Friendly neighborhood Spider-Man : So Friendly

Un peu moins d’un an après son lancement, la série Friendly Neighborhood Spider-Man tire sa révérence au bout de 14 épisodes. Menée de main de maitre par l’excellent Tom Taylor, la série de ce sympathique voisin a permis de suivre les aventures d’un Spider-man profondément humain. Dressons un petit bilan de cette série trop tôt achevée.

L’humanité du super-héros

Ce qui ressort en premier lieu de Friendly Neighborhood Spider-Man, c’est la façon dont Tom Taylor traite son héros. Comme le titre de la série le laisse entendre, Spidey se doit d’être un héros “de proximité“, proche des autres, qu’ils soient de son cercle rapproché ou de simples anonymes. Tom Taylor saisit la quintessence de Spider-Man : un être humain avant tout. Caractéristique qui permet au lecteur de s’identifier. Doté de pouvoirs dont il ne fait usage que pour le faire bien, à échelle locale avec ses voisins ou de façon plus ambitieuse à Under York ou avec The Prowler, il cherche à aider son prochain en veillant toujours à être juste.

Il en est de même avec ses proches dont les relations sont vues sous l’angle de l’empathie du héros. Lorsque pour Mary-Jane, il s’inquiète des difficultés d’être la compagne d’un héros qui risque sa vie. Avec Tante May dont Tom Taylor nous révèle le cancer dans l’épisode #1 et qui reviendra régulièrement dans la série pour mettre en valeur sa force de caractère et les failles de Peter Parker.

Un cast pas mal traité

Tom Taylor sait profiter pleinement du cast marvélien. Reprenant le nouveau statu quo utilisé par Nick Spencer dans Amazing Spider-Man, il mise sur une relation entre MJ et Peter extrêmement touchante. Par petites séquences revenant régulièrement au fil des épisodes, il tisse un amour profond et bienveillant entre les deux personnages. Une situation que l’on a plus vue depuis longtemps pour Peter Parker. Le scénariste se fait plaisir en mettant en scène Johnny Storm, un personnage qu’il semble particulièrement apprécier. Protagoniste de nombreuses scènes humoristiques, le plus jeune membre des FF forme un binôme hilarant avec Spider-Man. Dr Strange est également au gout du jour avec les ajouts de Donny Cates et son chien fantôme dans une séquence à la fois très drôle et très touchante.

Comme dans beaucoup de ses séries, Tom Taylor fait de l’univers partagé un atout et l’utilise de façon organique. Les éléments pris notamment dans la série de Nick Spencer s’intègrent parfaitement à son récit et consolident cette impression d’univers partagé si malmené ces dernières années.

Une série pleine d’ambition …

En plus d’intégrer parfaitement sa série dans l’univers partagé Marvel, Tom Taylor tâche, comme il l’a fait avec l’adorable Gabby dans sa série All-New Wolverine, d’apporter sa pierre à l’édifice en créant des personnages nouveaux. Le plus marquant  est sans aucun doute Marnie A.K.A. The Rumor, super-héroïne qui va venir en aide à Spider-Man dans le premier arc avant de revenir régulièrement. Tom Taylor développe conséquemment ce personnage allant jusqu’à lui créer une origine qui s’insère dans la continuité de l’univers Marvel au côté de Captain America. Si l’ensemble est cohérent et osé, il n’est pas sûr que le personnage soit repris par d’autres auteurs dans l’avenir. Dans une moindre mesure, la détective Sebbens, policière qui noue une relation de confiance avec Spider-Man, fait régulièrement son apparition. Mais un développement personnel trop léger empêche le lecteur de s’y attacher totalement. Peu probable, là aussi, qu’on la revoie au-delà de la série.

Tom Taylor créé également le monde souterrain de Under York, amenant par là un côté fantastique original à la série. Il y fait référence jusque dans l’avant dernier épisode, en faisant un protagoniste à part entière de son run.

Enfin, Tom Taylor insère, dès le début de sa série, un élément dramatique qui, s’il n’est pas d’une grande originalité, lui permet d’incorporer une tension familiale essentielle : le cancer de Tante May.

On voit les graines d’un univers neuf autour de Spider-Man qui semblait avoir les reins suffisamment solides pour perdurer et divertir au delà de 14 épisodes.

…qui se fragile sur la fin

Néanmoins, l’ambition de Tom Taylor s’étiole sur cet aspect dramatique qu’il ne développe pas réellement puisque rien ou presque ne s’est passé autour du cancer de Tante May à la fin de la série. De la même façon, si l’on peut découper le run en trois arcs principaux – Under York, The Prowler, team-up avec les Fantatsic Four – ponctués d’épisodes one-shots, l’on observe une réelle ambition sur les deux premiers qui disparaît sur le dernier, laissant une désagréable impression de précipitation.

Des épisodes marquants

Au-delà des trois arcs, dont le premier reste le plus palpitant, Tom Taylor ponctue sa série d’épisodes one-shots dont deux resteront dans les mémoires. Tout d’abord l’épisode #11 qui met en valeur Mary-Jane. Systématiquement dans l’ombre de son compagnon super-héros, MJ est mise en lumière dans toute sa force et son humour très second degré lorsqu’elle se retrouve dans la peau du héros confronté au danger. Un épisode drôle et touchant. 

Le second – numéro #6 – et sans aucun doute le plus marquant, est ce que l’on peut appeler un classique ! Un jeu s’installe entre le lecteur et le scénariste qui semble créer une sorte de kid Spider-Man venu en aide au héros. Mais ce que l’on nous montre n’est pas ce qu’il en est en réalité. L’épisode se clôt sur un twist d’une grande émotion tout en multipliant les scènes iconiques de l’univers de Spider-Man : la séquence de discussion sur le toit d’un immeuble, Spidey suspendu au bout de sa toile et transportant dans ses bras une autre personne qui dévient le héros pour quelques instants…Tom Taylor fait appel au cœur d’enfant qu’à conservé le lecteur ainsi qu’à sa sensibilité d’adulte. Un bijou !

Une partie graphique de haut niveau

Essentiellement, ce sont deux artistes qui se partagent le travail d’illustration des épisodes : Juan Cabal et Ken Lashley. Si le second a un dessin très propre, un poil anguleux, il n’atteint pas le niveau du premier. En termes de composition et de régularité du trait, l’artiste est impeccable. Subtilement créatif, il bluffe le lecteur. La colorisation réalisée majoritairement par Nolan Woodward permet une unité malgré le changement d’artiste.

Il est des séries qui laissent une empreinte dans la mémoire et le cœur du lecteur. C’est le cas de Friendly Neighborhood Spider-Man qui, en une poignée d’épisodes, et malgré une légère baisse sur la fin du run, nous a rappelé que Spider-Man est LE super-héros par excellent, dont la profonde humanité permet au lecteur de s’identifier et de vivre avec lui des aventures inoubliables.