Interview – Michel Fiffe

Le créateur des incroyables Panorama et Copra, récemment sortis chez Delirium et que l’on a adorés, revient sur son parcours et ses créations !

For English speakers, please find lower the interview in its original version.


Quelles sont les principales étapes de votre parcours pour devenir un dessinateur de bandes dessinées ?

Michel Fiffe : Outre le fait d’avoir une obsession de longue date pour les bandes dessinées, j’ai pratiqué toutes les disciplines possibles afin de créer quelque chose qui représente cette obsession. Pour ce qui est de percer dans le métier, les règles changent tous les jours. Présenter votre travail à des gens – un public, des pairs, des éditeurs – est la chose la plus importante à faire si vous voulez évaluer et améliorer votre travail dans le cadre des paramètres de l’industrie.

D’une manière générale, l’élaboration d’une série ou d’une bande dessinée passe-t-elle d’abord par l’histoire/le scénario, ou plutôt par le dessin, avec des croquis préparatoires, etc.

Michel Fiffe : Je commence par les grandes lignes d’un numéro spécifique, avec une vague direction visuelle. Une fois que j’ai des esquisses de ce à quoi les pages ressembleront, je commence à écrire le scénario en détail. Je commence alors à dessiner, mais je rédige le scénario jusqu’à la fin, parfois longtemps après avoir scanné le produit final.

Panorama

Panorama

La bande dessinée avec laquelle nous vous avons découvert en France est Panorama, qui s’inscrit dans le genre Body-Horror. Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une BD dans ce genre et qu’est-ce que cela a apporté à l’histoire que vous vouliez raconter ?

Michel Fiffe : C’est une histoire plus personnelle pour moi dans le sens où elle est très instinctive. C’est une bande dessinée que j’ai réalisée des années avant que COPRA n’existe, et je cherchais essentiellement à savoir comment raconter un récit de longue haleine.

Copra

Influences et conception

Copra a été inspiré par la Suicide Squad de John Ostrander. Pourquoi cette inspiration et, en plus de cette série des années 80, quels sont les comics qui vous ont marqué en tant que lecteur et que l’on pourrait retrouver ici ou là dans Copra, en tant qu’influence ?

Michel Fiffe : L’approche libre, quasi-improvisationnelle des anciennes bandes dessinées est toujours très attirante pour moi. Le sentiment que tout est permis était quelque chose que je ne pouvais pas trouver dans un cadre professionnel moderne, alors une fois que j’ai trouvé un moyen de produire ce genre de BD, je n’avais aucune limite quant à mes sources d’inspiration. Tout, d’Ann Nocenti aux frères Hernandez en passant par Keith Haring et John Zorn, tout était vivifiant.

Copra #1

Quand vous commencez un nouvel épisode de Copra, qu’est-ce qui vous excite le plus ? Trouver de nouvelles idées d’histoires ? Imaginer des jeux graphiques pour concevoir vos pages ? Un mélange des deux ? Ou tout autre chose ?

Michel Fiffe : Le fait d’avoir terminé et d’être parti chez l’imprimeur est le meilleur moment, suivi de la réception des numéros imprimés, la preuve physique de vos efforts. Ensuite, il faut immédiatement se lancer dans la production du prochain volume ; je ne peux pas regarder mes anciens travaux trop longtemps.

A la lecture du tome 1, qui vient de sortir en France, on perçoit déjà un univers riche et des pistes qui vont sans doute se développer sur le long terme. Est-ce quelque chose que vous avez imaginé et travaillé en amont ou vous laissez-vous une grande liberté d’improvisation au fur et à mesure que la série avance ?

Michel Fiffe : Au début, j’avais en tête une plateforme mondiale spécifique mais vaste, et je la développais au fur et à mesure. Je n’ai pas la patience d’une préparation méticuleuse, pas pour ce projet. Plus je travaillais sur les personnages, plus leurs histoires évoluaient, plus j’avais envie d’explorer leurs trajectoires.

L’action, la violence et le mouvement sont très présents dans Copra. Ces idées présentent-elles un intérêt particulier pour vous ? Y avez-vous pensé, notamment dans la manière dont vous les représentez graphiquement ?

Michel Fiffe : Bien sûr, c’est la nature des bandes dessinées d’action. Je traite la violence soit comme une chorégraphie absurde, soit comme le résultat d’un drame humain. Dans tous les cas, je veux qu’elle ait un poids et des conséquences.

Copra #5

Dessin

Sur Copra, comment travaillez-vous techniquement ? Uniquement de manière traditionnelle ? Un peu de numérique ?

Michel Fiffe : Principalement à la main, mais vraiment les deux – tout ce qui permet d’accélérer le travail.

Vous utilisez de nombreuses techniques graphiques sur Copra qui créent une véritable atmosphère. Quelles sont-elles et comment choisissez-vous ces techniques ? A l’instinct ? Avec un processus précis ?

Michel Fiffe : Cela dépend de la scène – cela dicte beaucoup de choses : l’approche et le style, le ton et le timing. Je n’ai pas de véritable formule.

Vous travaillez beaucoup les compositions des pages. Travaillez-vous au préalable la narration de l’histoire avec des mises en page détaillées ?

Michel Fiffe : Tout ce que je fais est au service de ce que l’histoire exige.

Copra #39

Les onomatopées sont des acteurs à part entière de l’action dans vos pages. Comment les élaborez-vous ? Est-ce un jeu que de les imaginer ?

Michel Fiffe : J’aime beaucoup le lettrage et les effets sonores, cela fait partie du langage, de l’avantage de la bande dessinée, sans compter que c’est charmant et puissant. L’ignorer est stupide et prétentieux. Je préfère embrasser les outils que nous avons à notre disposition.

Futur de la série

La série en est à environ 50 épisodes plus des mini-séries dérivées aux États-Unis. Avez-vous déjà planifié les principales étapes futures ? Un nombre défini d’épisodes ? Une fin précise ?

Michel Fiffe : Je veux arriver au numéro 50 qui offrira une clôture. C’est tout ce à quoi je peux penser pour l’instant. Tout ce qui est au-delà sera déterminé à ce moment-là.

Copra #41

Autres questions

Avez-vous pu obtenir un exemplaire de l’édition française de Copra (et Panorama) ? Travaillez-vous avec Delirium pour l’élaboration de l’édition ?

Michel Fiffe : Je viens de la recevoir et elle est fabuleuse. C’est une production vraiment pointue et élégante. Je suis très honoré !

Quelles sont les bandes dessinées que vous lisez actuellement ? Des coups de cœur ?

Michel Fiffe : Birth of the Bat de Josh Simmons est génial, je vous le recommande chaudement.

Entretien réalisé par échange de mails. Merci à Michel Fiffe pour sa disponibilité et sa gentillesse !


The creator of the incredible Panorama and Copra, recently released by Delirium and that we loved, comes back on his career and his creations!

What are the major steps in your path to becoming a comic book artist?

Michel Fiffe : Other than having a lifelong obsession with comic books, I practiced every discipline possible in order to create something that represented that obsession. As for breaking into the business, the rules change every day. Putting your work in front of people – an audience, peers, editors – is the single most important thing to do if you want to gauge and improve your work within the industry’s parameters.

Generally speaking, does your elaboration of a series/comic go first through the story/script or rather through the drawing with preparatory sketches, etc… ?

Michel Fiffe : I begin with the major beats of a single, specific issue, with a vague visual direction. Once I have loose sketches of what the pages will look like, I begin to script in detail. I then begin drawing, but I’ll be editing the actual script all the way to the very end, sometimes long after I’ve scanned the final product.

Panorama

The comic we discovered you with in France is Panorama which is in the Body-Horror genre. What made you want to create a comic in this genre and what did it bring to the story you wanted to tell ?

Michel Fiffe : It was a more personal story for me in that it is very instinctual. It’s a comic I made years before COPRA existed, and I was basically figuring out how to tell a long-form narrative.

Copra

Influences and design

Copra was inspired by John Ostrander’s Suicide Squad. Why this inspiration and in addition to this series from the 80’s, what are the comics that have marked you as a reader and that could be found here or there in Copra, as an influence ?

Michel Fiffe : The freeform, quasi-improvisational approach to older comics is still very appealing to me. The sense where anything goes was something I couldn’t find in a modern professional setting, so once I figured out a way to produce those kinds of comics, I had no limitation on where I drew my inspiration from. Anything from Ann Nocenti to The Hernandez Brothers to Keith Haring to John Zorn, it was all invigorating.

When you start a new episode of Copra, what excites you the most? Coming up with new story ideas? Imagining graphic games to design your pages? A mix of both? Or anything else?

Michel Fiffe : Getting it done and out the door to the printer is the best high, followed by receiving actual printed issues, the physical evidence of your efforts. Then immediately jumping back into the next installment’s production; I can’t look at my older work for too long.

When reading volume 1, which has just been released in France, we already perceive a rich universe and tracks that will undoubtedly develop in the long term. Is it something that you have imagined and worked on beforehand or do you leave yourself a lot of freedom to improvise as the series progresses?

Michel Fiffe : At first, I had a specific but broad world platform in mind, and I would develop it as I went. I don’t have the patience for meticulous preparation, not for this project. The more I worked on the characters, the more their stories evolved, the more I wanted to explore their trajectories.

Action, violence and movement are very present in Copra. Are these ideas of particular interest to you? Did you think about them, especially in the way you represent them graphically?

Michel Fiffe : Of course —that is the nature of action comics. I treat violence either as absurd choreography or as a result of human drama. Either way, I want it to have weight and consequences.

Drawing

On Copra, how do you work technically ? Only in a traditional way? A bit of digital?

Michel Fiffe : Mostly by hand, but really both — whatever makes the job go faster.

You use many graphic techniques on Copra that create a real atmosphere. What are they and how do you choose these techniques? By instinct ? With a precise process?

Michel Fiffe : It depends on the scene — that dictates so much: approach and style, tone and timing. I’ve no real formula

You work a lot of the compositions of the pages. Do you work on the story-telling beforehand with detailed layouts?

Michel Fiffe : Whatever I do is in service of what the story demands.

Onomatopoeias are full-fledged actors of the action in your pages. How do you elaborate on them? Is it like a game to imagine them?

Michel Fiffe : I really enjoy the lettering and SFX of it all, it’s part of the language, part of the advantage of comics, not to mention charming and powerful. To ignore it is foolish and pretentious. I’d rather embrace the tools we have at our disposal.

Future

The series is at about 50 episodes plus spin-off mini-series in the USA. Have you already planned the major future steps ? A definite number of episodes? A precise end ?

Michel Fiffe : I want to get to issue 50 which will offer closure. That’s all I can think about at the moment. Anything beyond that will be figured out then.

Other questions

Were you able to get a copy of the French edition of Copra (and Panorama) ? Do you work with Delirium for the elaboration of the edition ?

Michel Fiffe : I just received it and it looks fabulous. Truly a sharp, elegant production. I’m deeply honored!

What comics are you currently reading? Any favorite ones ?

Michel Fiffe : Birth of the Bat by Josh Simmons is great, it comes with the highest possible recommendation.

Interview made by email exchange. Thanks to Michel Fiffe for his availability and his kindness.