Interview – W Maxwell Prince

Scénariste en quête perpétuelle d’expérimentations, W Maxwell Prince, le cerveau d’Ice Cream Man, a accepté de répondre à quelques questions. L’occasion de découvrir cet auteur singulier, son univers décalé et ses réponses parfois inattendues !

Origin Story

D’abord, pouvez-vous vous présentez pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas.

Je suis W. Maxwell Prince, auteur de Ice Cream Man, King of Nowhere, et quelques autres trucs.

Comment êtes-vous devenu scénariste de comics ?

J’imagine que je suis devenu un auteur de comics comme la plupart des gens le font – avec de la pratique et un peu de chance.

One Week in the Library

Expérimentations

En observant votre travail, on dirait que vous abordez la bande dessinée comme un immense terrain de jeu, ou un laboratoire, et que vous expérimentez toujours de nouvelles façons d’écrire et de briser les codes. Est-ce juste ?

La vérité, c’est que j’ai une sorte de narration TDA (trouble de l’attention)  – je m’ennuie très vite si je fais toujours la même chose. Je pense donc constamment à des moyens de m’assurer que je ne m’ennuie pas.

Vous avez expérimenté plusieurs genres dans Welcome to the Library (Prose, Poésie…). Cela a-t-il été particulièrement difficile à réaliser ? Ou peut-être très excitant ?

C’est toujours amusant d’essayer quelque chose de nouveau ou de différent. J’ai d’ailleurs une formation d’écrivain, bien avant que je ne m’essaie à la bande dessinée.

The Electric Sublime

Vous semblez aimer que, dans vos histoires, le réel bascule et que vos personnages perdent le contrôle. D’où vous vient ce gout ?

Je pense que c’est simplement comme ça qu’est la vie réelle.

Vos séries ou graphic novels sont toujours très originaux dans leur forme et leur sujet. Où allez-vous chercher toutes ces idées ? Quelles sont vos influences ? Dans les comics ? La littérature ? L’art ?

Oh merci ! Je lis constamment, surtout de la fiction littéraire, mais aussi pas mal d’essais et de poésie. Mes plus grandes influences sont probablement Denis Johnson, Donald Barthelme, George Saunders et Grace Paley.

Ice Cream Man #17

Ice Cream Man

Comment est né ce personnage dans votre cerveau ?

J’aimerais bien le savoir.

Chaque épisode évolue dans un genre différent avec à chaque fois des idées folles. Est-ce difficile pour vous de trouver ces idées, chaque mois ?

Encore une fois, on en revient à mon besoin de ne pas m’ennuyer.

La narration et l’identité graphique ont place importante dans cette série. Quel est le rôle de Martin Morazzo dans le processus d’écriture et de création ? Est-ce que vous construisez tout ensemble ?

Comme pour toutes les bonnes collaborations, Martín (Morazzo, le dessinateur) et Chris (O’Halloran, le coloriste) lisent mes scénarios et les font passer à travers leur cerveau et leurs mains. Le résultat final est quelque chose avec un peu de nos trois ADN.

Ice Cream Man #12

Comment concevez-vous un épisode comme l’épisode Palindrome ou l’épisode avec les mots croisés par exemple ? Vous partez d’une idée et vous construisez l’histoire autour ? 

Oui ! Je passe beaucoup de temps à faire des puzzles linguistiques, alors il me vient peut-être naturellement à l’esprit de penser à la langue et à la façon dont on peut jouer avec elle.

L’épisode #17 est un hommage à l’épisode All-Star Superman #2 de Grant Morrison et Frank Quitely. Vous avez une affection particulière pour cette histoire ?

Une affection et, avec le temps, un dégoût. Comme toutes les choses que j’aime, elles prennent un aspect sinistre avec le temps.

Sans spoiler la suite de la série, allez-vous développer à nouveau la relation entre Caleb et son cousin, approfondir leur origine comme dans le troisième arc que nous avons particulièrement apprécié à ComicStories ?

Tout ce que vous devez savoir sur Caleb et Riccardus se trouve dans le troisième arc. Après tout, le livre parle des personnes touchées par ces êtres étranges venus d’un autre monde. Les gens normaux seront toujours les stars de Ice Cream Man.

Ice Cream Man #9

C’est la première fois que vous écrivez une série aussi longue ? Cela a-t-il changé votre façon d’écrire ?

Pas avec une série comme celle-ci – chaque numéro commence avec une ardoise complètement vierge.

Martin Morazzo nous a parlé d’au moins 24 épisodes pour la série. Est-ce ce que vous avez prévu ? Espérez-vous poursuivre au-delà du 24 ?

Wait and see…

Tout semble possible dans cette série. On imagine parfois que les concepts de calligramme, de puzzle, ou même d'”épisode dont vous êtes le héros” pourraient surgir au détour d’un épisode. Quelles sont les prochaines folies à venir ?

Là aussi, il vous faudra attendre pour savoir…

Savez-vous si Ice Cream Man a des chances d’être publié en France ?

Je ne sais pas ! Je sais que la série sort bientôt en Italie, mais la publication à l’étranger est du ressort de la responsable des licences étrangères d’Image, qui travaille dur.

King of Nowhere #1

King of Nowhere

King of Nowhere est votre prochain grand projet. De quoi cela parle-t-il ?

C’est l’histoire d’une ordure qui se réveille dans une ville où rien n’a de sens.

En plus de l’étrange que vous appréciez, l’histoire semble évoquer le thriller. Allons-nous avoir droit à du suspens ?

J’espère bien !

Comment avez-vous rencontré Tyler et Hilary Jenkins ?

Eric Harburn, de chez Boom, m’a proposé de travailler avec eux. Je ne pouvais pas refuser !

Leur style graphique a-t-il influencé votre histoire ? Avez-vous choisi de travailler avec eux en raison de ce style particulier ? Cela vous a-t-il donné des idées qui seraient sublimées par leurs aquarelles ?

Une fois qu’ils sont entrés en jeu, cela a totalement changé ma conception de ce que pourrait être l’histoire.  Je pense que les numéros 2 à 5 le montrent très concrètement.

Lectures et projets

Avez-vous le temps de lire des comics ? Lesquels ? Des coups de cœur ?

Je ne lis pas beaucoup de comics modernes. Sandman est probablement mon préféré de tous les temps.

Quels sont vos projets futurs ?

Je travaille sur une table basse dans mon atelier de menuiserie.

Pensez-vous écrire des romans un jour ?

J’en ai écrit un ! Mais il est là où il doit être : au fond d’un tiroir de bureau.

Entretien réalisé par échanges de mails. Merci à W Maxwell Prince pour sa disponibilité.