Something is killing the children (VO-Boom! Studios)

Something is killing the children
Release Date
4 septembre 2019
Scénario
James Tynion IV
Dessins
Werther Dell'Edera
Couleurs
Miquel Muerto
Editeur
Boom! Studios
Prix
3,99 $
Our Score
9

Scénariste moins populaire mais nettement plus intéressant qu’un Scott Snyder – son ancien mentor – ou q’un Brian M. Bendis, James Tynion a marqué de son emprunte quelques séries DC comics. Son run sur Detective Comics est l’un des meilleurs travaux produits par l’éditeur ces dernières années et la quinzaine d’épisodes de Justice League Dark – série en cours – semble destiner cette série à prendre le même chemin. Ce qui fait la force de ces séries est la gestion de l’équipe par le scénariste. Multipliant, en parallèle de l’intrigue principale, les sous-intrigues propres à chaque membre, il livre des récits denses et plutôt finement écrits.

Dans Something is killing the children, il est – du moins pour le moment – plus question d’individus solitaires en proie à divers tourments. James est un adolescent qui participe à des soirées pyjamas entre potes lors desquels ils aiment partager leurs cauchemars et leurs peurs. A la suite de l’une d’entre elles, plusieurs jeunes sont tués – dont certains de ses amis – par une mystérieuse bête dont certains l’accusent d’avoir un lien avec James.

D’emblée, on reconnait le style assez bavard du scénariste – surtout sur la première partie et sans que cela doive être ici considéré comme un défaut ! Il construit deux trames qui vont se rejoindre à la fin de l’épisode. L’une suit James dans ses tourments après le décès de ses amis, montrant un ado taciturne, renfermé et subissant une forme de maltraitance de la part d’autres jeunes. Membre d’une famille qui semble trop occupée pour s’intéresser réellement à lui – entre le travail et les activités de sa sœur – il se retrouve livré à lui-même, recevant l’unique soutien de son directeur de lycée. La caractérisation de James est impeccable et instille une part conséquente de mystère derrière ses propos. Le lecteur s’imprègne de cette ingrate vie d’adolescent.

L’autre trame voit deux jeunes femmes, plutôt flippantes qui règlent leur compte aux monstres qui tuent ces ados. Et elles ne semblent pas en être à leur coup d’essai. Aussi bien dans leur attitude que dans leurs designs, elles inspirent la crainte et le mystère. Le récit s’oriente clairement vers le thriller horrifique, comme en témoigne la scène où James décrit ce qu’il s’est passé “ce soir-là”.

James Tynion IV parsème son histoire de deux tête-à-tête particulièrement bien écrits et forts. L’échange entre le directeur et James, emplit d’une certaine tendresse d’un père de substitution envers l’ado, est remarquable de justesse. La rencontre entre James et une des jeunes filles est pleine de tension et les dialogues transpirent la crainte qui se transforme en confiance soulagée. Deux grands moments.

Les dessins sont assurés par Werther Dell’Edera, artiste au style et à l’encrage assez particuliers. Si ses visages manquent souvent de grâce, le dessinateur joue énormément sur la mise en scène. Le regard des personnages possède une place toute particulière dans son travail. Souvent masqués – parfois un seul, parfois les deux – les yeux de James et de la jeune fille traduisent le ressenti des personnages. Lorsqu’il est mal à l’aise, les lunettes de James sont opaques, ne laissant voir que le reflet des verres. Lorsqu’il se libère, le dessinateur dessine ses yeux au travers des verres. Particulièrement efficace. De la même façon, Dell’Edera ne montre souvent qu’un œil  des jeunes filles, caché derrière une mèche ou un pansement. Le procédé renforce pleinement cette impression de puissance et de crainte.

Seule la scène de nuit où James décrit les événements qui ont conduit au décès des ados laisse un gout de d’inachevé. La page, très brouillonne, ne parvient pas à donner toute la terreur et l’horreur voulues.

Les couleurs de Miquel Muerto, dans tes tons crayeux et pales, donnent une identité au titre et fonctionnent très bien avec le genre de l’histoire.

Something is killing the children livre une autre facette de James Tynion IV mais n’entame pas, bien au contraire, toute l’estime que l’on a de lui. Particulièrement efficace et pleine de potentiel, cette entrée en matière, illustrée avec de nombreuses qualités  par Werther Dell’Edera et Miquel Muerto, tient toute ses promesses !
9
Excellent
On aime
Une ambiance oppressante
Les dessins de Werther Dell'Edera...
Le charme mystérieux des personnages
Quelques scènes intimistes particulièrement justes
On aime moins
...malgré des visages irréguliers et une séquence un peu brouillonne