Civil War II #1 (VF – Panini Comics)

Ça y est, nous y voilà, Civil War II. Premier event de cette nouvelle ère All-New All-Different Marvel. Nous allons voir dans cette critique, qui risque d’être longue tant les commentaires sont nombreux, ce que vaut, selon moi, le nouveau monstre Marvel. La critique est full spoiler, si vous n’avez pas lu le kiosque, fuyez pauvres fous. 

Je vais évidemment m’attarder sur l’histoire mais l’objectif est plutôt de rapporter en quoi cet event s’inscrit dans ce nouvel univers Marvel et quelles sont, selon moi encore une fois (et je vous invite à en discuter calmement sur les commentaires), les incohérences qui en découlent.

[accordions tabs_bgcolor=”#ffffff” tabs_textcolor=”#000000″ tabs_bordercolor=”” tabs_opacity=””][accordion title=”Civil War II #0 – 9.5/10″]

Scénario: Brian M Bendis – Dessins: Olivier Coipel

Je suis tendu au moment de l’ouverture du kiosque, vous le savez je n’étais pas spécialement excité par cette sortie. Pour autant ce numéro d’introduction est une démonstration.

Il s’ouvre sur le plaidoyer de Jennifer Walters, Miss Hulk et avocate dans sa vie civile, qui prend la défense d’un ancien super-vilain. Le discours est parfait : quelle est la place de la justice et quel est son rapport à l’impartialité ? le passé d’un individu doit-il influencer le jugement ? Quelle est la limite entre la liberté individuelle et le bien commun ? Cette entrée en matière est dense, mature mais surtout intelligente. Le second temps du fort du numéro réunit cette fois Carol Danvers, Captain Marvel mais aussi membre des Ultimates, de l’équipe A-Force et commandante d’Alpha Fligh, et Doc Samson. La discussion entre les deux protagonistes illustre parfaitement l’état d’esprit d’une telle héroïne. Elle est surmenée et doit jongler entre les différentes menaces qu’elle rencontre. Le combat que ces héros mènent est lourd et parfois tragique, mais finalement, et si tous ces efforts ne suffisaient pas ? A travers ce dialogue brillamment écrit, c’est toute la psychologie récente de Carol qui nous est présentée : une super-héroïne forte avec des responsabilités énormes. Quel serait le coût d’un futur potentiel échec, la question est posée par Bendis.

On enchaîne avec un très court passage en compagnie de James Rhodes (a.k.a War Machine et meilleur ami de Tony Stark) et du président américain. L’échange s’articule autour de sujets tout aussi pertinents : sécurité nationale et internationale, interventionnisme américain… Mais c’est la conclusion qui étonne, le président demande gentiment à Rhodes d’endosser le rôle de prochain dirigeant des Etats-Unis d’Amérique, rien que ça. La déclaration est légèrement abrupte mais sert en fait de build up pour la suite. 

Au milieu de ces intrigues : la situation inhumaine. Le nuage tératogène continue son chemin dans l’atmosphère terrestre et contamine un personnage qui se révélera central par la suite : Ulysse. Il se voit alors doté du don de précognition, ou la possibilité de voir le futur. Je vais relever ici la première incohérence : le nuage tératogène. On le sait, ça fait 8 mois que cette nuée gazeuse se déplace librement, et si elle ne parvient pas à se dissoudre toute seule, comment expliquer l’inaction des gouvernements à éradiquer, ou du moins contrôler, un nuage radioactif qui modifie le génome humain à l’échelle planétaire ? Ne cherchez pas, on s’en fout dans le monde Marvélien. D’ailleurs, la gestion de cette nouvelle explosion démographique inhumaine aurait très bien pu faire l’objet d’un event. 

Au dessin, Coipel excelle. Lui qui d’ordinaire marque par ses compositions éclatées, il livre un travail tout en classe et simplicité. Il en ressort un aspect très officiel, voire grave. Je n’ai finalement pas grand chose à rajouter, le numéro est splendide et amplifie largement le propos écrit. Le parallèle avec la première “Guerre Civile” de Millar est immédiat, parallèle qui s’effacera très vite.

Introduction parfaite : le propos d’un Bendis en maîtrise est intelligent et l’aisance d’un Coipel tout en sobriété est insolente ; un prologue admirable ! 

[/accordion][accordion title=”Free Comic Book Day 2016 : Civil War II – 5.5/10″]

Scénario: Brian M Bendis – Dessins: Jim Chung

La chronologie du numéro est un peu spéciale, comme le précise Panini (dont l’éditorial autour de l’event est assez irréprochable), les événements qui s’y déroulent se passent en vérité juste après la vision d’Ulysse au milieu de Civil War II 1. Je vous conseille donc de lire tout le kiosque une première fois, puis sur une deuxième lecture, d’enchaîner les aventures chronologiquement. 

Ouverture sur les amourettes du couple Carol Danvers/James Rhodes, avec Black Panther au milieu. En réalité, le trio attend la venue de la famille royale inhumaine et de ce nouvel inhumain précog, Ulysse. Sa dernière vision met en scène l’arrivé soudaine de Thanos. Sur ses dires, les Ultimates, les Inhumains et quelques héros présents, dont James Rhodes, décident de prendre de court le Titan. Thanos débarque donc de “je ne sais où”, armé jusqu’au dents, à la recherche d’un cube cosmique caché sur Terre (sans doute Kobik). S’en suivent 3 pages de baston très claires et lisibles, Chung est toujours aussi efficace bien que trop peu vu actuellement. Et là, c’est la scène choc : Thanos élimine Rhodes  ! Une mort sèche, renforcée par les larmes déchirantes de Carol.

Le numéro est court, il sera approprié de le traiter au sein du suivant. On peut toutefois revenir sur le changement drastique du niveau d’écriture. La scène d’ouverture est adolescente avec des personnages fades et des dialogues tout sauf percutants. On retrouve là le Bendis actuel, de la discussion facile remplie d’humour utilisée pour masquer un manque flagrant de fond. 

Avec ce numéro, le bilan est déjà plus mitigé, mais c’est encore bien trop court pour se forger un premier avis sur ce nouvel event

[/accordion][accordion title=”Civil War II #1 – 4/10″]

Scénario: Brian M Bendis – Dessins: David Marquez

Il est là le coeur du kiosque, le numéro 1 de Civil War II. Je ne vais pas m’étendre sur le déroulement du numéro, mais plutôt sur la mise en lumière de certains éléments.

Rapidement, ouverture sur une énorme scène apocalyptique résolue par tous les sorciers Marvel. Les héros célèbrent leur victoire dans la tour de Stark avant de découvrir Ulysse et son pouvoir au potentiel destructeur. Bendis relance le débat sur l’intervention avant le crime et tout ce cela engendre. On distingue déjà plusieurs idéologies sur la question, celle de Stark face à celle de Danvers. Mais le décès de Rhodes fait déborder le vase. Stark accuse alors Captain Marvel d’avoir causé la mort de Rhodes et d’avoir fait aveuglément confiance aux visions de l’inhumain. 

Tout tourne autour d’Ulysse et de son don de vision, mais déjà là avec du recul, ça ne fonctionne pas. Tony Stark juge Carol pour son interventionnisme et son envie de changer le futur avant qu’il n’arrive, via les visions prémonitoires d’Ulysse. Mais pourquoi, au début du numéro, ne se questionne-t-il pas sur l’attaque des Célestes ? Tous les héros s’en vont combattre face à l’une des plus grosses menaces cosmiques Marvel, sur un avertissement des inhumains mais sans autres raisons établies. De même par la suite, Thanos arrive, certains héros sont donc mis au courant (les Ultimates, les Inhumains et James Rhodes présent à ce moment) et sans raisons ils ne mettent pas les autres au parfum. Ils vont alors logiquement le combattre et malheureusement il y a une victime, pas de chance, mais cette fois War Machine est abattu.  Mais comment Tony peut-il partir en guerre fratricide avec ça ?

D’ailleurs parlons-en de cet univers. Tout est en continuité, ils se souviennent tous de la première Civil War et de ses conséquences. Comment, là encore, peuvent-ils être à ce point idiots pour s’engager dans un nouveau conflit ? Et encore la première saga, avec ce côté officiel, était bien plus portée sur l’idéologie et la conception de l’héroïsme, de sa politisation et des libertés individuelles des héros. Alors qu’ici, choisir le parti pris du hasard et de l’émotion ne permet pas de comprendre la réaction de Tony, personnage au passé déjà marqué par les tragédies. Toutes ses expériences devraient lui permettre de ne pas péter les plombs, de se maîtriser. Je ne peux décemment pas prendre la défense de Stark qui accuse Carol du meutre de War Machine. James a fait son choix, c’était un soldat exemplaire et il est mort au combat, face à l’un des plus grand ennemi des Vengeurs.  A moins que dans la suite Tony s’engage seul face à la communauté super héroïque, sur un coup de tête émotionnel, pourquoi pas, encore que vu le passé du héro, c’est tout aussi déraisonnable.

Mais encore une fois, on ressent très clairement l’envie qu’a la Maison des Idées de capitaliser sur le nom “Civil War” et son arrivée au cinéma (L’event était sorti au même moment que le film). Pourtant, au fil des lectures il y avait bien d’autres questions dans l’univers Marvel actuel qui auraient pu lancer un event (comme il faut faire en faire un tous les 6 mois maintenant) : la décapitation de Namor par Hyperion (ancien Vengeur dans la dernière version d’Hickman), le présence d’un cube cosmique réincarné dans une fillette en liberté, le cross-over Standoff et ses conséquences politiques, voire même sur la présence de certains personnages (Singularity dans A-force ou encore Old Man Logan) qui se souviennent d’une time-line alternative gouvernée par un Fatalis divin (oui, je fais référence à Secret Wars). On se rend compte que toutes ces intrigues feraient de parfaits points de départ à l’event. Mais non, on s’embarque dans tout autre chose, sans bases solides. 

Un dernier mot sur le travail de David Marquez, exemplaire. Sur ce point je n’ai rien à dire, les phases de combat sont impressionnantes de gigantisme et de personnages représentés. Mais les passages d’accalmie sont tous aussi beaux, avec des expressions faciales criantes de réalisme. On croit vraiment à la triste colère de Stark, au désarroi de Carol ou à la candeur d’Ulysse, c’est magnifique. Quand on sait que le dessinateur réalise les 8 numéros, nos yeux pétillent d’avance. On a l’assurance d’avoir un event qui sera ravissant graphiquement. 

Sous ses apparats choc et blockbuster, ce lancement n’est pas maîtrisé. La place de Civil War II au sein de la continuité Marvel n’est en aucun cas justifiée ni justifiable. Certains personnages, Tony Stark notamment, sont idiots et leurs réactions ne leur font pas honneur. En capitalisant sur le nom et le grand spectacle, Marvel oublie de livrer un travail cohérent et fluide, mais surtout n’utilise aucune piste lancée par les auteurs dans leurs séries. 

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Départ en demi-teinte du nouveau cataclysme Marvel, le numéro 0 était tellement bon que la suite n’en est que plus décevante. En restant en surface le titre a tout pour plaire : une bombe scénaristique autant que graphique. Mais qui retombe comme un soufflé en prenant un peu de hauteur. Je vous invite quand même à le lire pour vous faire un avis, mais pour l’instant l’envie de lire la suite n’est plus aussi forte. Je laisserai toutefois une deuxième chance à Bendis, la suite nous réserve peut-être des surprises. N’hésitez donc pas à laisser une note et un commentaire.

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