Interview – Jean-François Beaulieu

Le coloriste canadien, dont on adore le travail, nous a régalé récemment sur The Me You Love In The Dark. Petit tour d’horizon de ses créations en compagnie de Skottie Young et Jorge Corona, à travers une poignée de questions.

For English speakers, please find lower the interview in its original version.


J’ai l’impression que sur Middlewest et surtout sur The me you love in the dark, vous avez colorisé les planches différemment par rapport aux précédents comics sur lesquels vous avez travaillé avec Skottie Young, Guiseppe Camuncoli ou Aaron Conley. Est-ce le cas et est-ce parce que Jorge Corona est un artiste qui travaille davantage les noirs avec beaucoup d’ombres ?

Jean-François Beaulieu : En général, j’aime utiliser un style de colorisation différent pour chaque projet sur lequel je travaille. J’essaie principalement de faire quelque chose qui complète le dessin, mais aussi d’utiliser des couleurs qui correspondent à l’humeur, au thème ou au genre d’un titre particulier. Je prends également en compte les notes de l’artiste ou de toute autre personne travaillant sur le projet. Faire quelque chose de différent à chaque fois permet de garder les choses fraîches, et j’aime toujours commencer un nouveau livre.

Dans Middlewest comme dans The me you love in the dark, vous travaillez beaucoup les effets de lumière. Est-ce un aspect de la couleur que vous aimez soigner ? 

Jean-François Beaulieu : L’éclairage est l’une des parties de la colorisation que je préfère. J’adore éclairer une scène pour obtenir l’ambiance idéale, mais ce n’est pas toujours possible en fonction de l’œuvre. L’ajout d’effets spéciaux et d’astuces est également quelque chose que j’aime beaucoup et qui contribue à faire ressortir le dessin et à attirer l’attention.

De nombreuses scènes dans The me you love in the dark se déroulent dans l’atmosphère très sombre de la maison. Ce type de scène est-il particulier à réaliser en termes de couleurs ? 

Jean-François Beaulieu : J’aime généralement travailler sur des scènes sombres, effrayantes ou lunatiques. Elles sont tout simplement plus faciles à réaliser pour moi, et j’ai en fait du mal à rendre intéressantes les scènes de lumière du jour. Bien sûr, il faut faire attention aux scènes sombres pour que les couleurs aient l’air correct une fois imprimées.

Plus généralement, y a-t-il un certain type de scène que vous préférez coloriser ? 

Jean-François Beaulieu : Comme mentionné précédemment, je préfère travailler sur des scènes d’humeur sombre avec beaucoup d’atmosphère. C’est amusant de jouer avec des éclairages intéressants et des palettes de couleurs limitées. J’aime aussi beaucoup coloriser les arrière-plans, les paysages et les ciels – j’ai un grand penchant pour ces arrière-plans classiques peints à la main dans l’animation traditionnelle, et je savoure toujours l’opportunité d’apporter un peu de cela dans mon travail.

Vous aimez mélanger des couleurs vives (pour les yeux, les larmes, la colère d’Abel, les bougies, …) avec des couleurs généralement mates. Comment se fait ce choix ? Faites-vous de nombreux essais ? Quel est l’effet recherché ?

Jean-François Beaulieu : C’est une astuce assez courante pour vraiment aider à mettre en valeur une certaine scène ou émotion. Je crois que c’est le travail des coloristes d’aider à focaliser l’attention du lecteur – pas seulement sur un certain élément d’une planche, mais aussi sur certains moments émotionnels de l’histoire. Une touche de couleur vive sur une page plus terne attirera certainement l’œil et fera savoir au spectateur que c’est important.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Jean-François Beaulieu pour sa disponibilité et sa gentillesse !


The Canadian colorist, whose work we love, recently regaled us with The Me You Love In The Dark. A few questions for a quick tour of his creations with Skottie Young and Jorge Corona.

I have the impression that on Middlewest and especially on The me you love in the dark, you have colored the panels differently compared to the previous comics on which you worked with Skottie Young, Guiseppe Camuncoli or Aaron Conley. Is it the case and is it because Jorge Corona is an artist who works more in blacks with a lot of shadows?

Jean-François Beaulieu : Generally, I like to use a different coloring style for each project I work on. Primarily, I try to do something that compliments the art, but also use colors that fit the mood, theme, or genre of any particular title. I also take in any notes from the artist, or anyone else working on the project. Doing something different every time keeps things fresh, and I always love starting a new book.

In Middlewest as in The me you love in the dark, you work a lot light effects. Is it an aspect of the color that you like to take care of? 

Jean-François Beaulieu : Lighting is one of my favorite parts of coloring. I love lighting a scene to get the mood just right, but it’s not always possible depending on the art. Adding all the special effects and tricks is also something I really enjoy, and helps make the art pop and catch the eye.

Many scenes in The me you love in the dark take place in the very dark atmosphere of the house. Is this type of scene particular to realize in terms of colors? 

Jean-François Beaulieu : I usually love working on dark, spooky, or moody scenes. They’re just easier to get right for me, and I actually struggle to make bright daylight scenes interesting. Of course, you have to be careful with dark scenes so the colors will look alright once printed.

More generally, is there a certain type of scene that you like more to colorize ? 

Jean-François Beaulieu : As mentioned earlier, I prefer working on moody scenes with lots of atmosphere. It’s fun to play around with interesting lighting and limited color palettes. I also really love coloring backgrounds, landscapes and skies– I have a great fondness for those classic hand-painted backgrounds in traditional animation, and I always relish the opportunity to bring some of that into my work.

You like to mix bright colors (for the eyes, the tears, Abel’s anger, the candles, …) with generally matte colors. How is this choice made ? Do you make many tests? What is the desired effect?

Jean-François Beaulieu : This is a pretty common trick to really help emphasize a certain scene or emotion. I believe it’s the colorists’ job to help focus the reader’s attention– not just at a certain element of a panel, but also to certain emotional beats of the story. A splash of vibrant of color on a more muted page will certainly draw the eye and let the viewer know this is important.

Interview made by email exchange. Thanks to Jean-François Beaulieu for his availability and his kindness.