Interview – Hayden Sherman

L’artiste américain Hayden Sherman, au trait qui ne laisse jamais insensible, évoque avec nous son parcours et sa vision de la création artistique.

For English speakers, please find lower the interview in its original version.

Quelle est votre « origin story » en tant que dessinateur ?

Oh mec ! La version simple serait probablement : Quand j’étais petit, on m’a présenté les films de Batman, qui m’ont conduit tout droit au monde gigantesque de la bande dessinée. A partir de là, j’ai passé des années à dessiner et à dessiner, à l’école primaire, au collège, au lycée et enfin à l’université, où j’ai réalisé mes deux premiers livres. En plein au milieu de mon année Junior. Depuis lors, je suis heureux de pouvoir dire je continue à réaliser plus de dessins et plus de livres. Mais pour moi, tout cela remonte aux films de Batman.

Avez-vous lu des bandes dessinées quand vous étiez jeune ? Lesquelles ?

Absolument ! Nous n’avions pas de magasin de BD près de chez moi, alors je fouillais les brocantes et les librairies pour trouver tout ce que je pouvais. Deux de mes préférés auxquels je reste attaché sont La mort et le retour de Superman et Batman Knightfall. Je pouvais ne trouver que des parties des ces histoires mais elles ont un énorme impact sur moi !

Vous avez un style de dessin « indie ». Quelles ont été vos influences artistiques ?

Certaines de mes premières influences artistiques ont été des gens comme Paul Pope et Ashley Wood. Des artistes dont le travail semble refléter leur façon de voir le monde qui les entoure. J’ai récemment ajouté des artistes tels que Philippe Druillet, Mike McMahon, Cam Kennedy et Sergio Toppi à cette liste. Chacun d’entre eux a une vision si singulière de son travail, quelque chose qui est vibrant et qui leur appartient. J’adore ça.

En France, nous vous avons découvert avec The Few. Qu’est-ce qui vous séduit dans les histoires de Sean Lewis ?

Sean écrit sur des personnes très réelles et honnêtes dans des situations extraordinaires. Il fonde tout dans ses personnages et ancre ses histoires de façon si réfléchie autour d’eux que je ne peux pas m’en détacher. C’est un merveilleux écrivain avec lequel il faut travailler. Et même au-dessus de tout ça, c’est un type vraiment bien et c’est une joie de travailler avec lui. Qu’est-ce qu’un artiste demander de plus ?

Vous avez rencontré Sean Lewis sur la page Boom!Studios où les artistes montrent leurs dessins. Internet et les réseaux sont désormais le lieu des rencontres artistiques ?

C’est une bonne question. Je peux affirmer que la plupart des livres sur lesquels je travaille se bâtissent avec des gens que je n’ai jamais vus en face à face. La grande majorité des réseaux et la communication se fait en ligne à un degré incroyable. Mais heureusement, les conventions permettent de maintenir le sentiment d’appartenance à une communauté et d’accroître les possibilités de rencontrer de nouveaux créateurs. En même temps, pour les artistes qui débutent, je dirais qu’internet est le meilleur outil.

Pour The Few and Thumbs, vous avez choisi une colorisation presque bicolore. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Plus que tout, je voulais voir comment le rôle de la couleur dans un livre pouvait être poussé ou comment on pouvait jouer avec. J’étais curieux de savoir si en me limitant à un degré assez sévère, nous serions capable de faire ressortir encore plus d’émotion de l’histoire. Ce genre d’abstraction s’intègre très bien dans la bande dessinée, donc je pense toujours que la couleur vaut la peine d’être expérimentée. Pour chaque livre que je fais je tente de donner à la couleur un rôle différent.

Les séries sur lesquelles vous avez travaillé sont pour la plupart des SF d’anticipation. Est-ce une coïncidence ou êtes-vous particulièrement friand de ce genre ?

Très friand ! Les histoires qui m’attirent le plus sont toujours la science-fiction et le fantastique. J’aime la façon dont ces histoires de genre peuvent parler de choses très normales et humaines de façon extraordinaire et étrange.

Comment travaillez-vous sur les dessins de vos séries ? Est-ce que vous avez des influences ? Les scénaristes vous donnent-ils des indications ou êtes-vous totalement libre ?

Il arrive que les scénaristes donnent des indications, généralement pour des éléments qui sont très importants pour l’histoire qui est racontée. Mais pour l’essentiel, la conception du monde et de ses personnages me revient. J’essaie de garder des influences variées et de garder un répertoire de référence avec des architectures différentes pour y puiser et m’en inspirer. Mais l’approche varie vraiment d’un livre à l’autre.

Y a-t-il des genres sur lesquels vous aimeriez travailler ?

J’adorerais faire une grande bande dessinée de fantasy genre « Epée et Sorcellerie ». Je pense surtout que ce serait amusant de dessiner des chevaliers et des arbres. La science-fiction a tendance à être assez rigide dans ses environnements, donc faire un grand livre de fantasy où je peux dessiner beaucoup de nature semble merveilleux.

The Few et Thumbs ont une déclaration politique forte. Pensez-vous qu’il est important que les bandes dessinées délivrent un message sur le monde actuel ?

Je pense que, d’une manière ou d’une autre, chaque histoire va délivrer un message sur le monde actuel. On n’y peut rien. The Few et Thumbs sont très délibérément politiques, plus que la plupart d’entre elles. Mais c’était l’intention de ces histoires, d’examiner le monde dans lequel nous vivons et essayer de lui donner un sens. Je ne pense pas que toutes les bandes dessinées doivent être à ce point politique, mais je pense que les créateurs doivent être conscients que ce qu’ils disent avec leur livre va être d’une certaine manière politique, qu’ils le veuillent ou non. Ce qui est une bonne chose, à mon avis, tant que le conteur en est conscient.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

En ce moment, je dessine Wasted Space pour Vault Comics et Angel & Spike chez Boom ! J’ai aussi travaillé sur des livres tels que Cold War, Mary Shelley : Monster Hunter, John Carter : The End, et James Bond : The Body. Quant aux projets futurs, je suis reconnaissant pour dire qu’il y a encore beaucoup à faire ! Y compris avec Sean, bien sûr.

Vous lisez des bandes dessinées ? Lesquelles ?

Ah j’en lis beaucoup ! Les plus récentes que j’ai lues seraient un tas de Spider-man des années 60 et La Nuit de Philippe Druillet

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Hayden Sherman pour sa disponibilité et sa gentillesse !

American artist Hayden Sherman, whose drawing never leaves indifferent, evokes with us his journey and his vision of artistic creation.

What’s your origin story as a cartoonist ?

Oh man. The simple version would probably be: As a little kid I was introduced to Batman movies, which led me straight to the massive world of comics. From there I spent years just drawing and drawing. Drawing through elementary school and middle school and high school and finally college, which is when I got my first two books. Right in the middle of my Junior year. Since then I’m thankful to say that it continues to be more drawing and more books. But it all goes back to Batman movies for me.

Did you read comics when you were young ? Which ones ?

Absolutely! We didn’t have a comic-shop close by my house so I’d rummage through garage sales and book stores for anything I could find. Two of my favorites from back then that stick with me are The Death and Return of Superman and Batman Knightfall. I could only get parts of each story, but they made a big impact on me.

You have a « indie » drawing style. What were your artistic influences?

Some of my early artistic influences were people like Paul Pope and Ashley Wood. Artists whose work seems to reflect their way of seeing the world around them. More recently I’ve added artists such as Philippe Druillet, Mike McMahon, Cam Kennedy and Sergio Toppi to that list. Each of them has such a singular vision to their work, something that is vibrant and all their own. I love that.

In France, we discovered you with The Few. What seduces you in Sean Lewis’ stories?

Sean writes about very real and honest people in extraordinary situations. He grounds everything in his characters and anchors his stories so thoughtfully around them that I can’t take my eyes off it. He’s a wonderful writer to get to work with. And still above even all of that, he’s a really good guy and a joy to work with. What more could an artist ask for?

You met Sean Lewis on the Boom!Studios page where the artists show their drawings. Internet and networks are now the place where artistic encounters take place?

That’s a good question. I can definitely say that most of the books I work on end up being with people I’ve never seen face-to-face before. The vast majority of networking and communicating is done online to an incredible degree. Thankfully though, conventions allow for a continued sense of community and increased opportunities to meet up with new creators. At the same time, for artists who are just starting out, I’d say the internet is your best tool.

For The Few and Thumbs, you chose an almost Bi-color colorization. What motivated this choice?

More than anything, I wanted to see how color’s role in a book could be pushed or played with. I was curious if by limiting myself to a pretty harsh degree, we might be able to bring even more emotion out of the story. That sort of abstraction fits very neatly into comics, so I always feel that color is worth experimenting with. Each book I do, I try to give the color a different role.

The series you have worked on are mostly SF anticipatory. Is it a coincidence or are you particularly fond of this genre ?

Very fond of it! The stories I’m most drawn to are always Sci-fi and fantasy. I love the way that genre stories like that can talk about very normal and human things in very extraordinary and odd ways.

How do you work on the designs of your series ? Do you have any influences? Do the writers give you indications or are you totally free?

Sometimes there will be indications given by the writers, usually for elements that are very important to the story being told. But for the most part, the designing of the world and its characters falls to me. I try to keep my influences varied, and keep reference folder with different architecture to pull from and be inspired by. But the approach really varies from book to book.

Are there genres that you would like to work on?

I would love to do a big Sword and Sorcery fantasy comic. I mostly just think it’d be fun to draw lots of knights and trees. Sci-fi tends to be pretty rigid in its environments, so doing a big old fantasy book where I can draw lots of nature sounds wonderful.

The Few and Thumbs have a strong political statement. Do you think it’s important that comics deliver a message about current world ?

I think in one way or another, every story is going to deliver a message about the current world. It can’t be helped. The Few and Thumbs are very deliberately political, more than most I’d say. But that was the intention with those stories, to look at the world we’re in and try to make sense of it. I don’t think all comics need to be so pointedly political, but I do think creators need to be aware that what they’re saying with their book is going to be in some way political whether they want it to be or not.
Which I think is a good thing, so long as the storyteller is aware of this.

What are your projects?

Right now I’m drawing Wasted Space for Vault Comics and then Angel & Spike over at Boom! Past projects include books such as Cold War, Mary Shelley: Monster Hunter, John Carter: The End, and James Bond: The Body. As for future projects, I’m thankful to say there’s much more on the way! Including more with Sean, of course.

Do you read comics ? Which ones ?

Ah so many comics! The most recent books I’ve read would be a bunch of 1960’s Spider-man, and Philippe Druillet’s The Night.

Interview made by email exchange. Thanks to Hayden Sherman for his availability and his great kindness.