laissant le lecteur la larme à l’œil.

Tout est juste dans cet épisode. De la relation tout en délicatesse entre les deux héros à l’économie de dialogues, en passant par l’exploration de leurs différences et leurs ressemblances ; surtout leurs ressemblances. King revient également sur cette idée qu’il affectionne particulièrement, d’une Catwoman qui pousse Batman à s’améliorer.

Ce scénario déjà magique touche au sublime lorsqu’il est dessiné par Lee Weeks et colorisé par Elizabeth Breitweiser. Le dessinateur a rarement été aussi bon, que cela soit dans le découpage, le rythme ou la beauté de ses pleines pages. La  coloriste, fidèle de Ed Brubaker, vient magnifier l’ensemble par sa palette de couleur nuancée et délicate. Ce qu’offrent les artistes est un régal pour les yeux ! Michael Lark – accompagné de June Chung à la couleur – qui vient conclure l’épisode sur une petite dizaine de pages n’est pas en reste même si son style est moins flamboyant. Sa mise en page permet de faire habillement passer les émotions.

L’amour est également à l’œuvre dans le second épisode qui compose ce recueil. Tom King fait se télescoper l’univers du Chevalier Noir et celui des Looney Tunes. De prime abord, aux antipodes l’un de l’autre, leur réunion fournit au scénariste l’occasion de livrer un polar au rythme et au déroulement digne des classiques du genre. La trame de fond n’est certes pas originale mais les nombreuses scènes iconiques qu’elle invite lui donne un gout intemporel de film noir. Les Tunes ont une apparence humaine qui s’inscrit parfaitement dans l’univers sombre proposé. Buggs Bunny est une crapule accro aux carottes, fourbe et manipulateur. Suite à un tuyau donné par celui-ci, Elmer se met en chasse de l’individu qui a tué sa bien aimée. Les circonstances vont l’amener à faire équipe avec Batman. Mais un événement, clin d’œil à l’Histoire de Batman, va la faire basculer, cette histoire de cartoons et de cartouches.

Lee Weeks multiplie les cadrages et les cases qui font mouche et résonnent forcément dans l’esprit de l’amateur de polar. A la couleur, Lovern Kindzierski, dans des tons plus sombres, n’est pas loin de soutenir la comparaison avec son homologue de l’Annual. 

Reste la question du choix du format de la part d’Urban Comics. 13,50 € pour 80 pages, ça pique. Aux vues de la qualité de la lecture et de l’originalité des deux épisodes, on peut se dire que cet écrin est idéal et que les insérer dans des tomes de la série régulière ne leur aurait pas rendu les honneurs qu’ils méritent. Ces épisodes sont de toute façon des immanquables et méritent clairement l’achat.

Deux des meilleurs travaux du scénariste Tom King, épaulé par une équipe artistique de haute volée, dans un format qu’on peut discuter mais qui n’enlève rien à leur caractère INDISPENSABLE ! 


L’avis de Kidroy – 09/10

Merci de nous rendre notre porte-plume, cette oeuvre est ce que tout chef artiste rêve d’écrire, et nous de chroniquer. Urban Comics publie une institution vécue. Paraphraser Catwoman serait plus simple, en avoir assez, c’est assez pour en vouloir assez. Tout est contenu. Le livre est ouvert sur une fenêtre d’une vie, débutée par une volerie, terminée par une envolée allongée vieillissante et belle. King use à merveille de son style tout en reflet, en minimalisme, de ses répétitions qui font comprendre beaucoup avec peu. L’auteur, à ce niveau, nous pouvons parler d’auteur véritable, est toujours entouré des meilleurs pinceaux de l’éditeur. C’est avec ce genre de numéro que le comics peut aussi prétendre à une place aux côtés des autres arts visuels, dans les salles de musés comme un signe de ce qu’un média peut offrir de mieux. Offrir est éventuellement galvaudé ici, le volume est cher, très cher, mais le luxe a t-il vraiment un prix ?

Batman c’est pour la vie, même dans la mort, où la légende rejoint l’existence, où l’incroyable se marie avec la normalité, et où surtout, la mémoire sera le témoin illustre du personnage. 


10
Indispensable
On aime
Une narration impeccable de Tom King
Deux histoires, deux genres, deux réussites
Lee Weeks
Elizabeth Breitwieser
On aime moins
Le prix, sans doute