Batman Rebirth #3 (VF – Urban Comics)

La cadence de publication d’Urban est effrénée, nous sommes déjà à l’aube du premier cross-over des batmen, traité en deux parties, la première ici, alors que le retour du plus contesté mais non moins talentueux auteur DC est acté dans ces pages, la nouvelle série Batman par Scott Snyder, ça promet.

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[toggle title=”Batman #6 – 7/10″]

Scénario: Tom King – Dessins: Ivan Reiss

Ceci constitue l’épilogue du premier arc “Je suis Gotham”, toujours par King, avec le traitement du décès de Gotham, son impact sur sa sœur, ainsi que sa psycho démence récente, un numéro perturbé en somme. Car Gotham Girl ne va pas bien, entre le déni et le refoulement de la tragédie, la jeune héroïne vit dans une illusion de justice décharnée, où rien n’a de sens. Les dialogues éthérés constants qu’elle entretient avec son frère disparu sont représentatifs du style de King, minimaliste et répété.  Ce n’est que de la stature solide d’un Batman finalement très émotif, que jaillira la terrible vérité de l’acceptation, dans une scène tendre, au poids affectif très fort. Le miroir entre les tragédies vécues par les deux personnages résonne forcément, sans que King ne marque trop le trait, contrairement à celui de Reiss. L’artiste ne se fatigue pas, et même si le numéro est plutôt joli,  seules les dernières pages sont réellement propres, avec un soin sobre du cadrage. Maintenant un numéro complet pour traiter le cas d’un personnage finalement inconnu, n’est ce pas excessif ? J’aime à penser que cette Gotham Girl sera amenée à jalonner constamment la série de King, la voir se développer longuement ici est peut être un mal pour un bien. Surtout que l’auteur n’oublie pas de lancer sa prochaine intrigue, une île, un géant shooté au venin et une mission suicide.

Avec ce (trop ?) long épilogue, King conclue l’intégration de Gotham Girl au sein de sa série. Si tout ceci constitue un build-up futur (cela était déjà teasé précédemment, mais les comics et les futurs …) pour le personnage, l’auteur fait bien de prendre son temps, avec sa science si particulière du dialogue, le numéro se laisse lire et regarder, tout en procurant une petite dose d’émotion, et c’est déjà très bien.

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[toggle title=”Detective Comics #940 – 9/10″]

Scénario: James Tynion IV – Dessins: Eddy Barrows

Le mois dernier, le numéro se concluait sur une scène particulièrement tendue, Tim Drake accaparait toute l’attention des drones du colonel Kane après un quelconque piratage informatique. Évidemment, que peut un seul homme face à une armée entière de tueurs mécaniques, pas grand chose. Red Robin est rayé de la carte, sèchement, sur une magnifique page pleine en forme de dernier baroud d’honneur. Alors que Jacob Kane est rapidement évincé par sa fille, Batwoman, le reste du numéro prend des formes de deuil général. La réunion entre Spoiler et Batman, soit finalement les deux versants de la vie de Drake, est très convaincante. Les secousses du drame sont finement illustrées par un Eddy Barrows décisif et résolument à sa place sur ce titre. Mais c’était sans compter sur l’intrigue globale de Rebirth, avec peut être l’intervention d’un des Gardiens qui épargne in extremis le jeune Drake. Les répercussions seront sans doute à venir, et Tynion ré-installe le titre comme une pierre angulaire de ce DC Rebirth.

En développant son intrigue propre, sans oublier les enjeux liés au Rebirth, Detective Comics s’installe confortablement comme une lecture indispensable, que l’on soit lecteur de Batman, ou simplement de l’univers DC Comics.

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[toggle title=”All-Star Batman #1 – 8/10″]

Scénario: Scott Snyder – Dessins: John Romita Jr, Declan Shalvey

DC Rebirth avait fait parler de lui, en plus de l’intégration des Gardiens, pour deux raisons : le départ de Snyder du titre Batman, où son run est l’un des plus discuté, et de son retour immédiat sur un autre titre, cette fois détaché de toute continuité, All-Star Batman. Avec cette série, Snyder est alors libre de laisser courir ses idées folles, sans risque de pollution des héros adjacents, voire de l’univers DC dans son entièreté. Faisant partie des lecteurs passionnés par Scott, parfois avec une fascination morbide je le reconnais, l’excitation est palpable. Et je ne suis pas déçus, l’auteur redouble d’effort avec cette série, où le premier numéro est déjà une accumulation de génie et de conneries, le tout se mélangeant étrangement à merveille. L’idée initiale est étonnante : Harvey Dent, dans un denier élan de lucidité, décide de contrecarrer sa version acidifiée, et demande un dernier service à Batman. Le remède à son aliénation se cacherait à 800 bornes de Gotham. La mission pour Batman, accompagner Harvey à destination dans un road trip enragé à travers les États Unis. Mais Double Face, avec tout son réseau criminel et juridique, s’est constitué une banque de données universelle regroupant des informations sur tout et tout le monde. Il lance donc un appel général accompagné d’une prime : si Batman arrive à destination, tous ces secrets seront dévoilés. Il n’en faut pas plus pour voir une armée de criminels se lancer à la poursuite du Chevalier Noir.

Vous reconnaitrez que le pitch est plutôt très accrocheur, notamment cette sortie de la zone de confort du personnage, et de nouveau Snyder fait original. Mais ce n’est pas sans oublier la portion absurde : la pluie acide que déploie Double-Face dans un flashback, Batman qui survit à tir dans le dos (vous me direz, la version cinéma récente réchappe d’un tir à bout portant en pleine tête), ce Batman schizophrène avec ce sourire en coin, Batman et une tronçonneuse, le cas Alfred … bref, une succession d’idées qui fera fulminer les plus fidèles Bat-fans, et je le comprends. Et ce n’est pas tout, car Snyder n’a rien perdu de son verbe, les personnages parlent beaucoup et agrémentent leur discussion d’explications scientifiques pointues, comme celle du back-up autour de la “roue maudite”, sorte de compilation des méthodes d’entrainement de Bruce, génialement idiot. Et c’est sans parler de Duke Thomas, que l’auteur tente tristement de nous imposer depuis maintenant Zero Year puis Endgame. Surtout que Capullo n’est plus là pour nous décoller la rétine. Car c’est Ro(vo)mita Jr qui couvre ce premier arc d’All-Star Batman, au grand dam de nos pupilles. Cet artiste me rebute, en faute des anatomies très approximatives, des visages très brouillons et un ressenti général très imparfait. Heureusement, le dynamisme de l’histoire lui assure certaines cases plus physiques que statiques, et c’est bien heureux. Là où Shalvey sur son court back-up est toujours au niveau, avec son style unique limpide.

La nouvelle bat-itération made in Snyder ne déçoit pas. Tous les ingrédients sont là, une idée géniale, une sortie de Gotham, une course poursuite déchainée, garnis de concepts et d’images Snyderement stupides. Ceux qui ont dévoré ses 52 numéros New 52 seront en terrain connu. Les autres, ne tentez même pas, c’est la même chose. Maintenant, la série a vraiment tout pour plaire, avec notamment ce synopsis premier très original, mais au graphisme décevant.

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[toggle title=”Nightwing #4 – 7/10″]

Scénario: Tim Seeley – Dessins: Javier Fernandez

Nightwing, après 4 numéros, je peux maintenant le dire, fait partie de cette catégorie de comics dispensables, oubliables mais alors très divertissants lors de la lecture. Entre le dynamisme jovial de Dick et la sarcastique sévérité de Raptor, au rôle toujours plus ambigu notamment sur la fin du numéro, Tim Seeley a décidément le ton adéquat. Sa machination du Parlement des Hiboux prend une direction attendue, les deux associés décident effectivement de se retourner contre leur employeur. Quand bien même tout cet imbroglio avec les Hiboux semble terminé pour l’instant, la confiance entre Bruce et Dick n’est toujours pas au beau fixe, la reconstruction d’une relation stable s’annonce tourmentée. Tim Seeley livre donc une trame efficace, mais c’était sans compter sur Javier Fernandez, artiste révélation ici, tant son trait entre un David Aja et un Ramon Rosanas sied parfaitement au titre.

Il serait dommage de se priver d’un tel morceau de papier. Tim Seeley est percutant et Javier Fernandez est assez infaillible aux crayons. Sans être culte, cette série a vraiment tout pour plaire !

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[toggle title=”Night of the Monster Men part 1 – 5.5/10″]

Scénario: Steve Orlando, Tom King, Tim Seeley, James Tynion IV – Dessins: Riley Rossmo, Roge Antonio, Andy MacDonald

Je traite l’ensemble des numéros relatifs à la première partie de La Nuit des Monstres, qui regroupe donc Batman #7, Nightwing #5 et Detective Comics #941. Il n’aura fallu que trois mois en version française pour voir apparaitre le premier Bat cross-over, mêlant alors les trois séries qui composent le sommaire initial du kiosque, bien vu Urban. Car si il y a bien une qualité à soulever, c’est la construction : dès les premiers numéros de la série de King, ces “Monster Men” sont évoqués et Hugo Strange est aperçu. L’arrivée des Bat-Men est logique, découle de la série de James Tynion IV, et le lien est fait avec une certaine organisation ophidienne évoquée dans les pages de Nightwing. Mais en plus de toute cette maçonnerie éditoriale, cette première partie regorge de références et de légères explications qui viennent cimenter les 3 séries impliquées. L’identité du tireur de Batman #1 est dévoilée et s’intègre à l’histoire en cours, le cas Tim Drake est évoqué avec le poids inhérent à l’événement, les questions de confiance qui balisent la série Nightwing sont au cœur des échanges avec Bruce, et enfin, la présence d’une Gotham Girl à peine remise de son trauma confirme bien mes espoirs ci-dessus. Sur le papier, tout est là. Qu’en est il de l’histoire en elle même ? C’est globalement anecdotique et décevant, maintenant les ambitions d’une telle proposition sont elles immenses, je ne pense pas. Cela tient sur un timbre poste, toute la Bat-familly se retrouve confrontée à une invasion de monstres, au design horrifique plutôt intéressant, instrumentée par Strange (pourquoi, comment, à voir sans doute par la suite). J’en viens même à réfléchir quant l’exercice de style mêlant Kaiju horrifiants et Batman, un mélange curieux dont je doute de la place dans cet univers. L’intérêt ne réside donc pas dans les événements racontés, mais bien dans ces petits points de détail précédents.  Et ce n’est pas du côté du dessin qu’il faudra aller chercher, le trio artistique, au style proche (Rossmo se détache néanmoins) ne rehausse finalement jamais le niveau basique de l’histoire, même si certaines planches sont plutôt impressionnantes.

En l’état, vous avez là une première partie d’un cross-over au mieux sympathique, qui vient surtout enrichir les travaux précédents des trois scénaristes. Pas indispensable du tout, mais suffisamment bien réalisé pour y jeter un œil.

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Pour avoir lu le kiosque Justice League du mois, que je ne chroniquerai pas de manière conventionnelle mais peut être par arc narratif plus tard (je suis extrêmement mitigé sur cette lecture mois après mois), ce Bat kiosque est vraiment la meilleure formule d’Urban presse. Je suis peut être aveuglé par un bat-signal un brin subjectif, mais il faut bien reconnaître que les séries sont bonnes, avec des qualités graphiques remarquables pour certaines. Urban fait un travail épatant, la cohésion du sommaire est exemplaire.

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Pour découvrir et commander ce numéro, c’est par ici:

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