Interview – Jacob Phillips

Découvert par de nombreux lecteurs au travers de sa colorisation des titres de Ed Brubaker et de son père Sean Phillips, Jacob Phillips trace sa voie d’illustrateur depuis plusieurs années. Il franchit une nouvelle étape de sa carrière avec la sortie de That Texas Blood chez Image Comics ! Rencontre avec cet artiste dont on devrait entendre parler de plus en plus dans les mois à venir !

For English speakers, please find lower the interview in its original version.

Quelle est votre “origin story” en tant que coloriste et dessinateur ?

En fait, j’ai sorti mon premier comic auto-publiée quand j’avais 11 ans. Je l’ai écrit, dessiné, colorisé et imprimé, puis je l’ai emmené dans une comic con et j’ai vendu mes 20 exemplaires. Ensuite, j’ai fait une pause de 13 ans dans la création de comics, à quelques petites exceptions près. Je suis illustrateur indépendant depuis environ 5 ans et je travaille maintenant sur des couvertures de dvd, des podcasts de la BBC et tout ce qui peut se présenter. Je n’ai jamais vraiment eu l’intention de me consacrer aux comics à plein temps, et pourtant me voilà.

Lisiez-vous des comics étant jeune ?

Oui, je regardais les boîtes de comics que Marvel et DC envoyaient chaque mois à mon père qui dessinait pour eux. C’était surtout Superman et Spider-man, mais honnêtement, j’étais plus intéressé par les dessins animés à la télévision !

Quels sont les artistes qui vous ont influencé ?

En grandissant, j’ai découvert le monde de la bande dessinée indépendante et je suis tombé amoureux d’artistes comme Adrian Tomine, Craig Thompson, Dan Clowes et Jaime Hernandez. J’aime le rythme lent et régulier de ces comics de style “tranche de vie” qui, je pense, a définitivement trouvé sa place dans mon travail sur That Texas Blood. Sur le plan stylistique, je crois que, définitivement, je puise dans les travaux de Tommy Lee Edwards, Paul Azaceta, John Paul Leon, Cliff Chiang… la liste est longue et, pour être honnête, elle change chaque fois que j’achète un nouveau livre.

Nous vous avons découvert lorsque vous avez colorisé My heroes have always been junkies et Criminal – et bientôt Pulp – , des titres de Ed Brubaker et Sean Phillips. Votre façon très particulière de coloriser nous a impressionnés. Comment décririez-vous votre style ?

J’ai vu le mot “impressionniste” utilisé dans les critiques pour parler de mes couleurs, ce qui me semble tout à fait approprié. Mais honnêtement, je n’ai pas vraiment réfléchi à tout cela. Je l’ai juste toujours abordé d’une manière qui me semble naturelle et l’approche change (légèrement) chaque fois que je fais un nouveau comic. Je suis toujours en train de chercher ma voie.

Techniquement, comment travaillez-vous pour la colorisation ? Pour le dessin ?

Je fais toutes les couleurs sur ma Cintiq en utilisant Photoshop. Je colorise les couleurs de base comme la plupart des coloristes, j’imagine, puis j’accumule des couches d’ombre et de lumière et je me fraie un chemin à travers elles, au fur et à mesure.

Quand il s’agit de dessiner, je fais tous mes crayonnés numériquement puis je décide ensuite si je dois encrer numériquement ou traditionnellement, ce qui semble changer d’un livre à l’autre. Comme je l’ai dit, je suis toujours en train d’explorer la façon dont j’aime faire les choses et le fait de varier les techniques permet de garder la fraîcheur et l’intérêt.

Avez-vous grandi avec cet amour des thrillers à travers l’œuvre de votre père ?

Je dirais même le contraire, avec les comics, les romans et les films, j’ai définitivement tendance à graviter davantage vers ces histoires lentes axées sur les personnages. J’aime un bon film de braquage ou un comic d’action comme beaucoup de monde, mais je ne dirais pas que ce soit vraiment mon truc.

Vous avez commencé deux séries avec Chris Condon : Brutal Dark et That Texas Blood. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous nous sommes rencontrés parce que Chris travaillait sur un court métrage intitulé Past Is Prologue pour lequel il m’a demandé de faire du concept art après avoir vu mon travail sur les dernières pages de Kill Or Be Killed. Pour je ne sais quelle raison, le film n’a jamais vu le jour et Chris s’est retrouvé avec cette histoire et a essayé de trouver un moyen d’en faire un comic. Il est venu me demander si j’étais intéressé et j’ai bien sûr sauté sur l’occasion et maintenant nous y voilà. 

Brutal Dark est un projet spécial, en numérique et avec des bonus selon les niveaux choisis par les lecteurs. Pourquoi ce format particulier ?

Brutal Dark est né parce que le Covid est arrivé et que Diamond, Image et l’industrie des comics dans son ensemble se sont arrêtés, nous n’étions pas sûrs de ce qui allait se passer avec That Texas Blood en termes de date de sortie ni même si la série allait sortir. Nous avons donc commencé à travailler sur cette idée que Chris avait eu pendant des années à propos d’un détective privé dans le New York des années 40. Nous voulions le faire sortir le plus vite possible et donner du plaisir aux gens pendant le confinement et leur permettre de s’évader tout en le donnant envie d’aller jeter un oeil à That Texas Blood. Sortir Brutal Dark sous forme de chapitres de 8 pages était tout simplement logique, nous pouvions le faire rapidement et le vendre à bas prix.

Sur Brutal Dark et That Texas Blood, vous êtes aux dessins et aux couleurs. Votre objectif a-t-il toujours été de dessiner ? Pourquoi avez-vous commencé par les couleurs ?

Comme je l’ai dit précédemment, je travaille en fait comme illustrateur indépendant depuis des années, le travail de coloriste était presque un travail secondaire que je faisais juste pour mon père, je n’ai jamais eu l’intention de devenir coloriste et même maintenant je ne coloriserais les comics de personne d’autre.

Avez-vous déjà d’autres projets en tête ?

Oui, mais ils sont confidentiels pour le moment. Mais je reviendrai avec de nouvelles choses après que nous ayons terminé ce premier arc de That Texas Blood.

Avez-vous le temps de lire des comics ? Lesquels ?

Je fais de mon mieux ! Je lis aussi beaucoup de romans, donc c’est difficile de tous les ingérer. Récemment, j’ai lu Bog Bodies de Declan Shalvey et Gavin Fullerton, une cargaison de Parker de Darwin Cooke, Creature of the Knight , le nouveau comic Hilda de Luke Pearson et je suis très excité à l’idée de mettre la main sur le nouveau volume de November de Matt Fraction et d’Elsa Charretier.

Cet entretien a été réalisé par échange de mails. Merci à Jacob Phillips pour sa disponibilité et sa grande gentillesse.

Discovered by many readers through his colouring of Ed Brubaker’s and his father Sean Phillips’ titles, Jacob Phillips has been charting his path as an illustrator for several years. He takes a new step in his career with the release of That Texas Blood by Image Comics! Let’s meet this artist we should hear more and more about in the coming months!
What’s your « origin story » as a colorist and cartoonist ?

Well, I actually put out my first self published comic when I was 11 years old. I wrote, drew, coloured and printed it and took it to a comic con and sold my 20 copies. Then I took a 13 year break from making comics with a few small exceptions.

I have been a freelance illustrator for around 5 years now working on dvd covers, BBC podcasts and whatever else came my way. I never really intended to get into comics full time, and yet here I am. 

Did you read comics when you were young ?

Yeah I used to go through the boxes of comics Marvel and DC sent my dad every month when I was young and he was drawing for them. It was mostly Superman and Spider-man but honestly I was more into the cartoons of them on TV!

Who are the artists who have influenced you ?

As I got older I discovered the world of indie comics and fell in love with the likes of Adrian Tomine, Craig Thompson, Dan Clowes and Jaime Hernandez. I love the slow steady  pace of these slice-of-life style comics which I think has definitely found its way into my work on That Texas Blood. Stylistically I definitely find myself pulling from the work of Tommy Lee Edwards, Paul Azaceta, John Paul Leon, Cliff Chiang.. the list goes on and on and it changes every time I buy a new book honestly. 

We discovered you when you colored My heroes have always been junkies and Criminal – and soon Pulp – , two titles by Ed Brubaker and Sean Phillips. Your very special way of coloring impressed. How would you describe this particular style?

I’ve seen the word “impressionistic” used quite a lot in reviews when talking about my colours which I think definitely fits. But honestly I haven’t really thought about it all that much. I’ve just always approached it in a way that feels natural to me and the approach changes (slightly) every time I do another book. I’m definitely still finding my way with it. 

Technically, how do you work for the colors ? For the drawing ?

I do all the colours on my Cintiq using Photoshop. I colour the basic colours the same way I imagine most colourists do and then build up layers of light and shadow and feeling my way through it as I go. 

When it comes to drawing I do all my pencils digitally and then I decide whether to ink digitally or traditionally which seems to be changing from book to book. Like I said, I’m still figuring out how  I like to do things and mixing it up keeps it fresh and interesting. 

Did you grow up with this love of thrillers through your father’s work ?

I would actually say the opposite, with comics, novels and films I definitely tend to gravitate more towards these slow character driven stories. I like a good heist film or action comic as much as the next guy but I wouldn’t say that was really my THING. 

You started two series with Chris Condon : Brutal Dark and That Texas Blood. How did you meet?

We actually met because Chris was working on a short film called Past Is Prologue and he asked me to do some concept art for it after seeing my work in the back pages of Kill Or Be Killed. For some reason or another the film never came to be and Chris was left with this story and trying to figure out what do with it when he thought he could have a go at turning it into a comic, came to me asking if I was interested and I of course jumped at the idea and now here we are. 

Brutal Dark is a special project, in digital and with bonuses according to the levels chosen by the readers. Why this particular format ?

Brutal Dark came about because when Covid hit and Diamond, Image and the comic industry came to a halt we weren’t sure what was going to happen with That Texas Blood in terms of when or whether it was going to come out. So we started to work on this idea which Chris had had knocking around for years about this Private Detective in 1940s New York. We wanted to get it out as soon as possible and give people something to enjoy during the lockdown and provide escapism whilst also getting people excited for TTB coming out. Putting Brutal Dark in these 8 page chapters just made sense, we could do it quickly and sell it cheaply. 

On Brutal Dark and That Texas Blood, you draw. Was it always your goal to draw? Why did you start with colors?

Well like I mentioned earlier I have actually been working as a freelance illustrator for years, the colouring work was almost like a side job that I was just doing for my dad, I never intended on becoming a colourist and even now I wouldn’t colour anybody else’s comics. 

Do you already have other projects in mind?

Yeah, but they’re on the hush hush right now. But I’ll be back with new stuff after we finish this first arc of That Texas Blood. 

Have you got time to read comics ? Which ones ?

I try my best! I read a lot of novels too so it’s a struggle to fit them all in. Recently I’ve been reading Bog Bodies by Declan Shalvey and Gavin Fullerton, a load of Darwyn’s Parker, Creature of the Knight, Luke Pearson’s new Hilda book and I’m very excited to get my hands on the new volume of Matt Fraction and Elsa Charretier’s November. 

Interview made by email exchange. Thanks to Jacob Phillips for his availability and great kindness.