My heroes have always been junkies (VO – Image Comics)

My Heros have always been Junkies
Release Date
10 octobre 2018
Scénario
Ed Brubaker
Dessins
Sean Phillips
Colorisation
Jacob Phillips
Editeur
Image Comics
Prix
14,99 $
Our Score
8

Pour la première fois, le duo Ed Brubaker – Sean Phillips livre sa nouvelle œuvre sous forme d’un Graphic Novel. Habitués au genre sériel, les artistes concocte une histoire en une grosse soixantaine de pages au titre un poil provocateur et intriguant.

Brubaker nous raconte l’histoire d’Ellie, une jeune femme qui se retrouve dans une clinique de désintoxication où tout semble en trompe l’œil, que cela soit les autres patients ou les médecins. Ellie se lie avec Skip, un patient dont la présence semble également assez trouble. Une idée assez romantique de l’addiction aux drogues en tête, elle entraine Skip dans une aventure amoureuse qui pourrait se révéler moins romantique que prévue.

Rodés au style polar, les deux compères Brubaker et Phillips s’engagent, cette fois-ci, dans quelque chose de différent : une romance sur fond d’addiction aux drogues. Le récit est toutefois rempli de ressorts à suspense qui conduisent à une fin où leur genre de prédilection reprend la main.

La narratrice est Ellie, personnage principal dont Brubaker nous dresse le portrait par petites touches à mesure que l’histoire avance. La jeune femme à l’enfance difficile, baignée dans un monde de junkies dont sa propre mère qui en mourra, a un imaginaire romantique de l’usage des drogues. Tout au long du comics, elle fait référence à la production, par leurs auteurs sous l’influence de drogues, d’œuvres artistiques majeures, notamment musicales. Brubaker n’hésite pas à nous narrer leurs origines sur plusieurs pages qui s’intègrent parfaitement au récit. En contre-point, il évoque l’aspect socialement désastreux que peut avoir l’addiction aux drogues à travers quelques flashbacks sur l’enfance d’Ellie.

Ellie est éprise de liberté et en particulier pas prête à s’accrocher à un mec. Mais avec Skip, c’est différent. Elle s’implique, se lâche, est prête à beaucoup. Elle parvient à l’entrainer dans son sillage. Ils s’évadent de la clinique et l’on songe alors à une sorte de Bonny and Clyde dépourvu de meurtre. Mais chacun, au détour d’un dialogue ou d’une courte scène, révèle des pans mystérieux de sa vie. La vérité n’est pas celle que l’on croit et l’on comprend que Skip n’est peut-être pas là par hasard. En plus d’un romance maitrisée et bien construite, c’est l’un des points forts du récit de Brubaker. Le scénariste maintient un suspens qui atteindra son paroxysme dans les dernières pages. L’ensemble est bien dialogué et la narration fluide, alternant scènes en tête à tête, flashbacks et références artistiques avec équilibre. Pour une première incursion dans le format Graphic Novel, Ed Brubaker réalise un excellent travail, sans moments creux et parvenant à maintenir l’attention sur les 70 pages. Bien qu’au centre d’un plan machiavélique qu’elle a elle-même élaboré, Ellie a droit à un portrait contrasté de la part du scénariste qui porte sur elle un regard tendre et nous la rend finalement attachante.

Les dessins de Sean Phillips sont dans la droite ligne de ce qu’il a produit sur ses derniers travaux, Kill or be killed en tête. Les cases sont nettement moins détaillées que dans ce dernier  et son trait s’avère plus dépouillé mais c’est pour laisser davantage de place à la colorisation aux tonalités roses et bleus de son fils Jacob Phillips, qui livre un travail vraiment original. Beaucoup de fonds sont faits d’habiles mélanges de couleurs peints et les jeux d’ombre et de lumière surgissent grâce à la juxtaposition de blanc et de crème. La couverture du recueil en est un superbe exemple.

Premier Graphic Novel et nouvelle réussite pour le duo Brubaker – Phillips  ! Maitrise de l’histoire, dessins et colorisation impeccables font  de My Heroes Have Always Been Junkies une vrai plaisir de lecture !
8
Très bon
On aime
Une histoire maitrisée
La découverte de Jacob Phillips à la colorisation
Une héroine attachante