Royal City Tome 1 : Famille décomposée (VF – Urban Comics)

Jeff Lemire revient avec sa nouvelle série indé, Royal City. L’auteur nous a habitué à l’excellence dans cette catégorie (Essex County, Descender, Black Hammer) alors que ses travaux mainstream restent très irréguliers, allant du marquant (Green Arrow, Moon Knight) au médiocre (Thanos).

Royal City est une bourgade industrielle en perte de vitesse économiquement, où ont vécu plusieurs générations de la famille Pike. La crise cardiaque du père conduit les membres de la famille à se retrouver. Jeff Lemire nous décrit une famille disloquée, au lourd passé.


Jeff Lemire choisit une narration où l’on découvre chaque membre de cette famille par petites séquences. Chacun semble à un tournant de sa vie, professionnellement et personnellement. Que ce soit Patrick, romancier en perte de vitesse, Tara, promoteur immobilier qui ambitionne de réveiller la cité endormie, Richard, perdu dans sa vie dissolue, ou Patti, la mère, engluée dans sa vie amoureuse, chacun fait face à une remise en question et se débat avec ses problèmes. Au travers de ces portraits, l’on découvre un passé commun qui a marqué chacun d’eux de façon indélébile : le décès de Tommy, le petit dernier, lorsqu’il était adolescent.
Jeff Lemire utilise cette présence fantomatique qui hante les personnages au sens propre comme au figuré puisqu’il insère Tommy dans les scènes, le faisant interagir avec les autres membres de sa famille. Les échanges et discussions avec Tommy permettent à Lemire de développer les personnalités de chacun. Le dessinateur présente Tommy de manière différente en fonction de la façon dont il est resté gravé dans la mémoire de chaque membre de la famille Pike ou tel qu’il l’imagine. Gamin pour Tara, tel un saint pour sa mère, en compagnon de virée pour Richard ou encore en ado pour Patrick. Ce procédé original amène des scènes extrêmement touchantes qui poussent chaque membre à se révéler peu à peu et à l’histoire de cette famille brisée de se révéler.


Jeff Lemire réussit à dresser des portraits d’une exceptionnelle justesse. Il parvient avec facilité à rendre attachants tous ses personnages. La disparition de ce frère a comme amputé chacun d’eux d’une partie d’eux-mêmes, faisant d’eux des êtres isolés, qui ne communiquent plus et dont la vie se dissout chaque jour un peu plus. L’auteur réussit à nous émouvoir avec une évidence naturelle et le cliffhanger de fin nous promet un tome 2 en mesure de nous ébranler encore plus.

Aux dessins, Lemire garde son trait “hésitant” qu’on lui connaît et manie toujours aussi bien le cadrage que la mise en page. Un focus sur un petit élément nous révèle un pan de la personnalité d’un personnage. Une pleine page incrustée de cases qui attirent l’œil sur un détail vient enrichir une narration visuelle efficace.
La colorisation à l’aquarelle dans des tons pastel rehaussés de jaune et de rouge est tout bonnement magnifique et convient idéalement au ton mélancolique de la série. C’est réellement un très beau travail qui donne, en plus, une identité à la série. Lemire avait déjà utiliser une colorisation de ce genre sur Trillium mais je trouve celle de Royal City plus subtile et juste parfaite.

L’édition d’Urban comics est une nouvelle fois belle et pleine de bonus : une postface de Lemire très intéressante, des illustrations, une playlist à écouter en lisant le comics si l’envie nous en dit.

Royal City est une nouvelle réussite de Jeff Lemire, peut-être sa plus belle en indé. Justesse, délicatesse, émotion, tout y est. Jeff Lemire, le dessinateur, est également en grande forme. Un immanquable.

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