Superman American Alien (VF – Urban Comics)

La dernière vague de titres des NEW 52 aura été plus que houleuse, entre un Batman snyderisé au maximum, un Superman en quête de pouvoirs et une Wonder Woman infantile aux prises avec des cyclopes. Seule la Justice League aura su se détacher de la continuité immédiate, la Guerre de Darkseid représente pour moi l’un des meilleurs moments de ces 5 dernières années. Mais c’était sans compter sur une initiative au départ boiteux, au départ seulement, puisque Superman American Alien s’impose aisément comme l’une des meilleures sorties sur l’Homme d’acier, voire de l’éditeur aux deux lettres, depuis longtemps. Nous devons ces 7 numéros au scénariste Max Landis, auteur habitué des productions sur les écrans, de la série télévisée au cinéma. Landis se retrouve donc à la tête de cette entreprise inédite (du moins à ma connaissance) sur un personnage DC, une exploration du passé de Superman, avec une vision, une tranche vie précise par numéro. Et si il y a bien une thématique boiteuse autour du kryptonien, c’est bien son origine. De nombreux auteurs s’y sont essayée, une flopée de versions pullule.

Avec cette exploration discontinue de passages clés de l’enfance, de l’adolescence jusqu’aux premières vraies responsabilités de Clark (et donc de chacun finalement), la proposition est foncièrement originale. Mais le véritable attrait de cette lecture sera l’écriture, puis le style, d’une modernité follement respectueuse de Landis. Exit le sempiternel : étant un Dieu, je cherche à devenir humain, ou l’inverse, avec les doutes qui vont avec. Landis pose clairement ses bases : Clark est un alien, aux capacités multiples, dont le seul objectif sera in fine de sauver le monde, avec cette obsession pour son origine stellaire. Son parcours initiatique est fait d’erreurs, de découvertes, de rencontres et d’apprentissages constants. Et parlons en des rencontres qui ponctuent ces 7 numéros, de Batman à Luthor en passant par Lois, ce Super-biome regroupe absolument tout. Batman est une inquiétante présence, finalement force d’inspiration de Clark ; Luthor est le génie qui croit au potentiel culminant de l’humain, son discours est très incisif, comme son opposition directe aux agissements de Clark ; Lois est cette journaliste forte … vous l’aurez compris, Landis a parfaitement capté l’essence de ces personnages cultes, tout en les retravaillant avec sa propre contemporanéité. Il s’autorise deux petits ajouts, deux amis d’enfance de Smallville, qui viendront jouer leur rôle moral vers la fin du recueil. La fraîcheur ambiante, associée à un ton qui mixe légèreté (toujours bien sentie) et sincérité, est bienfaitrice pour ce personnage, l’impression de suivre un héros actuel est proprement géniale. 

Qui dit récit quasi anthologique sur les débuts, dit un artiste par numéro. Landis sait véritablement s’entourer, chacun apporte sa patte, son savoir-faire au mythe de l’Homme d’acier. Les styles graphiques multipliés renforcent l’exotisme de la série. De Joëlle Jones sur un numéro festif, déjanté mais profond, à l’irrégulier Jock, en passant par le sombre et fluide Jae Lee, les qualités graphiques du titre sont certaines. Et d’ailleurs, en s’extirpant d’une continuité artistique, Landis (et les artistes évidemment) réalise l’exploit, au sein de sa propre mini-série, de réinventer graphiquement son Superman, une performance notable. 

Ré-écrire l’origine de Superman en 2017 est une entreprise risquée, le personnage centralise de nombreuses versions de cette histoire. Landis livre tout simplement la meilleure, du moins ma favorite, depuis de nombreuses années. Cette orientation “recueil de nouvelles” autour de la jeunesse de Clark Kent est un choix particulièrement original. Mais le genre ne fait tout, Landis et son armée artistique adoptent un ton moderne, frais, tout simplement … cool ! C’est ce genre de sortie qui marque le média, dont on se souviendra encore des années plus tard. 

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