Hawkeye Tome 1 (VF – Panini Comics)

Démarrage d’une nouvelle série Hawkeye qui voit Kelly Thompson et Leonardo Romero nous narrer les aventures de Kate Bishop en solo. De retour à Los Angeles, notre archère tente de se lancer dans une activité de détective privé. Elle doit résoudre deux affaires tout en se démêlant dans les aléas de son installation en tant que détective.

Dans la lignée de ses aînées, les séries scénarisées par Matt Fraction (indispensable) et Jeff Lemire (très bonne), ce Hawkeye de Kelly Thompson se démarque de la production Marvel habituelle par son ton et son identité graphique.

La scénariste propose une Kate Bishop plutôt loufoque, soliloquant régulièrement, un peu maladroite et candide et qui apprend son métier de détective. Tout en étant tour à tour ingénieuse ou inexpérimentée, comme le Team-up avec Jessica Jones tend à le démontrer, elle se montre déterminée et parvient d’une manière ou d’une autre à ses fins. Cette caractérisation en fait un personnage très attachant et dont on a plaisir à suivre les péripéties.

Kelly Thompson crée un certain nombre de personnages secondaire assez intéressants dans les relations qu’ils entretiennent avec Kate. Ramone, Johnny, Mikka et “Watson” semblent former une sorte de famille autour d’elle que l’on pourra souhaiter revoir et développée dans l’avenir. La scénariste amène avec eux des situations drôles ou touchantes qui étoffent la série. Le “duo” formé par Kate Bishop et l’inspecteur Rivera est lui très drôle et l’on souhaite que Thompson l’utilise régulièrement dans la suite. La scénariste sait imposer un humour léger mais efficace à sa série.

Comme précisé précédemment, les épisodes 5 et 6 sont un Team-up avec Jessica Jones. Mon a priori sur ce genre de rencontre fan-service souvent creux s’est envolé en quelques pages. Cet arc en deux parties permet de renforcer le rôle de Kate comme apprentie et est particulièrement drôle dans son traitement (les tuyaux de Jessica), les situations qu’il engendre et ses dialogues.

Les intrigues de ces deux affaires manquent par contre d’ambition. Le manque de tension et des vilains un peu farfelus ne permettent pas à la série d’être très marquante. Je pense que la scénariste aurait pu garder son ton tout en densifiant ses intrigues. C’est d’ailleurs ce que j’espère pour la suite de la série. Un fil rouge portant sur le père de Kate est bien présent tout au long du tome mais il est bien trop ténu pour le moment. Les dialogues sont généralement drôles et fluides. Quelques expressions « jeun’s » ne fonctionnent pas très bien (voulu par la scénariste ou traduction moyenne ?) mais cela reste à la marge.

Le premier arc en 4 parties est dessiné par Leonardo Romero et colorisé par Jordie Bellaire. L’artiste brésilien dont le style s’inspire de la Ligne Claire, impose une identité au titre.  Ses compositions sont soignées sans avoir recours à des cadrages tape-à-l’œil. Rudement efficace dans sa mise en page, il propose des personnages aux designs agréables. Le rythme est fluide et l’utilisation de disques violets pour cibler des éléments du décor accentue de façon maligne le côté détective. La colorisation de Jordie Bellaire est magnifique et subtile, comme toujours avec cette artiste, et bien adaptée à la série. Le duo offre une partition que j’ai vraiment beaucoup aimée. Les deux épisodes avec Jessica Jones sont dessinés par Mickael Walsh. Son style beaucoup moins régulier fonctionne moins bien. Malgré une mise en page parfois plus recherchée que celle de Romero, le résultat est nettement moins agréable et certaines cases ne sont pas très belles, notamment avec des visages assez moches. Heureusement, la colorisation toujours assurée par Jordie Bellaire vient sauver la mise et fournir une unité à l’ensemble.

Leonardo Romero est le dessinateur principal de la série, on le reverra donc fréquemment et c’est tant mieux puisque c’est l’un des atouts majeurs de cette série. A noter, les couvertures très sympas de Julian Tonino Tedesco.

La série semble avoir trouvé son public aux USA puisque, chose exceptionnelle de nos jours chez Marvel, vient de sortir son numéro 16 ! Et puisque les petits reproches qu’on peut lui faire sur ce tome 1 semblent s’envoler à partir de l’épisode 7, quelques tomes de plaisir s’annoncent devant nous !

Dans le lignée de ses grandes sœurs signées Fraction et Lemire, la série Hawkeye offre un ton différent dans le paysage Marvelien. Pour le moment moins ambitieuse et moins marquante, elle n’en reste pas moins très agréable à lire et emporte le lecteur par son ton décalé. En attendant le tome 2 que l’on espère plus étoffé en termes de densité narrative, on se délecte des planches de Leonardo Romero.

 


L’avis de Kidroy  – 7/10

Fraction et Aja auront altéré le paysage, marqué les comics d’une cible différente avec un titre culte qui compte, encore ; bien au delà de l’archer de parme, le charme opère toujours dans les sorties. Puis Lemire et son talent de conteur familial n’est pas à plaindre. Surtout que Barton n’est plus seul depuis ces écrits, rejoint par une jeune fille. Complexe et à l’histoire passionnante, Kate s’est construite depuis des années. Comme quoi, la nouveauté prend du temps. 

Plus de binôme sagittaire, Kate se la joue solo. L’intrigue n’est pas excitante, ni au début, ni après. Jessica Jones n’a jamais eu ma sympathie. Mais, Hawkeye par Thompson compte pour tout ce qu’elle fait ailleurs. La théories de la réception pourrait s’illustrer avec ce titre. La série s’arc-boute sur une traînée de messages actuels, fort d’un passé éditorial inédit. Bien ancré dans son époque, peut être trop, Hawkeye sera une série témoin. L’auteure déambule sur la corde tendue du féminisme, de l’indépendance sociale et sexuelle. Des sujets critiques, mais importants, qui doivent être soulevés. Marvel assume toujours son aspect d’éditeur à considérations, c’est bien même si tout n’est pas rose. 

Vous avez là un titre engagé, qui se voit, mais s’apprécie comme tel. On regrette par contre une légèreté narrative. Evidemment, Thompson n’écrit pas un brûlot social, mais l’implication du lecteur n’est pas (encore ?) complète. 


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