Interview – Filipe Andrade

L’artiste portugais, qui nous fait rêver actuellement sur le formidable The Many Deaths of Laila Starr, évoque son parcours et sa façon de travailler !

For English speakers, please find lower the interview in its original version.


Parcours artistique

Quel a été votre parcours pour devenir un dessinateur de comics ?

Filipe Andrade : Je faisais partie de ces enfants qui ont commencé à dessiner à l’âge normal mais qui ne se sont jamais arrêtés. J’ai toujours essayé de me concentrer et de développer ma technique de dessin à un jeune âge et après cela, j’ai eu la chance d’apprendre la peinture, la sculpture et le dessin dans un atelier d’artiste. J’ai découvert la bande dessinée grâce à Corto Maltese et j’ai suivi un atelier de bande dessinée à l’âge de 12 ans, j’ai décidé que je voulais devenir dessinateur de bande dessinée tout de suite après. J’ai suivi mon cours de sculpture à l’Université des Beaux-Arts de Lisbonne et je suis devenu professionnel presque immédiatement après avoir obtenu mon diplôme.

Doctor Strange : The End

Marvel

Vous travaillez beaucoup pour Marvel. Quel est votre lien avec cet univers en tant que lecteur?

FA : Il n’y avait pas beaucoup de magasins de comics là où j’ai grandi, donc ma connexion avec l’univers Marvel s’est faite à travers la série animée Spiderman.

Vous avez travaillé sur de nombreux personnages Marvel. Y a-t-il un personnage en particulier que vous avez aimé dessiner et pourquoi ?

FA : Mes séries préférées sur lesquelles j’ai travaillé étaient John Carter Princess of Mars, un titre de Disney, Captain Marvel, Rocket and Groot et récemment Dr.Strange one shot et Carnage Hulk. J’ai toujours préféré les projets plus longs où je pouvais m’engager et où je pouvais développer mes idées pour l’histoire et les personnages. La plupart de ces titres m’ont donné cette opportunité et j’ai eu la chance de travailler dans des équipes formidables qui m’ont encouragé à développer mon style.

Rocket Racoon & Groot #1

The Many Deaths of Laila Starr

The Many Deaths of Laila Starr est votre première œuvre de créateur. Comment s’est déroulée votre rencontre artistique avec Ram V ?

FA : Laila Starr est l’un de ces projets qui se présentent au bon moment. Je ne connaissais pas Ram V, juste son livre « Graffiti Walls » mais parce que je suivais Anand, l’artiste du livre. Nous ne nous sommes pas encore rencontrés mais nous parlons souvent et il semble que nous nous connaissions depuis un bout de temps. Nous partageons un de ces rares liens artistiques qui font de nous une grande équipe.

Comment avez-vous abordé ce nouveau défi ? Avec beaucoup d’enthousiasme ? Plutôt avec appréhension ?

FA : Avec beaucoup d’enthousiasme ! J’ai vraiment aimé les synopsis dès le début. Ma seule préoccupation était d’en faire le livre qu’il méritait d’être. J’ai vécu en Asie pendant un certain temps et j’ai eu la chance de visiter Mumbai et d’autres régions de l’Inde. C’était vraiment important pour moi d’avoir déjà une idée claire de ce à quoi je voulais que le livre ressemble.

Comment vous êtes-vous imprégné de l’atmosphère indienne ? Avez-vous fait des recherches pour les décors, la ville, les dessins, les divinités ?

FA : C’est l’un de ces projets pour lesquels l’idéal serait de travailler dans une résidence d’artistes là-bas et de s’immerger dans cette culture étonnante. En raison de la pandémie, j’ai dû le travailler d’une manière différente. J’ai utilisé certaines de mes inspirations à partir de mes photos indiennes sur mes disques durs. De plus, la façon d’écrire de Ram est si belle et si tangible qu’elle en fait une sorte de recherche intuitive. Je vis à Lisbonne où nous avons une communauté indienne dynamique. Cela m’a beaucoup aidé de me plonger dans cette atmosphère.

The Many Deaths of Laila Starr #3

Dessin

Comment travaillez-vous techniquement ? Traditionnel ? Numérique ? Un mélange des deux ?

FA : Ma méthode implique les deux, traditionnelle et numérique. J’imprime le scénario et j’ajoute une tonne d’idées au stylo, mais mes caryonnés sont réalisées numériquement. Les pages elles-mêmes sont 100% traditionnelles, à l’exception de la couleur qui est également numérique.

Vous êtes également en charge des couleurs sur The many deaths of Laila Starr. Pourquoi ce choix alors que d’habitude vous ne faites que le dessin ? Cela a-t-il changé votre façon de travailler ?

FA : J’ai déjà colorisé certains de mes projets de bande dessinée personnels, mais jamais un livre de cette taille. Lorsque je crée une page, j’ai toujours tendance à penser en couleurs, même lorsque je ne travaille que pour les encres finales. Le défi ici était de maintenir la qualité tout au long de la bande dessinée. La pression est forte, surtout avec les délais, mais la mise en couleur a été l’une des parties les plus excitantes de la réalisation de Laila Starr.

Sur The Many Deaths of Laila Starr, vous avez choisi des tons roses et bleus qui offrent un côté irréel. Quel effet vouliez-vous obtenir avec ces teintes ?

FA : Je voulais donner un aspect et une vibration oniriques au livre et ces tons et dégradés fonctionnent parfaitement. Les tons reflètent également les vibrations de l’atmosphère de Mumbai et donnent ce sentiment tropical lointain.

Laila Starr est un personnage nerveux aux membres grands et aux cheveux longs. Ce sont des éléments avec lesquels vous aimez jouer pour vos personnages, comme le montrent d’ailleurs les couvertures ?

FA : Ces longues figures me permettent de travailler le mouvement et la plasticité du personnage. L’air, les mains et la torsion du corps font partie intégrante du mouvement. Ram recherchait également ce genre de look, c’était donc un mariage parfait.

Absolute Carnage : Immortal Hulk

Autres questions

Vous êtes actuellement concentré sur Laila Starr. Avez-vous d’autres projets ?

FA : J’ai d’autres choses après dont je ne peux pas encore parler.

Quelles sont les bandes dessinées que vous lisez actuellement ? Des coups de coeur ?

FA : J’aime les romans graphiques européens et américains. J’aime beaucoup de choses, surtout les classiques. Pour en citer quelques-uns, La ballade de la mer salée de Hugo Pratt, Cages de Dave Mackean et Tales from the Arabian Nights (Sharaz-De en VF) de Sergio Toppi.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Filipe Andrade pour sa disponibilité et sa gentillesse.


The Portuguese artist who is currently making us dream on the wonderful The Many Deaths of Laila Starr talks about his career and his way of working!

 

Artistic path

What was your path to becoming a comic book artist ?

Filipe Andrade : I was one of those kids that started drawing at the normal age but never stopped. I have always tried to focus and develop my drawing technique at a young age and after that I was fortunate to have learned painting, sculpture and drawing at an artist’s studio. I discovered comics through Corto Maltese and took a comic book workshop at the age of 12, I decided I wanted to become a comic artist right after. I took my sculpture course in the University of Fine art of Lisbon and became profissional almost right after I finished the degree.

Marvel

You work a lot for Marvel. What is your connection with this universe as a reader?

FA:  There were not many comic book shops where I grew up, so my connection with Marvel world was through the animated series of Spiderman.

You’ve worked on many Marvel characters. Is there a particular one that you enjoyed
drawing and why ?

FA: My favorite runs to work on were John Carter Princess of Mars, a Disney title, Captain Marvel, Rocket and Groot and recently Dr.Strange one shot and Carnage Hulk. I always preferred longer projects where I could engage and where I could develop my ideas for the story and characters. Most of these titles gave me that opportunity and I was fortunate to work in great teams who encourage me to develop my style.

The Many Deaths of Laila Starr

The many deaths of Laila Starr is your first creator owned. How did your artistic
meeting with Ram V take place ?

FA: Laila Starr is one of those projects that shows up at the right time. I didn’t know Ram V, just his « Graffiti Walls » novel book but because I was following Anand, the artist of the book. We haven’t met yet but we talk often and it seems that we have known each other for some time. We share one of those rare artistic bonds which makes us a great team.

How did you approach this new challenge? With great excitement? More like
apprehension?

FA: With great excitement! I really liked the synopses right from the beginning. My only concern was to make this the book it deserved to be. I have lived in Asia for a while and had the chance to visit Mumbai and some other parts of India aswell. This was really important for me to already have a clear idea of what I wanted the book to look and feel like.

How did you immerse yourself in the Indian atmosphere? Did you do any research for
the settings, the city, the designs, the deities?

FA: This is one of those projects that Ideally would be perfect to work in an artists residency there and immerse in that amazing culture. Due to the pandemic I had to work it in a different way. I have used some of my inspirations from my Indian photos on my hard disks. Also, Ram’s way of writing is so beautiful and tangible that it kind of turns this into an intuitive search. I live in Lisbon where we have a vibrant Indian community. It helped me a lot to immerse myself in that atmosphere.

Drawing

How do you work technically ? Traditional ? Digital ? A mix of both ?

FA: My method involves both, traditional and digital. I print the script and add a tone of ideas by pen, but my layouts are done digitally. The pages itself are 100% traditional except for the colour that is also digital.

You are also in charge of the colours on The many deaths of Laila Starr. Why this choice when usually you only do the drawing ? Did it change your way of working ?

FA: I have coloured some of my personal comic projects before but never a book this big. When I create a page I always tend to think in colours, even when working just for final inks. The challenge here was to keep the quality throughout the entire comic. The pressure is high especially with the deadlines but coloring has been one the most exciting parts of making Laila Starr.

On The Many Deaths of Laila Starr, you chose pink and blue tones that offer an unreal side. What is the effect you wanted to achieve with these tints?

FA: I wanted to give an oniric look and vibe to the book and these tones and gradients work perfectly. The tones also reflect the vibes of the Mumbai atmosphere and give that distant tropical feeling.

Laila Starr is a wiry character with large limbs and long hair. These are components you like to play with for your characters – as shown on the covers, by the way ?

FA: These long figures allow me to work the movement and the plasticity of the character. The air, the hands and body torsion all become part of the motion. Ram was also looking for this kind of look too, so it was a perfect match.

Other questions

You are currently focused on Laila Starr. Do you have other projects ?

FA: I have other things after that I can’t talk about yet.

Which comics do you read actually ? Any favorites ?

FA: I like European and American graphic novels. I like a lot of things, especially the classics. To name a few, The ballad of the salt sea from by Hugo Pratt, Cages by Dave Mackean and Tales from the Arabian Nights by Sergio Toppi.

Interview made by email exchange. Thanks to Filipe Andrade for his availability and his kindness !