Ninja-K (VF-Bliss Comics)

Ninja-K
Release Date
19 avril 2019
Scénario
Christos Gage
Dessins
Juan Jose Ryp, Tomas Giorello, Roberto de La Torre
Editeurs
Bliss Editions
Prix
35 €
Our Score
8.5

Lors du redémarrage de l’univers Valiant, il y a quelques années, la première série Ninjak – Colin King – était l’oeuvre de Matt Kindt, fidèle de l’éditeur (Raï, The Valiant, XO-Manowar, entre autres). L’auteur a su développer le personnage de façon à lui donner une réelle épaisseur et une place de choix dans l’univers Valiant. C’est Christos Gage qui prend la suite dans une mini-série en 14 épisodes que Bliss Editions a l’excellente idée de publier en un seul volume

Le scénariste va découper son run en trois arcs distincts bien que reliés par deux importants fils rouges. S’appropriant avec brio le thème de l’espionnage cher à Ninjak, il se lance dans un premier arc construit autour du programme Ninja, entrevu dans le run de Matt Kindt. Mélange de complotisme, d’espionnage et d’action, le récit est habilement bâti et totalement haletant. Christos Gage passe en revue l’histoire des différents Ninja-A, B, C….ainsi que l’élaboration du programme qui leur a donné naissance et ses agissements plus ou moins avouables. Gage donne aux origin-stories un petit coté vintage délectable et ponctue son récit de rebondissements efficaces. L’essentiel des dessins est assuré par Tomas Giorello qui livre des planches sublimes. Son trait impeccable, ses mises en page inventives et ses designs produisent une puissance indéniable. Les couleurs de son complice Diego Rodriguez sont, une nouvelle fois, très belles.

Dans cette première partie, Chrsitos Gage installe ses deux fils rouges pour le reste des épisodes. Les agissements détestables du MI6 et la relation de Ninjak avec Livewire. Le scénariste décrit parfaitement les difficultés rencontrés par les deux héros du fait de leurs personnalités et rôles dans l’univers Valiant.  Cela va fortement influer l’ensemble de l’histoire.

Chacun des épisodes #2 à #4 se voit complété par une historie back-up relatant l’origine du premier Ninja. Le côté décalé de la narration et le trait “figé” d’Ariel Olivetti se combinent à merveille pour accomplir ce voyage temporel au début du siècle dernier.

Le deuxième arc s’inscrit pleinement dans la veine super-héroique avec le retour de plusieurs personnages de l’univers Valiant et une intrigue faite d’action et de pouvoirs essentiellement. Les révélations sur le programme Ninja et ses dérives amènent le déclenchement de l’histoire : un ancien remplaçant de Ninjak – Ninja-K-2 – qui a subi les traitements du programme a trahi et est parti former une armée de soldats au Mexique. Ninjak est chargé de démanteler ce réseau. Il fait équipe avec Livewire, Punk Mambo, Doctor Mirage et le robot Gin-Gr. La magie pointe le bout de son nez et le scénariste maîtrise la caractérisation des personnages. S’en suit une série d’affrontements bien mis en scène par Juan Jose Ryp qui, tout en conservant son trait exagéré, fait dans la sobriété. Jordie Bellaire vient, elle, apporter tout son talent aux couleurs.

Quelques vilains reviennent également sur le devant de la scène comme La Mourante qui prend possession du corps de Gilad, le Guerrier Éternel. Cela aura son importance pour la suite. Un arc qui n’a pas la force du précédent mais qui se lit avec grand plaisir.

Le troisième et dernier arc est la suite directe du précédent. Ninjak veut permettre à Gilad de retrouver son corps. Pour cela, il a besoin de savoir où se trouve La Mourante. En échange de cette information, le MI6 demande à Colin King de dévoiler la position de Livewire, engluée dans l’affaire du Blackout. Celui-ci se trouve face au dilemme de choisir entre sauver son ami ou trahir celle qui partage son lit. Il part en Russie où il va faire une macabre découverte dans la zone de Tchernobyl. Le dessin est réalisé par Roberto De La Torre, ce qui induit inévitablement une ambiance sombre voire horrifique. C’est vers cette tonalité que cet arc va s’orienter. Une grande partie de l’histoire va consister en l’affrontement entre Ninjak  et La Mourante et ses sbires mais Christos Gage va, comme il l’avait prévu depuis le début, emmener le héros au point de rupture. Sa relation avec Livewire va vaciller et sa foi en le MI6 va se trouver définitivement ébranlée. Les deux aspects sont bien traités par le scénariste qui sait créer les tensions nécessaires et dialoguer ses scènes. Le statu quo de Ninjak s’en trouve changé à la fin du dernier épisode, ce qui est, de nos jours, plutôt rare. Les auteurs ont souvent la fâcheuse habitude de ranger les jouets avant de s’en aller.

Si les dessins de De La Torre ont une force et une originalité incontestables, ses scènes d’action manquent toutefois d’une certaine lisibilité. Les couleurs vives de Andrew Dalhouse et Jose Villarubia conviennent parfaitement au trait du dessinateur espagnol. Un arc qui conclue avec force le travail de Christos Gage, laissant un réel impact pour la suite des aventures de Ninjak.

L’édition de Bliss est, comme toujours, excellente, farcie de couvertures alternatives et de planches encrées magnifiques.

Christos Gage a su poser sa patte sur l’univers de Ninjak en proposant un récit cohérent, fort et qui marquera l’histoire du personnage. L’équipe artistique, avec en tête l’excellent Tomas Giorello, sublime une saga passionnante !
8.5
Très bon
On aime
Le premier arc, pur récit d'espionnage
L'évolution du personnage au fil des 14 épisodes
La relation Ninjak - Livewire
Pour une fois, on ne range pas les jouets à la fin
Une partie graphique de qualité...
Les dessins de Tomas Giorello, un bonheur !
L'édition de Bliss Editions, comme toujours
On aime moins
...même si les scènes d'action de Roberto De La Torre manquent de lisibilité