Black Panther par Christopher Priest Tome 1 : Ennemi d’état (VF – Panini Comics)

Le voici ! Enfin ! Ce run de Christopher Priest sur Black Panther dont j’entends parler depuis des mois, des années que dis-je des siècles !

Ce run débute fin 1998 dans le cadre d’une relance des titres Marvel à une époque où les ventes sont au plus bas. Au même titre que Daredevil ou le Punisher, Black Panther fait partie à ce moment-là du label Marvel Knights. Christopher Priest se voit donc confier la destinée du roi du Wakanda.

Au moment où son pays sombre dans le chaos, T’Challa se voit contraint de quitter celui-ci en raison du décès d’une petite fille participant à une campagne publicitaire pour une association américaine distribuant des fonds aux enfants nécessiteux à laquelle est lié le Wakanda, et donc son roi. Black Panther part lui-même enquêter aux USA. Il va aller de surprises en surprises, étant confronter pêlemêle à Méphisto, aux Avengers, à Kraven, à des mafieux russes, à des bandits de secondes zones ou à des traitres venant de son pays.

Le récit proposé par Christopher Priest est dense, nerveux, riche en thématiques et pas avare en rebondissements.

Le scénariste fait le choix d’une narration destructurée « à la Pulp Fiction ». Le narrateur est Evrett K. Ross, un agent du bureau du chef de protocole, qui doit s’occuper de T’Challa durant son séjour aux USA, et est un infatigable bavard qui parfois s’embrouille lui-même dans ses explications. Christopher Priest nous livre souvent la fin d’une séquence avant de revenir sans cesse en arrière pour nous distiller les détails qui nous révèlent tout le fil de l’histoire. C’est sans doute le plus gros point fort de ce comics. Mais ce n’est pas le seul !

L’humour est omniprésent à travers le personnage de Evrett K. Ross et le ton employé dans sa narration, ainsi que le personnage d’Achebe, totalement barré, dans la démesure permanente, mégalo et parlant à une poupée à son effigie, illustré de façon caricaturale à la limite du grotesque.

L’agent du protocole est totalement débordé par la situation et impuissant face aux événements, provoquant de nombreuses séquences franchement drôles. Le ton utilisé par Priest pour la narration est d’un total second degré très percutant. Le traitre Wakandais est quant à lui décrit avec des traits de caractère appuyés. Fou, fourbe, manipulateur, le personnage est dépeint sans demi-mesure. Sa démence amène des idées rocambolesques comme ce piège-jeu de fête foraine délirant.

En contre-point de cet humour, le scénariste brasse des thématiques sérieuses qui ne sont pas traitées superficiellement. Le racisme ordinaire aux USA, abordé avec une séquence qui voit intervenir les Avengers, ou les manipulations du gouvernement américain pour déstabiliser le Wakanda, n’hésitant pas à avoir recours à des barbouzes ou des mafieux, sont des thèmes qui avaient des résonnances à l’époque et malheureusement en ont encore aujourd’hui.

T’Challa est décrit comme déterminé, puissant, malin, intègre et sachant obtenir ce qu’il veut, usant d’une certaine violence. Christopher Priest sait donner de l’épaisseur à son personnage en incorporant des flash-backs qui nourrissent son histoire.

Les personnages secondaires comme les Dora Milaje ne sont pas en reste. Priest sait les rendre intéressants en leur offrant un background étoffé et un rôle non négligeable dans l’histoire.

En termes de rythme, le comics alterne de nombreuses scènes d’action, des scènes de dialogues ou des flash-backs qui font avancer systématiquement l’histoire. L’ennui est l’exact opposé de ce que l’on ressent en lisant ce comics.

Graphiquement, on peut sentir le style de la fin des années 90 dans la multitude d’artistes qui se succèdent. Cela n’en fait pas pour autant un comics aux dessins vieillots, bien au contraire. La mise en page, le rythme de narration et les cadrages en font une lecture très agréable graphiquement. La qualité est systématiquement au rendez-vous même si l’unité graphique de l’ensemble ne saute pas aux yeux. Mark Teixeira et ses peintures emporte toutefois la palme de l’originalité.

Black Panther est un récit qui surprend sans cesse, qui ne laisse jamais un temps de respiration pour le lecteur qui se trouve happé dans l’histoire. C’est un cliché mais on peut dire que ce comics se dévore littéralement. J’attendais énormément de ce run et l’on peut dire qu’il a, pour ce premier tome, entièrement  satisfait ma soif de récit original, percutant et marquant. Un immanquable !