Secret Empire #2-3 (VF – Panini Comics)

Il y a deux bons mois, l’apogée prenait tout son sens : Le fruit mûr d’un accomplissement d’un moyen terme riche et dense dans un pinacle de tension. Le premier numéro de Secret Empire par Panini, qui comprenait en vérité le prologue, ainsi que le véritable #1, s’érigeait déjà comme l’un des moments de cette année, et peut être plus. Le risque entrepris par l’éditeur, Marvel cette fois, se révélait finalement payant. Toute une refonte des bases où le confort habituel de l’événement annuel était mis à plat par la régence totalitaire de Captain America. Le bombardement final terminait comme ça, mettant fin à tous les espoirs. 

Les premières pages de Secret Empire #2 enfoncent encore plus le clou du désespoir. L’ingérence du Monde (nous l’apprendrons plus tard), de certaines nations récurrentes, le Wakanda notamment, cristallise parfaitement le choc affronté. Pour d’autres, la submersion ne peut être arrêtée que par une soumission forcée impérative. Le contexte effraie par un sentiment survivaliste passé absolu. Les planches de Sorrentino raffermissent les intentions graves de son auteur. Certaines sont déjà parmi les plus belles de l’artiste. Mais, on réalise que ce ne sont que des pilules.

Ce revers croit faire le salut des personnages. Rick Jones, martyr fictif, a su pirater les fonds de tiroirs de l’Hydra, seul depuis sa cellule, mais mieux, réussit à communiquer toutes ces informations aux résistants. La facilité est immense, en plus d’être totalement inconcevable. Dès le numéro #2 sur la dizaine qui compose Secret Empire, Spencer se neutralise. La course se lance vers les fragments de cube éparpillés. Alors que la situation semblait inextricable, le dénouement apparaît déjà. La collecte des horcrux à étoile ne séduit pas forcément. Et on vient à se demander si Secret Empire n’aurait pas dû être l’étape suivante de Marvel. A l’opposé de la révérence aux mages DC, Marvel semblait tenir l’originalité sous le règne sombre de la stature de Catpain America. Mais ne ré-écrivons pas l’histoire.

La paranoïa s’est emparée, à raison, de certains. Black Widow prend les devants et se résout à l’assassinat, bien aidée des Champions. La jeune équipe éprise de valeurs proches de nous, bascule dans une frénésie meurtrière inopportune. Leur alignement désaccorde la bonté, sans relief j’en conviens, recherchée par Mark Waid. La déconfiture est totale lors du retour d’un androïde que l’on pensait méditer au cœur d’une étoile. Lorsque son état d’oraison prend fin, Ultron s’en revient, frustré par son hybridation imparfaite avec son géniteur Hank Pym, et mécanise totalement l’Alaska. Il suffit d’une page à l’auteur pour nous justifier une telle annihilation d’un état américain. Surtout que le temple idéal de la machine recèle évidemment l’un des éclats. La raison de la quête était là, évidente. Il suffisait de combiner les territoires ultroniques à l’intervention de rigueur des héros rescapés – Comment laisser passer un tel événement ? – pour clarifier le sauvetage. 

Vous l’avez compris, quelques décisions et une course vers une certitude révélée trompent mes attentes. Mais, l’auteur sait y faire pour nous dominer d’iconographie. La gravité artistique magnifie la puissance de l’instant raconté, et vice versa. Secret Empire regorge d’images figées évocatrices. La nonchalance autoritaire presque désabusée de Steve, comme l’amplitude féline du trône wakandais, participent à la majesté écrasante de ce qui se joue. Je pourrai aussi poser mon regard sur celui de Gorgone. Le mutant de Millar est anéanti par le dernier travail d’Hercule, où le nom de Phobos ravira la peur du souvenir des Secret Warriors. Ce dernier tiers du numéro 3 oublie ces errances pour se re-concentrer sur ce que l’événement sait faire de mieux, où tout n’est qu’espoir vitrifié. 

Secret Empire bafoue nos espérances comme il ravit nos désirs immédiats. Pourtant, les events à présenter une telle parabole d’audace se font rares de nos jours chez l’éditeur. On en viendrait même à pardonner les facilités, raccourcis et inconvenances qui foisonnent. “On en viendrait” seulement ; le potentiel d’une occupation impériale sur le long terme s’en trouve malheureusement gâchée par des promesses rompues.

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