Perspectives 2020 – VF

Après les perspectives VO, voici le pendant VF que vous attendez tous avec impatience ! Le microcosme comics VF s’est bien agité cette année et pas forcément pour parler plaisir de lecture. Malheureusement. Nous allons bien évidemment l’évoquer mais aussi voir ce que les différents éditeurs vont nous proposer comme bonnes lectures en 2020 !
Panini : un leader qui divise

Nous avons beaucoup tapé sur Panini en 2019 et espérons, sans grand espoir, ne pas avoir à le refaire en 2020. L’augmentation exponentielle des tarifs, une pagination en baisse sur certains formats, un éditorial faiblard, des traductions non refaites et une communication catastrophique ont conduit à un rejet de la part de nombreux lecteurs. Certains se détournent littéralement de l’éditeur, d’autres réduisent mécaniquement leurs achats. Que pouvons-nous alors attendre de l’éditeur en 2020 ? En s’appuyant sur un certain renouveau de Marvel porté par Donny Cates et Jonathan Hickman, Symbiotes et Mutants, via les incontournables Absolute Carnage et Powers/House of X, vont envahir les softcovers. Mais les découpages annoncés ne semblent pas nous rassurer quant à la politique de publication de l’éditeur. Le softcover survivra-t-il finalement à 2020 ? C’est la grosse question. Si les ventes baissent encore, on peut craindre une disparition définitive de ce qui était, il y a encore quelques années, la porte d’entrée vers les comics pour de nombreux lecteurs.

En librairie, certaines séries qui ne sortent pas en softcovers sont en retard et provoquent un décalage. Il faudrait donc par exemple publier quelques tomes de Immortal Hulk qui n’en est qu’au 2. C’est plutôt du côté des rééditions – on pense à Runaways, Vision ou Nextwave pour début 2020 – que l’on aura le plus d’espoir, notamment dans la collection Icons qui reste la seule au rapport prix / pages fréquentable. Tout cela est d’autant plus dommage que quelques séries ou mini-séries excellentes vont arriver en début d’année : Spider-Man Life Story (chef d’œuvre !) ou Silver Surfer Black.

Urban Comics…malgré DC Comics

L’éditeur français de Batman… heu…de DC Comics va se trouver face à l’éparpillement et le manque de cohérence de l’univers partagé. Les séries régulières qui arrivent en VF sont de qualité très moyenne alors que les mini-séries hors continuité sont davantage palpitantes. Pour la plupart publiées dans le Black Label, l’éditeur devrait mettre le paquet sur ces histoires. On pense évidemment à Harleen de Stjepan Sejic, Question de Jeff Lemire ou Wonder Woman : Death Earth de Daniel Warren Johnson. S’ajoutera l’évènement DCesead, gros carton de l’année en VO.

Urban qui n’est jamais à court d’idées, va créer une nouvelle collection : DC Confidential, constituée de récits historiques pas toujours connus. Le premier titre annoncé est Batman/ Huntress : Cry for blood de Greg Rucka pour janvier. Viendront ensuite par exemple l’incontournable Green Arrow : The Longbow Hunter ou Legion of Super-heros de Paul Levitz et Keith Giffen. Côté classique, les suites de Doom Patrol de Grant Morrison, Swamp Thing d’Alan Moore ou Hellblazer par Jamie Delano sont annoncés. C’est une bonne nouvelle qui ne nous fait pas oublier que Justice League of America, Suicide Squad ou Superman : Man of Steel sont laissées en plan depuis de nombreux mois, à notre grande déception.

Comme à son habitude, Urban Comics a été piocher dans le comics indé. En plus de la suite de nombreuses séries, nous aurons le plaisir de découvrir The Weatherman de Jody Leheup ou Middlewest de Skottie Young.

L’éditeur devrait tirer une nouvelle fois tirer son épingle du jeu, d’autant qu’il est l’un des seuls a conserver des tarifs stables, incluant toujours des offres “découverte” à 10 €.

Hi Comics s’envole

Hi Comics est, avec Delcourt, l’éditeur qui a fait les annonces les plus alléchantes. Après l’excellent Skyward en début d’automne, la maison parisienne est allée pêcher, pour le rentrée, Bitter root de David F Walker, Chuck Brown et Sandford Greene et pour le printemps Invisible kingdom de G Willow Wilson et Christian Ward, tous deux fortement conseillés. Skyward verra également ses deux derniers tomes paraitre en 2020. S’ajouteront These Savage Shores de Ram V ainsi que les publications Tortues Ninja et Rick & Morty pour faire un ensemble raisonné et excitant.

 

Delcourt, aux reins solides

De son côté, Delcourt va, comme Image en VO, devoir faire sans Walking Dead puisque le dernier tome sort en janvier. L’éditeur pourra s’appuyer sur ses auteurs fétiches notamment : la suite du classique Stray Bullets de David Lapham au printemps, l’ébouriffant Murder Falcon de Daniel Warren Johnson, Sale Weekend du duo Brubaker-Phillips ou encore Five Years du charmant Terry Moore pour la fin de l’été. Les séries au long cours de Mike Mignola, Oblivion Song de Robert Krikman ou Farmhand de Rob Gillory verront s’ajouter quelques nouveautés comme Bone Parish de Cullen Bunn et Die !Die !Die! du même Kirkman. Un programme prometteur que viendront compléter des rééditions sous forme d’intégrale, notamment Tony Chu. Dirigé par l’excellent Thierry Mornet, Delcourt a encore de beaux jours devant lui.

Akileos : toujours curieux

L’éditeur bordelais poursuit son chemin en s’appuyant sur le patrimoine avec les séries EC Comics toujours proposées dans des éditions sublimes, ainsi que sur des titres dénichés habillement, anciens ou récents et souvent à mi-chemin entre le comics et le franco-belge. On pense à Moonshadow de JM DeMatteis ou Stand Still Stay Silent de Minna Sundberg. Notre chouchou Giant Days aura droit à une deuxième chance après 6 tomes en format semi-souple avec des « deluxes » cartonnés reprenant la série au n°1. On gardera un œil attentif aux publications de cet éditeur curieux et professionnel.

Bliss Editions : des doutes et des idées

Lorsque Bliss a surgi sur le marché VF pour mettre en valeur l’excellent univers Valiant de 2012, nos cœurs furent en joie tant il contenait de formidables séries. Depuis, la refonte du staff édito de Valiant a conduit à une remise en question peu salutaire puisque les séries ou mini-séries proposées depuis n’ont guère été convaincantes. Bliss doit donc composer avec la production US. L’éditeur va profiter du film Bloodshot pour booster ses ventes mais cette adaptation sera-t-elle un atout ou un boulet ? La question se pose…La diversification entamée en 2019, et fort bienvenue, va continuer avec By Night de John Allison, la suite de l’incontournable Kaijumax ou des titres jeunesses comme Le cercle du dragon thé dès le début d’année. De quoi rester stimulant malgré une franchise principale en berne.

Et les autres…

Les publications de Glénat se sont drastiquement réduites, certaines séries ayant été interrompues (Sex Criminals, Harrow County). Continuent Lazarus, The Wicked + The Divine ou le mastodonte Lady Mechanika, par exemple. On est loin de l’enthousiasme des débuts. Le rythme de parution effréné des deux premières années a sans doute essoufflé les lecteurs malgré d’excellentes séries. Un souffle que doit retrouver l’éditeur.

Snorgleux a lancé quelques séries intéressantes mais toutes n’ont pas trouvé leur public et se sont également interrompues au premier tome. Peu d’annonce pour le moment excepté le tome 4 d’Animosity.

Le financement participatif se développe

Depuis quelques mois, l’utilisation du financement participatif pour produire des comics s’est développée. Certains éditeurs, dont Komics Initiative est le fer de lance actuel, ne passent que par ce moyen pour éditer leurs livres avant, le plus souvent, une sortie librairie. Bliss a choisi d’assurer des précommandes assorties de goodies de toutes ses sorties automnales avant le passage par les étals des libraires. On est en droit de questionner ce nouveau mode de fonctionnement du fait que les ventes faites via le financement sont autant de ventes en moins qui passent par la librairie qui, le plus souvent, met en valeur les livres qui valent le coup. Le “contrat” tacite qui lie éditeurs et libraires est alors en quelque sorte rompu. Pas sûr que tous les libraires aient envie de mettre en avant les sorties de ces éditeurs par la suite. Pour des œuvres old school, comme Archer & Armstrong de Barry Windsor Smith, on peut comprendre la démarche tant le faible nombre de lecteurs potentiels est avéré et se doit d’être ciblé. Mais pour des sorties récentes en VO, on est en droit de ne pas trouver cela pertinent. Nous verrons bien de quelle façon évoluera la publication des comics en France mais c’est un point non négligeable pour l’avenir du medium. 

Le nombre de sorties augmente…les prix flambent

Le nombre de sorties sans cesse croissant est certainement un gage de diversité mais c’est aussi un risque de voir certains titres qui valent le coup passer sous le radar au profit de titres de franchise que l’on achète par habitude mais dont la qualité est discutable. Avec un éditeur qui sort la moitié des titres à lui tout seul en l’espace de deux semaines, le marché surchargé a déjà fait des victimes. Ajoutée à cela l’augmentation importante des prix chez la plupart des éditeurs – Panini est un triste leader dans ce domaine mais de nombreux autres éditeurs lui ont emboîté le pas -, le risque de voir les lecteurs diminuer leur consommation et/ou de se diriger vers la VO est total. Pour un tome cartonné d’une grosse centaine de pages à 18 €, on est à 20 € en singles VO avec la possibilité de lire la série à sa sortie. Pour les lecteurs anglophones, la question se pose réellement, d’autant qu’avec la vente en ligne, il est désormais aisé de se procurer les singles dans un délai très court. Reste la question du format, le lecteur français, habitué au franco-belge, étant souvent friand de beaux volumes. Néanmoins, c’est là aussi un enjeu crucial pour le marché français !

Comme le lecteur VO, le lecteur VF se doit de tenter d’influer la courbe du marché des comics en faisant des choix raisonnés qui permettront de maintenir cette incroyable  diversité, tout évitant, peut-être, que les prix ne flambent encore. Soyons curieux et allons dénicher les pépites qui fleurissent chaque mois !