Nighthawk (VF – Panini Comics)

Petit retour en arrière sur un comics sorti en France en avril 2017 et qui me tient à cœur.

Parmi les quatre séries prisent en main par le scénaristique David Walker depuis 2016, Nighthawk est celle qui me semble avoir le plus de qualités et de consistance.

Iron Fist et Power Man de par son ambiance à forte composante comique et la caractérisation de ses deux héros était déstabilisante. Dany Rand en déconneur permanent et désinvolte ne cadrait pas avec l’image qu’il avait dans le run de Brubaker, par exemple. Une série qui se laisse lire mais non marquante.

Occupy Avengers, actuellement en cours de publication par Panini, est une série team-up pour Hawkeye. Cette caractéristique l’empêche d’avoir un réel impact, même si l’auteur constitue une équipe éphémère et bien que certains arcs soient réellement de qualité. L’un d’entre eux fait intervenir Nighthawk et crée un lien bien sympathique avec la série dont je vais vous parler.

Enfin, Luke Cage, non sortie en France pour le moment mais qui est déjà annoncée comme stoppée après une poignée d’épisodes !

Revenons donc à ce qui est le morceau de choix des œuvres récentes de David Walker : Nighthawk.

L’histoire concoctée par Walker se déroule à Chicago. Elle met en scène Nighthawk, un justicier issu de la Terre 31916 qui se retrouve sur la Terre après les événements de Secret Wars.

Sur fond de tension raciale, un flic étant soupçonné d’avoir abattu un Afro-américain, l’histoire démarre avec le meurtre d’un marchand de sommeil peu scrupuleux. L’assassin, un tueur en série qui n’en est pas à son coup d’essai, signe ses crimes du nom du Révélateur. Dans le même temps, on suit un promoteur aux méthodes peu recommandables. Walker va faire se mêler toutes ses intrigues pour en tirer un récit dense et tendu.

De son côté, Nighthawk, alias Raymond Kane, souhaite arrêter ce tueur et ramener le calme dans sa ville, à sa manière.

Le justicier agit dans un environnement peuplé de flics pourris toujours prêts pour quelques bavures, de suprématistes blancs, de délinquants en col blanc ou de voyous sans pitié. Il est secondé par Tilda Johnson, une ancienne vilaine spécialiste en robotique qui lui sert de guide à distance, usant de drones de sa fabrication.

David Walker réalise un excellent polar sur fond de contexte social actuel : le racisme anti-noir. Il fait de Nighthawk un personnage très violent, brutal et obsédé par sa quête de justice qui n’hésite pas à tuer. Il introduit par petites touches les raisons possibles qui ont pu conduire Raymond Kane à agir comme il le fait à travers des flashbacks situés dans son enfance. Plusieurs séquences présentent un personnage torturé qui n’est pas forcément à l’aise avec sa façon de faire. Au travers des échanges entre Tilda et Nighthawk, Walker n’élude pas la question de l’utilisation de la violence pour combattre le crime. La frontière entre les méthodes du Révélateur et celles de Nighthawk est bien perméable. La scène finale est d’ailleurs marquante de ce point de vue.

Les dessins de Ramon Villalobos s’éloignent du réalisme et du classicisme qu’on peut rencontrer dans certaines séries de super-héros. C’est par sa narration visuelle et sa façon de montrer la violence que le dessinateur impacte le lecteur. C’est en exhibant les articulations qui craquent, les nez qui éclatent ou les corps qui sont transpercés qu’il transmet la violence des combats, sans tomber dans la gratuité et la facilité.  Villalobos propose également quelques plans originaux jouant avec des transparences ou des gaufriers aux cases nombreuses, détaillant chaque coup d’un affrontement. Les couleurs assez chaudes offrent un contraste visuel saisissant avec l’ambiance du comics.

L’artiste obtient un résultat original et puissant.

A noter également les très belles couvertures de Bill Sienkiewicz.

Seul petit bémol, la série pâtit de sa courte existence en raison de ventes insuffisantes aux Etats-unis et de la politique de Marvel qui ne donne pas le temps à ses séries de s’installer et de trouver leur lectorat. On sent dans les deux derniers épisodes que le scénariste a du terminer un peu rapidement ses intrigues. On regrette les arcs qu’aurait pu nous offrir David Walker avec ce personnage intéressant.

Pour ceux que le personnage intéresse, on peut le retrouver dans les épisodes 3 et 4 de la série Occupy avengers du même David Walker et dans la série de James Robinson, Squadron Supreme, publiée dans 3 magazines Iron & Avengers hors-série. Cette série est sympathique mais nettement moins accessible.

Au final, Nighthawk est une excellente série qui ne nécessite aucune connaissance préalable sur le personnage. Dure, mature et encrée dans le monde actuel, elle brille tant par son scénario que par sa partie graphique. Un de mes coups de cœur de 2017, rien de moins !

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Pour découvrir et commander Nighthawk, c’est par ici:

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