Interview – Rob Guillory

Alors que l’excellent Farmhand se prépare à entamer se deuxième moitié, son génial auteur Rob Guillory a pris un peu de son précieux temps pour évoquer la folie et les préoccupations qui traversent les comics qu’il crée.
Quelle est votre “orign story” en tant que dessinateur ?

J’ai grandi avec quelques oncles qui étaient de grands fans de BD, donc je pense que j’ai été imprégné en découvrant leurs collections. Avec le temps, j’ai commencé à expérimenter avec mon propre dessin et je suis tombé amoureux de ce médium. J’ai donc continué à faire mes propres bandes dessinées tout au long du lycée jusqu’à l’université. Finalement, j’ai fini par aller à des conventions de comics, cherchant à faire carrière dans mon art, et heureusement, j’ai pu mettre un pied dans l’industrie.

Lisiez-vous des comics étant jeune ?

Bien sûr ! J’ai fini par passer des collections de mes oncles à la mienne. J’ai accumulé une énorme collection de livres.

Quels sont les artistes qui vous ont influencé ?

Ils sont trop nombreux pour que je m’en souvienne mais Jim Mahfood, Dave Crosland, Steve Ditko, John Buscema et Akira Toriyama ont été très influents.

Comment vous est venue l’idée de Farmhand ?

Je n’en ai aucune idée ! J’ai toujours eu un faible pour les récits de mise en garde comme Frankenstein ou Jurassic Park, où la quête de connaissances de l’homme l’amène à bricoler des choses qui dépassent ses capacités. Je pense que Farmhand est en quelque sorte une version moderne de ce genre d’histoires.

La science et ses possibles excès sont au cœur de Farmhand. C’est un sujet inspirant et brûlant. Cela vous inquiète-t-il ?

Absolument. Je ne suis ni anti-science ni anti-technologie, mais je m’inquiète de la mauvaise habitude de l’humanité de ne pas reconnaître ses propres limites. Nous avons toujours tendance à pousser les choses trop loin. Je suppose que nous voulons être des dieux nous-mêmes.

La famille est également un thème central de Farhmand. Vous aimez aborder ce sujet également ?

Oui, j’ai moi-même trois jeunes enfants donc je pense toujours à l’éducation et à la famille. De plus, les craintes que mes propres péchés affectent ma famille sont en grande partie à l’origine de ce qui a façonné Farmhand.

Farmhand est en pause pour l’instant, vous avez probablement besoin de temps pour vous reposer après ce marathon de 3 story arcs. Est-ce pour laisser l’histoire vivre et peut-être aussi évoluer dans votre esprit ?

Sans aucun doute. J’avais besoin de faire une pause pour me ressourcer et réfléchir à ce que j’ai fait jusqu’à présent, mais aussi pour planifier le reste de l’histoire à venir.

Quelle est la proportion de planification (les choses qui devaient se passer comme elles le sont et à un moment donné) et d’adaptation (à partir de nouvelles idées, ou des réactions des lecteurs, ou des événements et des nouvelles de la vie réelle) dans un projet comme Farmhand ?

J’ai l’habitude d’esquisser et de planifier les histoires assez intensément, mais tout en me laissant une place pour la spontanéité. J’ai besoin d’une feuille de route pour savoir où l’histoire va aller, mais de nouvelles idées surgissent toujours, alors j’essaie de me donner assez d’espace pour changer la feuille de route selon les besoins.

Farmhand est le premier projet où vous êtes le seul maître à bord. Qu’avez-vous ressenti en vous lançant dans cette aventure ? De l’excitation ? De l’appréhension ?

La peur et l’excitation, probablement à parts égales. Créer ce livre par moi-même est un lourd fardeau, mais c’est aussi incroyablement libérateur.

Comment travaillez-vous ? Écrivez-vous le scénario en détail pour chaque page ou laissez-vous une part d’improvisation dans votre dessin ?

J’écris des scénarios complets avec des descriptions des planches et des dialogues. Une fois le scénario terminé, je dessine l’épisode au crayon et à l’encre en 4 semaines environ. À partir de là, le numéro est colorisé, lettré et les lettres des fans sont ajoutées. C’est beaucoup de travail.

Votre dessin fourmille de petits détails et de nombreux eatser eggs sont cachés dans vos pages. Est-ce un désir d’enrichir la narration de votre histoire ou est-ce pour faire plaisir à vos lecteurs ? Ou peut-être les deux ?

Les deux. Je veux que les lecteurs aient le sentiment d’en avoir eu pour leur argent à chaque numéro. Je veux qu’ils trouvent de nouvelles choses à chaque lecture et qu’ils apprécient constamment l’expérience. Il ne faut jamais se sentir dépassé.

Outer Darkness/Chew est-il l’idée de John Layman ou la vôtre ? Aimez-vous ce genre de crossover ?

L’idée initiale est venue de John Layman il y a plusieurs années, mais nous n’avons eu le temps de la concrétiser que récemment. Travailler avec John a toujours été un plaisir et ce crossover a été très amusant à faire.

Quelle a été votre sentiment en redessinant CHEW?

Honnêtement, je n’ai jamais vraiment cessé de dessiner CHEW. Je dessine régulièrement des commissions mettant en scène les personnages de CHEW, donc à bien des égards, j’ai l’impression de n’avoir jamais quitté l’univers de CHEW.

Comment avez-vous rencontré John Layman ?

Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’un ami écrivain commun en 2008. À l’époque, John cherchait l’artiste idéal pour CHEW, et notre ami commun m’a recommandé. Nous avons tout de suite accroché, et depuis, c’est génial.

Avez-vous des projets après Farmhand ou est-ce encore trop loin ?

J’ai beaucoup de nouvelles idées, mais c’est encore un peu loin pour affirmer quoi que ce soit. Quoi que je fasse, je suis sûr que ce sera étrange et décalé.

Avez-vous le temps de lire des comics ? Lesquels ?

Je ne lis pas autant de comics qu’avant, mais je suis un grand fan de Paper Girls, Southern Bastards et Head Lopper.

Cet entretien a été réalisé par échange de mails. Merci à Rob Guillory pour sa disponibilité et sa gentillesse.

As the excellent Farmhand prepares to begin his second half, his brilliant writer Rob Guillory has taken some of his precious time to evoke the madness and preoccupation that runs through the comics he creates.
What’s your « origin story » as a cartoonist ?

I grew up with a few uncles who were huge comic fans, so I think I picked it up by exposure to their collections. Over time, I started experimenting with my own art and fell in love with the medium. So I kept making my own comics throughout high school into college. Eventually, I ended up going to comic conventions, looking to make a career of my art, and thankfully I was able to get a foothold in the industry.

Did you read comics when you were young ?

Of course! Eventually I graduated from my uncles’ collections to my own. I amassed a huge collection of books.

Who are the artists who have influenced you ?

Too many to remember, but Jim Mahfood, Dave Crosland, Steve Ditko, John Buscema and Akira Toriyama were very influential.

Where did you get the idea for Farmhand?

I have no idea! I was always partial to cautionary tales like Frankenstein or Jurassic Park where man’s quest for knowledge led him to tinker with things beyond his capacity. I think Farmhand is sort of a modern version of those types of stories.

Science and its possible excesses are at the heart of Farmhand. It’s an inspiring and hot topic… Does it worry you too?

Absolutely. I’m not anti-science or anti-technology, but I do worry about mankind’s bad habit of not acknowledging our own limitations. We always tend to take things too far. I suppose we want to be gods ourselves.

The family is also a central theme in Farmhand. Do you like to talk about it?

Yes. I have three young children myself, so parenting and the family are always on my mind. Also, the fears of my own sins affecting my family are a big part of what shaped Farmhand.

Farmhand is on a hiatus for now, you probably need time to rest after this 3 story arcs marathon. Is it to let the story live and maybe evolve in your mind, too?

Definitely. I needed to take a rest to recharge and reflect on what I’ve made so far, but also to make plans for the rest of the story to come.

What is the proportion of planification (things that were meant to happen like they’re and at a defined moment) and adaptation (from new ideas, or reader’s feedbacks, or the real life events and news) in a project like Farmhand?

I usually outline and plan the stories pretty intensely, but while leaving myself room for spontaneous play. I need to have a road map for where the story will go, but new ideas are always popping up, so I try to give myself enough space to change the road map as needed.

Farmhand is the first project where you are the only master on board. How did you feel as you embarked on this adventure? Excitement? Apprehension too?

Fear and excitement, probably in equal parts. Creating the book on my own is a heavy burden, but it’s also incredibly liberating.

How do you work? Do you write the script in detail for each page or do you leave some improvisation in your drawing?

I write complete scripts with panel descriptions and dialogue. After the scripts are complete, I pencil and ink an issue in about 4 weeks. From there, the issue is colored, lettered and the fan letters are added. It’s a lot of work.

Your drawing is swarming with small details and many easter eggs are hidden in yourpages. Is it a desire to enrich the narration of your story or is it to please your readers? Or maybe both?

Both. I want the readers to feel like they’ve gotten their money’s worth with every issue. I want them to find new things with each read, and I want them to constantly be enjoying the experience. It should never feel stale.

Is Outer Darkness/Chew John Layman’s idea or yours ? Do you like this kind of crossover ?

Layman came up with the initial idea several years ago, but we didn’t have time to actually do it until recently. Working with John was always a blast, and this crossover was a ton of fun.

How do you feel about drawing Chew again?

Honestly, I never really stopped drawing CHEW. I regularly draw commissions featuring the CHEW characters, so in a lot of ways, it feels like I never left the CHEW universe.

How did you meet with John Layman ?

We met through a mutual writer friend back in 2008. John was looking for the right artist for CHEW at the time, and our mutual friend recommended me. We clicked immediately, and it’s been great ever since.

Do you have plans after Farmhand or is it still too far away?

I have lots of new ideas, but it’s still a bit far away to tell for sure. Whatever I do, I’m sure it’ll be weird and quirky.

Do you have time to read comic books ? Which Ones ?

I don’t read as many comics as I used to, but I’m a big fan of Paper Girls, Southern Bastards and Head Lopper.

This interview was realised by email exchange. Thanks to Rob Guillory for his availability and his kindness.