Batman Rebirth #1 (VF – Urban Comics)

Sans doute le kiosque le plus attendu, et à raison, Urban surfe (nous y reviendrons) sur la renommée de son personnage pépite, cette icone culturelle qui dépasse son média originel. Alors que nous pouvons toujours pester contre l’absence d’un kiosque sur l’Homme d’acier, le Chevalier noir retrouve ses lettres de noblesse dans un sommaire complet et réjouissant. 

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[toggle title=”Batman Rebirth #1 et #1-2 – 8/10″]

Scénario: Scott Snyder, Tom King – Dessins: Mikel Janin, David Finch

La relance du titre pilier d’un l’éditeur est toujours un événement, le retour de Batman, terrassé par 5 années de folies créatives, parfois géniales, parfois moins, se devait de marquer les esprits. Tom King est un auteur récent, lui qui officie habituellement sur des exercices de style imagés, Vision, Omega Men et autres, la récupération de cette série monument est un travail immense, tremplin ou boulet, l’avenir nous le dira. Et à l’encontre d’une critique généralisée plus ou moins leaguée contre l’aphorisme de King, me voilà conquis.

Le prologue Rebirth a tout d’une introduction détachée, l’intrigue développée ne sera pas récupérée par la suite. Cela est sans doute à imputer à la présence de Snyder au script, tant les délires et les instants brumeux balisent ce numéro. Entre une version Vivaldi de l’Almanach, une séance de musculation ridiculement périlleuse, un entrainement physique boisé et une conclusion fruitière, certaines questions n’auront jamais de réponses. D’ailleurs, King abandonne rapidement ces morceaux jetés dans l’arène, et se concentre sur une intrigue bien différente. D’ailleurs le style graphique est ciselé, on alterne entre la classe sobre d’un Janin, et la crasse sublime d’un Finch résolument de retour sur les numéros suivants. Ces deux épisodes, et notamment le premier arc narratif de cette série, voient l’arrivée de deux nouveaux sur-humains, aux capacités sensiblement équivalentes à celles du Kryptonien. La présentation de ces deux personnages est succincte mais sera sans doute développée dans la suite. Cette renaissance voit un changement radical dans l’approche du caractère de Batman, un extrémisme exacerbé, un sens du sacrifice furieux. Et c’est bien du surf aérien dont je veux parler, cette scène critiquée par son ridicule apparent. Mais là où certains y voient une idiotie profonde agrémentée de dialogues clichés, j’y vois un Batman supérieur, au summum de son idéologie. La suite reste dans ce ton sérieux et froid, alors qu’une menace médicale fait son apparition et devrait intervenir rapidement, ou pas. 

Batman par King, c’est accepter de lire un Batman minimaliste, direct mais surtout suicidaire. L’auteur pousse à son paroxysme la caractérisation du héros, bien aidé par un dessinateur au niveau. Nous sommes très loin des concepts fumeux d’un Snyder, mais pour autant, rarement un Batman n’aura été si définitif. 

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[toggle title=”Detective Comics #934-936 – 8.5/10″]

Scénario: James Tynion IV – Dessins: Eddy Barrows, Alvaro Martinez

Avant de démarrer pleinement, sachez que je ne suis pas un adorateur extrême de ce que l’on appelle la “Bat-familly”. Tous ces personnages affiliés au cours de l’histoire au Batman ne m’ont jamais réellement subjugués. Autant, un Dick Grayson de son côté ou revêtu de la cape, un Red Hood militarisé ou bien Tim Drake chez les Titans, leur émancipation me semble bien plus intéressante. Les voir tous réunis dans un titre choral, mené par le rejeton de Snyder, James Tynion IV, le bat blesse dès le départ. Tout le monde peut trébucher, se fourvoyer, la série est la meilleure du répertoire présenté ici. 

Afin de mener sa guerre contre le crime sur plusieurs fronts, Batman décide de recruter ses petits soldats restés à Gotham, Tim Drake, Cassandra Cain, Stephanie Brown et Gueule d’argile, qui cherche ici une rédemption bien méritée, ce personnage étant l’un des plus dramatiques de la galerie des vilains du Chevalier. L’originalité revient à la gestion de cette équipe, qui est remise à Batwoman. Cette héroïne forte à la personnalité atypique, se voit donc nommée sergent instructeur, sans que Batman n’ait voix au chapitre. C’est avant tout ces échanges, à différentes échelles, qui matérialisent parfaitement le degré de respect mutuel entre les personnages, certains se connaissent parfaitement, d’autres n’ont jamais échangé une parole entre eux. James Tynion mixe habilement les relations entre les protagonistes, il en ressort un naturel rare, sans perdre le côté fantasque propre à cet univers. L’opposition offerte par cette Colonie, organisme paramilitaire aux objectifs classiques et déjà vus, reste malgré tout d’une efficacité insolente. Tynion ne s’embarrasse pas à fomenter un plan infernal, l’atout de cette série est niché dans ses personnages. Cette immédiateté scénaristique est complétée par un trait direct, imposant. Les premières planches de la série sont immersives et théâtrales. L’ambiance est posée. Et quand le rythme s’emballe, le dessin gagne encore en dynamisme. Ce duo artistique m’était inconnu, mais Barrows et Martinez seront certainement deux noms à suivre. 

Une entrée en matière confortable, Urban nous propose 3 numéros, et très engageante. Le scénariste est cash, ne prend pas de détour et s’assure un suivi régulier de ma part. 

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[toggle title=”Nightwing Rebirth #1 et #1 – 6/10″]

Scénario: Tim Seeley – Dessins: Yannick Paquette, Javier Fernandez

Si il y a bien un aspect du comic book qui me dérange c’est bien le retour régulier au statu quo initial. Ces rétroactions constituent un pan entier de cette industrie de papier, il faut alors accepter de voir ses personnages favoris tout perdre, tout recommencer, pour tout reconstruire. C’est le cas ici avec Nightwing. Je ne suis pas un adorateur du Grayson Volant, son évolution “récente” me paraissait cependant la suite logique d’événements éditoriaux. La quintessence de ce personnage était à retrouver entre les mains du génie Morrison, lorsque Dick avait revêtu la capote de la chauve souris. Et quand bien même cette période a su s’instaurer comme un âge d’or récent du Batman, avec des thématiques propres et un jeu sur le dynamic duo incroyable, la dernière série en date sur le premier Robin avait tout pour plaire. Durant le final de Forever Evil, le sacrifice fictif de Grayson l’a mené dans le monde trouble de l’espionnage, dans la série sobrement intitulée “Grayson”. Co-écrite par deux des architectes du Bat-verse, King et Seeley, cette petite vingtaine de numéros avait su trouver un ton et une fraîcheur des plus atypiques, malgré des épisodes finaux embrouillés. Ce Rebirth #1 est simple, Grayson est de retour en Nightwing. L’espionnage est mis au placard, retour aux classiques. Rien de bien transcendant sur ces quelques pages introductives, seul Paquette réalise une prestation correcte, sans jamais atteindre le génie d’un Wonder Woman Terre-1.

La suite est par contre bien plus alléchante. Seeley décide de ramener le chouette héritage de la Cour des Hiboux, installée par Snyder au départ des NEW52, et dont les manigances touchaient de près Grayson. L’auteur apporte sa pierre à l’édifice et instaure le Parlement des Hiboux, sorte de frondeur de la Cour initiale. L’objectif est le même, restaurer la grandeur de cette société de l’ombre, notamment par l’endoctrinement du Robin originel. Un personnage fait son entrée ici, Raptor, qui semble partager des connaissances sur ce Parlement, mais aussi sur les Noirs secrets du Chevalier. Cette entrée en matière rassemble tous les ingrédients pour une bonne histoire, malheureusement, l’originalité, tant narrative qu’artistique, est totalement absente. Néanmoins, cette série s’inscrit dans une logique de publication implacable, elle a résolument sa place au menu et charpente un kiosque décidément très solide. 

Je déplore la perte de cette approche espionnage peu traitée dans l’immense genre super héroïque. De nouveau, nous sommes bien en présence d’une renaissance, mais cela se traduit par un manque de témérité. La série est plaisante, propose une lecture friandise sans jamais rester inoubliable. 

 

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La trinité presse d’Urban a trouvé son étalon. Le programme affiché est conséquent. La qualité générale est remarquable, tant à l’écrit qu’aux pinceaux. De plus, la promesse de retrouver les délires d’un Snyder évincé du titre phare mais toujours aussi influent me réjouit d’avance. Si vous ne deviez prendre qu’un seul kiosque ce mois-ci, c’est bien celui-là, une vraie porte d’entrée. Je vous encourage néanmoins à vous lancer dans l’expérience Justice League, pour découvrir d’autres héros du panthéon DC. 

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