Fondu au noir (VF – Delcourt)

Après le chef d’œuvre Fatale, Ed Burbaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser nous reviennent dans un nouveau polar pour lequel les attentes étaient énormes. Le duo scénariste-dessinateur nous a déjà gâté d’œuvres marquantes tel Criminal ou Incognito et la coloriste a réalisé un travail magistral sur l’excellent Velvet de Brubaker et Epting.

Il serait quasi indécent de décrire le plaisir que j’ai à ouvrir un nouveau comics de ces auteurs. Sans compter que Delcourt met les petits plats dans les grands en proposant l’intégralité de la série en un seul volume d’une qualité d’édition remarquable. L’objet est magnifique et est agrémenté d’une couverture à tomber par terre. Une belle introduction du scénariste, une galerie de couvertures et d’illustrations sublimes et la bande annonce du titre viennent achever le bédéphile comblé !

Ed Brubaker propose une intrigue policière à partir du meurtre d’une actrice en vogue. On suit Charlie Parish scénariste pour le cinéma qui, au sortir d’une soirée fortement arrosée, découvre le corps de l’actrice dans un bungalow près d’un plateau de cinéma. Il va tenter d’élucider le meurtre de la jeune femme avec laquelle il a un lien particulier que l’on découvrira au fur et à mesure de l’histoire.

On prend plaisir à se perdre dans cette intrigue tortueuse à souhait. Ed Brubaker sème des indices par petites touches, révélant des pans du passé de chaque protagoniste qui éclairent la trame. Seul petit bémol, sa résolution ne sera pas extraordinaire. Néanmoins, le point fort de ce comics est dans la description d’une époque et dans la caractérisation des personnages, là où Ed Brubaker excelle et nous régale.

Le scénariste place son histoire au sortir de la seconde guerre mondiale, fin des années 40 – début des années 50, période de la Chasse aux sorcières et du Maccarthysme. Comme il le décrit dans son introduction, il est familier de cette période par l’héritage de son oncle scénariste pour Hollywood à cette époque.

Tout dans le monde décrit par Brubaker n’est que mensonges et faux-semblants. Des acteurs au passé trouble, à la nationalité dénigrée ou à la sexualité réprouvée, aux personnages liés de près ou de loin à la Chasse aux sorcières, en tant que « traîtres » ou dénonciateurs, tous les protagonistes montrent un visage biaisé de leur personnalité. A commencer par Charlie Parish, marqué par la guerre puis empêtré dans le Maccarthysme, il n’en finit pas de dénouer les méandres torturés de son existence.

Le milieu du cinéma hollywoodien de cette période est décrit à merveille : de l’actrice – femme fatale, au garde du corps aux poings comme des parpaings, en passant par la chargée d’image des acteurs ou le producteur véreux. Un monde sans pitié s’offre à nos yeux. Comme il l’a si bien fait avec les années 60-70 dans Velvet, Brubaker nous fait revivre une époque dans ses moindres détails : lieux, personnages, ambiances, relations, mœurs.

Le mérite en revient autant au scénariste qu’au dessinateur et à la coloriste. Un travail minutieux de reconstitution à travers les décors, les lieux, les vêtements, les véhicules, a été réalisé. Même s’il n’excelle pas dans l’expressivité des personnages, Sean Phillips donne une caractérisation visuelle immédiate à ses personnages et les encre bien dans l’époque.

La coloriste joue admirablement avec les ombres et les lumières, usant du noir et de couleurs chaudes et nuancées. La relation entre les deux artistes tient d’une certaine magie dont je ne me lasse pas.

Les couvertures proposées en fin d’ouvrage sont toutes sublimes. Elles sont accompagnées de reproductions d’œuvres représentant des artistes de l’époque.

On piétine d’impatience à la découverte du nouveau titre du trio Kill or be Killed à paraître prochainement chez Delcourt ou d’un nouveau tome de Criminal en préparation !

Au même titre que Fatale, Fondu au noir est un classique de l’équipe créative, voire un classique tout court tant ses qualités multiples s’imposent comme une évidence. En tout cas, c’est un coup de cœur à hauteur de celui que j’ai eu pour Fatale ou Velvet. Pour les amateurs de ces artistes, c’est à ne pas manquer. Pour les autres aussi !

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