Interview – Matt Fraction

Le scénariste américain Matt Fraction, dont les œuvres marquent toujours par leur originalité, a accepté d’évoquer avec nous ses dernières créations ainsi que de poser son regard sur le monde actuel des comics. 

For English speakers, please find lower the interview in its original version.

Adventureman

Dans Adventureman, vous rendez hommage aux comics Pulp des années 1930. Avez-vous un amour particulier pour cette période ?

En théorie plus qu’en pratique. J’aime le haut fourneau d’idées que les pulps ont fourni pour les comics et les romans de genre. J’admire l’invention et le mécanisme implacables que les œuvres exigeaient de leurs créateurs. Je veux exploiter toute cette énergie et cet esprit, mais présenter une histoire moderne avec des personnages et des perspectives modernes.

Vous créez Claire, une héroïne malentendante. Pensez-vous que les comics ne mettent pas assez l’accent sur les personnages souffrant de handicap ?

Absolument. Et n’ayant écrit qu’un seul personnage malentendant, je peux vous dire d’après mes propres expériences anecdotiques qu’il y a des centaines, voire des milliers de lecteurs qui ressentent la même chose.

Vous mélangez la fiction et la réalité. Est-ce la première fois que vous utilisez ce concept ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette idée ?

Hum…je n’en suis pas sûr. Je veux dire, j’ai écrit CASANOVA qui suit peut-être les même chemins ? Mais jamais comme ça avant. Jamais avec une telle ampleur et un tel optimisme.

November

November est une série de Graphic Novels. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce format d’écriture ?

November est un drôle d’oiseau. Nous l’avions conçu à l’origine comme un comic classique, vous savez, avec des agrafes au milieu et tout ça, mais avec des numéros plus longs… c’était une forme bizarre avec laquelle nous nous débattions sans cesse. Le comic se sentait sûrement condamné d’une certaine manière dans ce format – pour mettre en scène la façon dont les règles de la chose l’exigeaient, pour obéir aux exigences formalistes de la série, elle n’aurait sans doute pas été jusqu’à son quatrième numéro (qui serait la fin du premier volume), même pas jusqu’à ce que tous les pièces aient été mises en place.

Quoi qu’il en soit, c’était bizarre et ça n’a jamais vraiment collé, pas d’une manière que le marché direct américain aurait pu accepter lorsque nous avons sorti la première version — gardez à l’esprit, aussi, que nous y travaillons depuis quelques années maintenant, et que nous étions en production bien avant la pandémie et l’arrêt de la production, mais avant cela, il semblait que les magasins de comics et leur espace de rayonnage et leur patience avec des œuvres quasi-expérimentales comme November manquaient.

Image a eu du succès avec les récentes explorations de Graphic Novels qu’Ed Brubaker et Sean Phillips ont faites avec My heroes have always been junkies entre autres, et Eric Stephenson a suggéré qu’il serait peut-être plus judicieux que November soit publié dans un format comme celui-ci. Je n’avais jamais fait quelque chose de ce genre – et c’était passionnant pour moi. Avoir la chance de travailler en étroite collaboration avec Image et Rian Hughes, notre designer, de concert avec toute l’équipe créative pour faire quelque chose qui ressemble plus à un album européen qu’à un comic américain était un territoire nouveau et excitant. Puisque nous étions déjà sens dessus-dessous par rapport notre engagement à propos de November en tant qu’histoire et format… pourquoi pas ? Il nous semblait que c’était la meilleure façon de le livrer et cela signifiait que nous devions créer ces quatre magnifiques volumes.

D’ailleurs November était initialement prévu en trois volumes. Vous avez changé vos plans en cours de route ?

Ce n’était pas vraiment prévu en trois volumes – parce que ce n’était pas du tout prévu pour des volumes, mais pour une année de comics. Lorsque j’ai commencé à écrire November en 6 chapitres de 60 pages , j’ai réalisé très vite – peut-être même avant que le premier volume ne soit terminé – qu’il fallait que ce soit quatre parties au lieu de trois. Cependant, en raison des caprices du marché du livre (par rapport au marché de la bande dessinée), il y avait certains éléments d’information en prépresse, des exemplaires de sollicitation et autres, qui étaient déjà sortis dans le monde et ne pouvaient pas être ramenés. De plus, le livre était imprimé en Chine, nous devions donc livrer des mois et des mois avant ce qui serait nécessaire si nous imprimions sur place… de toute façon, c’est de ma faute, je suppose, mais il valait mieux dire trois et passer à quatre que de dire quatre mais n’en livrer que trois – ce qui serait un casse-tête de commandes annulées et de données faussées et une frustration pour les libraires et les détaillants de BD à la fois.

November est construit comme un puzzle avec un découpage et un rythme particuliers. Ce rendu nécessite-t-il l’écriture d’un scénario très détaillé ou laissez-vous une certaine liberté à Elsa Charretier ?

C’est la chose la plus formelle que j’aie jamais écrite et, en tant que telle, cela signifie qu’Elsa et moi nous engageons à respecter un ensemble rigide et inébranlable de, eh bien, de règles, je suppose que c’est le mot qui convient. November est donc extraordinairement détaillé en termes de compositions de pages – j’ai essayé, comme je le fais toujours, de ne pas prendre de décisions et de ne pas dicter ce que je pensais qu’Elsa devait dessiner (je n’écrirai jamais plus que ses mains et ses yeux), mais j’ai toujours choisi le type de cases, et leur taille, à chaque fois. Et j’ai dû écrire selon ces mêmes règles qui, comme l’écriture en vers de ODY-C, sont vite devenues exaspérantes et m’ont fait travailler plus dur malgré tout.

Après cela, après m’être énervé, je veux dire, ou plutôt une fois que je me suis énervé contre moi-même pour m’être enfermé dans cette cage particulière, je me suis dit que je pouvais arrêter de penser au formalisme comme à des règles. Comme dans ODY-C, par exemple où les deux derniers numéros ont été écrits comme des limericks*.

Quoi qu’il en soit, cet engagement signifiait qu’Elsa devait dessiner dans ces mêmes formes.

La prochaine chose que nous ferons sera complètement différente. J’aimerais écrire quelque chose de similaire au genre de scénarios que j’ai écrit pour David Aja ou Terry Dodson et me mettre à l’abri. Je lui serai à jamais redevable d’avoir fait le voyage de November avec moi.

*Un limerick est un poème humoristique, à l’origine en anglais, de 5 vers rimés (rimes aabba), de caractère souvent grivois, irrévérencieux ou irréligieux.

Superman’s Pal Jimmy Olsen

Comment est née cette idée folle de Superman’s Pal Jimmy Olsen jouant avec l’univers de DC tout en lui rendant hommage ?

C’est en essayant de faire rire BM Bendis alors qu’il se remettait d’une méchante infection au SARM que tout a démarré. Mais une fois que j’ai réalisé que j’y pensais vraiment, et pas seulement en s’amusant avec l’idée, j’ai réalisé qu’il y avait deux questions que je voulais poser et auxquelles je voulais essayer de répondre : Pourquoi devient-il l’ami de Superman ? et pourquoi veut-il être quelqu’un ou quelque chose d’autre que lui-même ? – et de cela une histoire pourrait en découler.

Une fois que j’ai eu l’idée de tout faire en courts “chapitres”, comme dans le comicbook de l’âge d’argent, plutôt que dans un comic traditionnel, et qu’avec cette découpe de courts chapitres est venue une réorganisation de la timeline du livre, et une fois que j’étais dans ces eaux, je savais que nous pouvions aller n’importe où et montrer tout ce que nous voulions dans tout l’univers DC.

J’ai presque réussi à faire tout cela aussi. Pas mal pour 12 numéros… !

C’est votre premier travail chez DC, je crois. Est-ce un univers avec lequel vous moins familier qu’avec Marvel ?

En grandissant, oui. Je m’y suis investi en grandissant.

November (Kurt Ankeny) et Supermn’s Pal Jimmy Olsen (Clayton Cowles) sont deux comics pour lesquels un travail de lettrage particulier est réalisé. En général, portez-vous une attention particulière au lettrage de vos séries ou est-ce spécifique à celles-ci ?

Oh absolument. Cela fait autant partie de la page que tout ce que vous voyez, cela doit être intégré dans la partie graphique et le design du livre dès que le crayon de l’artiste frappe la page.

De nos jours, mon processus de “réécriture” une fois qu’un livre est dessiné consiste vraiment à le réécrire complètement. Je coupe parfois plus de lignes et plus de mots que je n’en ai jamais vu imprimés. Et ne me parlez même pas des effets visuels et sonores.

Le monde des comics

Sex Criminals touche à sa fin. La série traite du sexe sans tabous. Pensez-vous que les bandes dessinées s’empêchent encore d’aborder certains sujets ou qu’au contraire, la bande dessinée est un média qui s’impose moins de contraintes que les autres ?

Je pense que beaucoup de comics du marché direct se considèrent encore et avant tout comme des fournisseurs de comics de super-héros et, de ce fait, limitent leurs aspirations, leurs objectifs et leur potentiel en conséquence.

Il y a de plus en plus de magasins – et d’éditeurs – qui se rendent compte du contraire. Je pense que les bandes dessinées ont abordé et continueront d’aborder tous les sujets possibles et imaginables. J’espère que les barrières qui marginalisent l’entrée des créateurs seront également réduites, afin que chaque voix sous le soleil puisse être entendue et puissent raconter des histoires sur ces sujets de leur point de vue, quels qu’ils soient.

Je ne pense pas que cela se limite aux histoires de super-héros.

Les librairies généralistes ont vendu plus de comics que les comicshops pour la première fois l’année dernière — pensez à cela. Il y a vingt ans, les plus grands détaillants et éditeurs du marché direct auraient ri si vous leur aviez dit qu’un jour des créateurs comme Raina Telgemeier, Shannon Hale, Eleanor Davis, Ebony Flowers, Mariko et Jillian Tamaki, Gene Luen Yang et même le membre du Congrès John Lewis produiraient des Graphics Novels qui se vendraient à des centaines de milliers d’exemplaires dans les grands magasins de détail — pas dans les comicshops, pas même dans les librairies – à tel point que leurs propres produits ne figurent même pas dans les vingt premiers livres vendus.

Ce sont ces livres qui permettent à de nombreuses librairies de garder la lumière allumée de nos jours.

Ne craignez-vous pas que les perturbations dues au covid et les difficultés financières du marché de la bande dessinée entraînent une réduction de la publication d’œuvres originales et indépendantes comme celles que vous proposez ?

Le marché se contracte et s’étend. C’est déjà arrivé. Cela va se reproduire.

Les comics ne disparaissent pas. Tant qu’il y aura des imprimés, tant que les gens seront capables de lire, il y aura des bandes dessinées. La rapidité avec laquelle ils peuvent atteindre les lecteurs, le prix abordable par rapport à tout autre dispositif médiatique de masse, le retour sur investissement pour les éditeurs et, surtout, la promesse sans compromis qu’une page blanche offre à un créateur ayant une vision, ne peuvent être battus par aucun autre média, où que ce soit.

Pour finir, lisez-vous des comics ?

Beaucoup. Je suis le travail de mes amis, je suis les nouvelles œuvres qui ont l’air passionnantes, j’achète beaucoup de bandes dessinées et de choses faites à la main lors de salons et de petites revues de presse aussi souvent que possible. Les choses qui m’inspirent le plus sont celles qui ressemblent le moins à mon propre travail. Cette semaine, j’ai reçu une boîte avec PERRAMUS de Breccia et Sasturain, CANKOR de Matt Allison, l’intégrale de YOUNG AVENGERS de Gillen et McKelvie, la nouvelle édition NYRB de MITCHUM de Blutch, en termes de livres.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Matt Fraction pour sa disponibilité et sa gentillesse.

The American writer Matt Fraction, whose works are always original, has agreed to talk to us about his latest creations and to look at the current world of comics. 

Adventureman

In Adventureman, you pay tribute to the Pulp comics of the 1930s. Do you have a particular love for this period?

In theory more than practice. I love the blast furnace of ideas the pulps provided for comic books and genre fiction. I admire the relentless invention and mechanism that pulps demanded of its creators. I want to harness all of that energy and spirit but present a modern story with modern characters and perspectives.

You create Claire, a hearing-impaired heroine. Do you think comic books don’t put enough emphasis on characters with disabilities?

Absolutely. And having written just one hard-of-hearing character, I can tell you from my own anecdotal experiences that there are hundreds if not thousands of readers out there that feel the same way.

You’re mixing fiction and reality. Is this the first time you’ve used this concept? What attracted you to this idea?

Hm. I’m not sure. I mean, I write CASANOVA so it feels like in some ways maybe not? Never like this before, though. Never with such a grand and optimistic sweep.

November

November is a series of graphic novels. What interested you in this writing format?

NOVEMBER is a strange bird. We’d conceived of it originally as comic-comic, you know, staples in the middle and all that, but with longer issues… it was a weird shape we kept wrestling with. It surely felt doomed in some ways in that format — to set the stage in the way the rules of the thing demanded, to remain obedient to the formalistic demands of the series it really wouldn’t have been until maybe the fourth issue (which would be the end of the first volume) until even all the players had appeared.

Anyway it was weird and it didn’t ever really fit, not in a way the American direct market would’ve been able to accept when we first released — keep in mind, too, this has been in the works a few years now, and we were in production far ahead of the pandemic and shut-down, but before that it seemed like comic shops and their shelf space and their patience with quasi-experimental works like NOVEMBER was running short.

Image had success with the recent graphic novella explorations Ed Brubaker and Sean Phillips had done with MY HEROES HAVE ALWAYS BEEN JUNKIES and the like, and Eric Stephenson suggested maybe NOVEMBER would be a better fit in a format like that. I’d never done something that shape, that form — and that was exciting to me. To have a chance to work closely with Image and Rian Hughes, our designer, in concert with the whole creative team to make something really more akin to a European album than an American comic was new and exciting territory. Since we were already upside-down with our commitment to NOVEMBER’s strangeness as a story and a format… why not? It felt like the best way to deliver the thing and it meant getting to craft these four beautiful volumes.

November was planned in three volumes. Did you change your plans along the way ? Why ?

It wasn’t really planned as three volumes — because it hadn’t been planned for volumes at all but a year of comics. As I got into writing in NOVEMBER in those 6-chapter, 60-page story-units, I realized really quickly — maybe even before the first volume was even finished  — that it needed to be four of the things instead of three. Because of the vagaries of the way the book market works (versus how the comics market works), however, there were certain pieces of pre-press information, solicitation copy and the like, that had already gone out into the world and couldn’t be brought back. Add to that, the book was printed in China, so we had to deliver months and months ahead of what would be required were we printing domestically… anyway it’s my own fault, I guess, but it was better to say three but do four than to say four but only deliver three — which would be a headache of cancelled orders and skewed data and frustration for booksellers and comic retailers both.

November’s storytelling is built like a puzzle with a particular cut-out and rhythm. Does this rendering require the writing of a very detailed script or do you leave a certain freedom to Elsa Charretier ?

It’s the most formal thing I’ve ever written and as such that meant Elsa and I committing to a rigid and unflinching array of, well, rules I guess would be the word. So NOVEMBER was extraordinarily detailed in terms of its paneling — I tried as I always do to not call shots and dictate what I thought Elsa should draw (I will never outwrite her hand and eye anyeay), but I called the kind of panel, the size of the thing, every time. And I had to write by those same strictures which, like writing ODY-C in verse, became very quickly infuriating and made me work harder in spite of it all.

After that happens, after I get mad about it I mean, or rather once I get mad at myself for putting myself in that particular cage, I find I can stop thinking of formalism like that as rules so much as the shape in which I write. In ODY-C, for example? The last two issues were written as limericks.

Anyway that commitment meant Elsa having to draw in those same shapes.

The next thing we do will be completely different. I’d love to write something similar to the kinds of scripts I write for David Aja or Terry Dodson and get the hell out of her way. I will be forever indebted to her for taking the trip through NOVEMBER with me.

Superman’s Pal Jimmy Olsen

How did this crazy idea of Superman’s pal Jimmy Olsen playing with the DC universe while paying tribute to it come about?

Trying to make Bendis laugh while he was recovering from a nasty MRSA infection was the start. But once I realized I was really thinking about it, and not just playing around, I realized there were two questions I wanted to ask and try to answer — Why does HE get to be Superman’s Pal? and Why does he want to be anyone or anything other than himself? — and FROM that a story could hang.

Then once I had the idea to do it all in short ‘chapters’ like the classic Silver Age book rather than a traditional comic, and that WITH those short chapter breaks came a reorganization of the book’s linear timeline, and once I was in THOSE waters I knew we could go anywhere and show anything in the whole of DC we wanted.

I almost got to all of it, too. Not bad for 12 issues…!

It’s your first job at DC, I think. Is this a universe you were less familiar with than the Marvel universe ?

Growing up, yes. I got caught up as I got older.

November (Kurt Ankeny) and Superman’s Pal Jimmy Olsen (Clayton Cowles) are two comics that have a particular lettering job. In general, do you pay particular attention to the lettering in your series or is it specific to those ones?

Oh absolutely. It’s as much a part of the page as everything else you see; it should be integrated into the art and design of the book from the minute the artist’s pencil hits the page.

These days my “rewriting” process once a book is drawn is really to dewrite. I cut more lines and more words sometimes than ever see print. And don’t even get me started on visual sound effects.

The world of comics

Sex Criminals is coming to an end.The series is about sex without taboos.  Do you think that comic books still prevent themselves from tackling certain subjects or that, on the contrary, comic books are a medium that imposes less constraints on themselves than other media?

I think a lot of American direct market comics still considers itself first and foremost purveyors of superhero comics and as such limits its aspirations, goals, and potential accordingly.

There are and more stores — and publishers — that realize otherwise. I think comics have and will continue to tackle every subject under the sun. I hope the barriers of entry to marginalized creators get reduced, too, so every VOICE under the sun may be heard telling stories about those subjects from their perspectives, whatever they may be.

I just don’t think those are limited to superhero stories.

Bookstores sold more comics than comic book stores for the first time last year — think about that. Twenty years ago, the biggest retailers and publishers in the direct market would have laughed if you told them one day creators like Raina Telgemeier, Shannon Hale, Eleanor Davis, Ebony Flowers, the Tamakis, Gene Luen Yang, and even Congressman John Lewis would be producing graphic novels that would sell hundreds of thousands of copies in major retail outlets — not comic shops, not even just book shops — so much so that their own products don’t even rate in the top twenty books sold.

These are the books that keep the lights on for a lot of book stores nowadays.

Aren’t you afraid that the disruption due to covid and the financial difficulties of the comics market will lead to a reduction in the publication of original and independent works like the ones you offer?

The market contracts and expands. It’s happened before. It will happen again.

Comics aren’t going away. As long as there is printed matter, as long as people are capable of reading there will be comic books. The rapidity with which they can reach readers, the affordability relative to any other mass media device, its the return on investment for publishers, and most of all, the uncompromised promise a blank page offers a creator with a vision cannot be beat by any other medium, anywhere.

Finally, do you read comics ? Which ones ?

Lots. I follow the work of friends, I follow new work that looks exciting, I buy a lot of art comics and handmade things at shows and small press books as often as I can. The things that most inspire me are the things the least like my own work. This week I got a box with PERRAMUS by Breccia and Sasturain, CANKOR by Matt Allison, Gillen and McKelvie’s collected YOUNG AVENGERS, the new NYRB edition of Blutch’s MITCHUM, book-wise.

Interview made by email exchange. Thanks to Matt Fraction for his availability and his kindness.