Le Beffroi (VF – Akileos)

The Spire, Le Beffroi en français, centralise le monde de la série. Une ville flèche, où à chaque niveau urbain est associée une caste sociale. Les citoyens purs et aisés résident dans les niveaux supérieurs, les ethnies déviantes, “les sculptés”, nichent dans les bas-fonds. D’autres peuplades survivent dans les contrées extérieures, la série prend le temps de présenter les accords sociaux, commerciaux et politiques qui lient tous ces individus, sans abuser de bulles récitatives, seuls les dialogues développent le squelette de la série de Spurrier. Sha est une médusi, une sculptée représentante de la garde urbaine qui va devoir déjouer une série de meurtres sanglants qui touche l’entourage de la famille royale. 

Visuellement inédit, tant dans ses décors, que ses personnages que sa colorisation.

Avec ce pitch très simple, Spurrier installe un univers riche, qui repose sur une multitude de références subtiles. Elles battissent le Beffroi, sans jamais parasiter ou engluer la personnalité propre du titre. Ce mélange de Fantasy / Science-Fiction, la série est assez inclassable, se base, en vrac, sur du Dragon Age, du Mass Effect, du jeu de rôle japonais, Dune, Dishonored, Star Wars, des repères visuels et narratifs incalculables qui embellissent la série. Les messages sur les castes, la peur de l’autre ou encore le fanatisme religieux densifient la série sans en faire une brochure sociale. Heureusement pour lui, Spurrier digère complètement ces discours et ces canons, s’en inspire parfois sur une bulle, l’identité visuelle du Beffroi est en définitive unique. Nous pouvons remercier pour cela Jeff Stockely, artiste que je découvre ici. Le style au départ rebutant se déploie, comme l’intrigue nous y reviendrons, au fur et à mesure. Si certains découpages sont rudement classiques, d’autres sont bien plus inventifs : Une course poursuite, une construction hélicoïdale dans les coursives du Beffroi, un allongement pour les moments les plus tendus, quelques pleines pages et j’en passe. Comme son auteur, l’artiste est conscient des possibilités existantes, mais propose, de nouveau, une individualité au titre. En plus de la technique, le dessin peut familier à l’ouverture du bouquin, est fort de conviction. Le lecteur adhère rapidement aux différents designs des personnages, du gobelin purulent, à l’assassin masqué encapé de noir, aux fanatiques du désert entre les Fremens de Dune et les Hommes des Sables de Tatooine. Les décors volontairement désertiques servent une atmoshpère crasseuse dans la fange des bas quartiers, clinquante au sommet de la Flèche, et onirique à l’extérieur. La colorisation d’André May est aussi très étonnante, à des lieux des codes réglementaires. Comme Seven to Eternity dernièrement, The Spire est un hybride innommable entre la Fantasy et la Science-Fiction. Mais contrairement au dernier bébé de Remender, Spurrier est bien plus efficient pour sa narration et son intrigue. 

Il abandonne tout passage récitatif, trop chargé dans Seven to Eternity, l’intrigue n’avance qu’au travers des échanges et des questions. Intrigue qui résumée précédemment peut paraître abrégée, se serait sans compter sur les nombreuses révélations, sur un épisode final au twist bien senti, et à l’ending toute sauf happy. Les personnages sont écrits avec finesse, tous ont une personnalité singulière, Sha, Pug et d’autres, sont déjà des noms qui resteront. L’inconnu n’est jamais faussement entretenu par certains personnages, il se déroule très naturellement, numéro après numéro, réponses après questions, découvertes après enquêtes.

La force du Beffroi, cet univers unique pourtant issu de nombreux clins d’œil. Tant Spurrier avec cette organisation sociale et ethnique, que Stockely avec son visuel vivifiant, impriment un titre déjà reconnaissable. Là où d’autres se “contentent” de leur Monde, Spurrier ne perd rien en narration et écriture, son intrigue est intelligente, ficelée et pousse vraiment à la lecture. Et pour couronner ces louanges, Akileos propose un volume relié de qualité, le prix est accessible, la couverture est à encadrer et l’interview de l’équipe artistique affine l’appréciation du titre. The Spire est une série unique à inspirations multiples qui aspire à une reconnaissance méritée. 

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